Le rabais à la pompe prolongé jusqu’à fin février 2027
Le Comité de suivi de la tripartite a décidé jeudi une prolongation limitée du rabais sur l'essence et le diesel. Les aides sur le mazout, le gaz et l'électricité resteront d'application jusqu'à fin 2027.
«Renforcer le pouvoir d'achat et freiner l'inflation vont main dans la main. On voulait aussi offrir de la prévisibilité aux ménages et aux entreprises. C'est pourquoi nous avons décidé de ne pas se contenter d'une prolongation des mesures de trois mois, comme cela a été discuté dans un premier temps, mais sur l'ensemble de 2027, à l'exception du diesel et de l'essence, uniquement prolongé pour janvier et février», résume le Premier ministre, Luc Frieden.
Au départ, les différentes mesures énergétiques, en vigueur depuis cet été, devaient prendre fin au 31 décembre prochain. En ce début d'automne, il s'est avéré que le niveau toujours élevé des prix de l'énergie allait nécessiter une prolongation des mesures prises.
Un accord de principe avait été trouvé la semaine dernière, ce jeudi le comité de suivi de la tripartite a finalisé un avenant au Paquet de résilience signé en juin.
Premièrement : le rabais à la pompe de 5 centimes par litre de diesel et d'essence est donc prolongé jusqu'à fin février 2027.
Deuxièmement : les subventions du mazout (-15 centimes/l), le gaz (15 centimes/m3) et l'électricité (-4 centimes/kWh) sont prolongées d'un an, jusqu'à fin décembre 2027.
Dissonance entre OGBL et LCGB
«Il ne faut pas perdre des yeux la sécurité d'approvisionnement et nos objectifs climatiques», justifie Luc Frieden le choix d'une prolongation limitée de la subvention sur le diesel et l'essence.
Le ministère de l’Économie avait averti la semaine écoulée que les interventions sur les prix des énergies fossiles pourraient doper le tourisme à la pompe et compromettre ainsi la sécurité d’approvisionnement. Selon les chiffres livrés jeudi par le Statec, une prolongation du rabais sur douze mois augmenterait les ventes de 6 % en 2027, frôlant les 1 500 millions de litres. Par ricochet, la trajectoire de réduction de gaz à effet de serre déraperait de 4 %.
Une petite dissonance est apparu sur la question du rabais entre l'OGBL et le LCGB, formant une union sacrée depuis 2025. «Cette mesure était difficile à accepter dès le début. Au plus tard après cet été, il nous fallait limiter le soutien des énergies fossiles. D'autant plus que le rabais n'a pas de véritable impact pour freiner l'inflation et ne rapporte que quelques euros à ceux qui roulent peu de kilomètres», met en avant Nora Back. «Nous aurions préféré une prolongation de l'ensemble des mesures sur douze mois. Limiter à deux mois le maintien du rabais se fait au détriment de tous ceux qui doivent passer à la pompe», juge par contre Patrick Dury.
La CGFP est aussi entrée avec une position divergente dans les négociations : une prolongation de l'ensemble des aides sur trois mois. «En fin de compte, nous avons trouvé un bon accord. On va se revoir au plus tard en février 2027. Personne ne sait quelle sera la situation à ce moment, aussi en ce qui concerne l'essence et le diesel», indique Romain Wolff, le président du syndicat de la fonction publique.
Le gazoil utilisé par les agriculteurs restera subventionné tout au long de 2027. «Nous ne pouvons pas encore utiliser des engins roulant à l'électrique. C'est pourquoi le maintien de notre rabais est important, aussi dans la perspective de conserver une production alimentaire au Luxembourg», fait remarquer Christian Hahn, le président de la Chambre d'agriculture.
Un coût de 150 millions d'euros
La nouvelle répartition des aides a aussi un impact sur l'indexation des salaires et pensions, grâce à une inflation qui serait ramenée à 3,1 % en 2027. Sans prolongation des mesures, une prochaine tranche risquait d'être déclenchée au premier trimestre 2027, soit moins de 12 mois après celle de juin, une ligne rouge fixée par le camp patronal. Le Statec mise désormais sur un prochain index vers la fin du second trimestre 2027.
«Sauf grave dégradation de la situation, nous possédons d'une assez bonne prévisibilité sur les deux années à venir. On ne devrait pas avoir à payer plus que deux tranches endéans 24 mois», note Marc Lauer, le nouveau président de l'Union des entreprises luxembourgeoises (UEL). Selon les prévisions, les deux prochaines tranches indiciaires, en 2027 et 2028, devraient être espacées de 11 à 13 mois.
La prolongation des aides énergétiques a un coût de 150 millions d'euros pour l'État, une enveloppe qui s'ajoute aux 450 millions d'euros déjà débloqués pour les mesures en vigueur depuis cet été.