[C’était mieux avant]
Vincenzo Centrone : «Mermer m’avait fait perdre la Flèche du Sud»
Vice-champion national en 2022, Vincenzo Centrone a longtemps couru pour l’équipe de Differdange. Aujourd’hui, il a gardé contact avec le cyclisme en étant speaker sur la Flèche du Sud et le Tour de Luxembourg.
Le coureur perdu de vue que vous aimeriez revoir?
Vincenzo Centrone : Philippe Gilbert, avec qui j’ai couru plusieurs fois avant qu’il soit professionnel. On s’entendait très bien et il venait souvent au Luxembourg. Je ne l’ai revu que lorsqu’il courait au Tour de Luxembourg. Désormais, je l’écoute sur la télévision belge RTL ou sur Eurosport. J’avais un super rapport avec lui.
La consigne d’un directeur sportif que vous n’avez jamais comprise?
Une fois, je portais le maillot des points chauds sur le Circuit de Lorraine (anciennement Circuit des Mines, course aujourd’hui disparue). J’avais eu ce maillot en partant en échappée, mais j’étais le pire des sprinteurs. Je n’avançais pas du tout (rire). Gab (Gabriel Gatti) avait demandé à l’équipe de m’emmener aux sprints intermédiaires. Je vois les gars commencer à m’entourer. Je leur dis : « Vous faites quoi? » Ils me répondent : « On t’emmène pour le sprint ». Je leur ai dit d’arrêter, que je n’en étais pas capable. Mais j’ai perdu ce maillot le dernier jour. Ce n’était pas mon truc, les sprints…
Si j’étais devenu champion national en 2003, j’aurais eu une chance de passer chez AG2R
Le transfert qui aurait pu se faire?
Alberto Elli qui est mon ami, avait noué un contact pour moi avec Vincent Lavenu, pour qui il avait couru dans l’équipe Casino en 1997 et 1998. Je pense que si j’étais devenu champion national à Contern en 2003, où j’étais longtemps échappé avec Benoît Joachim, j’aurais eu une chance de passer pro chez AG2R.
Le coureur le plus fort contre lequel vous avez couru?
Pour moi, c’est Andy Schleck. En tant que junior, il avait couru avec la série élite et il avait fait souffrir tout le monde. Après, je pense que Steve Fogen, avec qui j’ai longtemps couru, avait aussi un talent hors norme. Mais il n’a pas percé.
Votre plus grosse chute?
J’en ai eu beaucoup, comme tous les cyclistes. Une fois, je suis rentré la tête baissée dans la vitre arrière de la voiture d’un directeur sportif dans le Circuit des Ardennes. Les sauveteurs m’ont sorti du coffre, mais je n’avais, par miracle, que des égratignures.
Les Mondiaux en Italie, dans mon pays d’origine, c’était de la folie pour moi
Le coureur le plus méchant?
Le Polonais Krzysztof Mermer, qui était l’un de mes coéquipiers à Differdange. Je dis méchant car il m’avait fait perdre la Flèche du Sud 2003 remportée par le Suisse David Loosli. J’ai terminé 12e à 21 secondes de lui, mais dans la dernière étape, alors que j’étais échappé dans un groupe de six coureurs, dont trois de mon équipe, c’est le seul qui n’a voulu passer aucun relais. Le Néo-Zélandais Klayten Smith passait avec moi ses relais, pas Krzysztof Mermer.
On s’était échappés dans cette dernière étape entre Dudelange et Esch. Le début de course passait par la Moselle. On était partis à Frisange. J’étais quatrième du classement général avant cette dernière étape et on avait pris jusqu’à trois minutes d’avance. Mermer ne voulait pas collaborer, du coup, les autres membres de l’échappée ont arrêté de rouler.
Gabriel Gatti engueulait Mermer et lui demandait de m’aider, mais il ne voulait pas. Il disait : « Non, non, je ne roule pas! » Je pense qu’il était juste jaloux. Il m’avait fait perdre la Flèche du Sud. Pascal Triebel, qui était aussi mon coéquipier, a fini sixième de la Flèche et moi douzième.
Le plus gentil?
Le Belge Frédéric Noiset qui était aussi dans notre équipe de Differdange. C’était un mec en or. Et lorsque tu étais en échappée avec lui, c’était du billard. Un mec fort et un chic type.
Le jour où vous vous êtes senti le plus fort?
Dans un Grand Prix Faber où j’étais arrivé seul, comme dans presque toutes mes victoires. Je pensais que je volais, comme sur un nuage. Cela n’arrive pas beaucoup dans une carrière et j’en ai la chair de poule quand j’y repense.
Votre meilleur vélo?
Un Pinarello Dogma. L’année d’avant à Differdange, nous avions des vélos en aluminium, là on passait au carbone. Un choc.
Votre plus belle victoire?
Celle qui m’a été ôtée, ou plutôt celle que j’ai perdue lors du championnat national 2009 à Differdange. J’étais redevenu amateur et Differdange, c’était mon club de cœur. J’ai été contrôlé positif et j’ai perdu mon titre. C’était ma plus belle victoire, car j’avais réussi à suivre Frank Schleck, Kim Kirchen et Laurent Didier, qui étaient pros. Andy Schleck l’avait emporté ce jour-là. J’étais avec eux, le deuxième amateur était arrivé beaucoup plus loin. C’était un championnat très dur, il faisait 35 degrés. On montait plusieurs fois le col de l’Europe.
La plus belle course à laquelle vous avez participé?
Les championnats du monde élite en 2008 à Varèse. Avec les points récoltés par Andy et Frank Schleck et Kim Kirchen, nous avions neuf coureurs au départ. J’étais allé jusque dans le dernier tour. Les Mondiaux en Italie, dans mon pays d’origine, c’était de la folie pour moi. On était allé au départ avec le bus CSC (des frères Schleck). Cela reste mon meilleur souvenir sportif.
Lorsqu’il courait, Vincenzo Centrone, bon grimpeur et piètre sprinteur, était souvent l’homme des championnats nationaux, qu’il animait de sa fougue. En 2002, c’est sur le fil que Christian Poos l’avait battu au sprint à Kopstal. L’année d’après, le grand frère d’Ivan (qui fit carrière bien après lui) s’est retrouvé longtemps échappé avec Benoît Joachim à Contern. Pilier de l’équipe de Differdange, il évolua dans son équipe continentale lorsque le club passa en 3e division mondiale. Mieux, en 2008, lorsque l’ancien champion italien Alberto Elli créa son équipe Preti Mangimi sous licence luxembourgeoise, il évolua un an au niveau au-dessus. Redevenu amateur, il s’arrêta après une suspension consécutive à un contrôle positif qui l’a longtemps meurtri.
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