[Mon métier d’antan]
Benita, peintre-verrier à 22 ans : «Personne d’autre ne peut préserver les vieux vitraux»
Ils ont entre 20 et 35 ans et font le pari de l’intemporel. Rencontre avec une nouvelle génération d’artisans qui se réapproprient les métiers d’autrefois. Pour ce deuxième numéro, direction les ateliers de vitraux Bauer à Mondorf-les-Bains, où travaille Benita.
L’artisanat du vitrail a beau être vieux de plusieurs siècles, son art continue tout de même de perdurer. Aux ateliers Bauer à Mondorf-les-Bains, la relève est déjà là et se cache parmi les milliers de pans de verre.
Benita Schreiber est une toute jeune peintre-verrier de 22 ans. Si aujourd’hui elle se plaît dans son métier, son aventure dans le vitrail n’a pourtant pas commencé par une belle histoire d’évidence. «D’abord, je voulais fabriquer des bijoux», nous raconte la jeune artisane.
Mais lors de ses études en Allemagne, son pays d’origine, Benita ne réussit pas à trouver de stage dans le domaine qui lui plaît, l’orfèvrerie.
Elle se tourne alors vers un atelier de vitraux, sans grande joie ni conviction. «Finalement, j’en suis tombée amoureuse», sourit-elle. Si bien que, même lorsqu’elle peut enfin s’essayer à la fabrication de bijoux, son verdict reste sans appel : son truc, c’est le verre. «Tu peux faire ce que tu veux avec ce matériau!»
Alors, après trois ans dans une première école où elle apprend la théorie et la peinture, puis une année dans un autre établissement où elle apprend cette fois-ci la gravure, Benita se lance à la recherche d’un travail. Une tâche ardue : «J’ai dû envoyer beaucoup de candidatures et je n’ai eu que deux réponses positives.»
Les entreprises ne sont, pour ne rien arranger, que peu nombreuses et souvent loin de sa ville d’origine. «Il faut être flexible et bouger pour trouver un job», appuie-t-elle. Chose qu’elle a su faire en rejoignant les ateliers Bauer en septembre 2023.
Un métier à double facette
Forts de plus d’un siècle d’existence, les ateliers de vitraux d’art Bauer perpétuent l’héritage artisanal depuis 1891 au travers de leurs créations de vitraux sous plomb et de peinture sur verre ainsi que de leurs services de conservation et de restauration. Deux aspects distincts qui constituent le quotidien de Benita.
«Je préfère travailler sur de nouvelles pièces, souffle la jeune peintre-verrier dans un sourire, ça me permet de réaliser des choses plus créatives et de travailler avec des clients.» Elle est d’autant plus contente lorsqu’elle peut peindre le verre, son activité préférée.
Pour réaliser les créations, l’atelier dispose de tout un tas de verres différents, autant par leurs aspects que par leurs couleurs, et s’inspire de sujets et de styles divers et variés allant du baroque à l’art nouveau.
Le style préféré de Benita? «J’aime mélanger des sujets réalistes avec des fonds plus abstraits», illustre-t-elle en nous montrant les croquis d’un projet qu’elle a dessiné pour une entreprise.
La jeune femme s’inspire le plus souvent de ce qu’elle voit autour d’elle. «Mais lorsque l’on dessine les modèles, il faut être sûr qu’ils fonctionnent en vitrail!»
La restauration est quant à elle un gros défi pour Benita, bien qu’elle représente une majorité du travail de l’atelier… Et un exercice bien différent de la création de nouvelles pièces : «Il faut regarder et porter attention à tous les détails.»
Ici, pas de place pour la créativité. Le but est de nettoyer les vitraux en retirant le vieux mastic, de conserver au maximum leurs pièces d’origine et de remplacer celles qui sont endommagées par des pièces fidèles à l’original.
«Le temps que ça prend dépend de la taille et de l’état… Cela peut aller de quelques jours pour de petites pièces à des années pour des églises entières», détaille Benita.
Des vitraux «fragiles» à préserver
Mais si la restauration n’est pas ce que Benita préfère, elle n’en reste pas moins essentielle à ses yeux. Elle permet de préserver le patrimoine et ne peut se substituer à l’IA ou à des machines : «Les vitraux sont fragiles, mais les gens n’y portent pas énormément d’intérêt», se désole-t-elle.
D’autant plus que, pour la jeune artisane, le monde actuel est «gris et ennuyant» en comparaison avec l’époque où tout était coloré et détaillé… En attestent d’ailleurs les vieux vitraux : «Ce serait triste de ne plus avoir ces touches de vie. Et personne d’autre que les peintres-verriers ne peut préserver ces vieilles fenêtres.»
Il est donc important que des jeunes continuent de s’intéresser à l’artisanat. «Nous avons besoin de ces gens-là», appuie Benita. Elle sait que parmi ses anciens camarades d’école, beaucoup n’ont pas continué dans le vitrail. «Ce serait vraiment triste que ces métiers disparaissent», est-elle peinée.
Alors, si elle a un message à faire passer aux jeunes qui hésitent à suivre cette voix, c’est bien de continuer malgré les difficultés : «Je savais que j’allais devoir partir de chez moi… Mais si tu fais ce que tu aimes, alors ce n’est pas si grave.»
En tout cas, notre jeune peintre-verrier espère un jour pouvoir ouvrir son propre atelier et devenir professeure. Ainsi, la boucle de transmission sera bouclée.