[C’était mieux avant]
Rodrigue Dikaba : «Avec Malget, tu pouvais aller à la guerre!»
Le coach adjoint du F91 revient sur une carrière qui l’a vu remporter quatre titres de champion du Luxembourg et porter le maillot d’un mondialiste, la République démocratique du Congo.
Quelle est la meilleure équipe dans laquelle vous avez joué?
Dudelange (2015-2018), c’était le summum de ma carrière. Quand je vois les noms, Jonathan Joubert, Jerry Prempeh, Bryan Mélisse, Tom Schnell, Mario Pokar, Dominik Stolz, Danel Sinani et j’en passe, j’ai du mal à voir une équipe qui pouvait être meilleure que celle-ci! J’ai pu m’épanouir avec des mecs qui étaient des grands joueurs mais aussi des grands hommes.
Et la meilleure que vous ayez affrontée?
L’équipe de France A’ (sorte d’équipe réserve de la France, qui ne jouait que des matches amicaux jusqu’au début des années 2000), en février 2008. Il y avait une restructuration dans le foot congolais, et ils avaient emmené des jeunes évoluant en Europe et des anciens jouant au pays en stage en Espagne. C’était le premier match de cette «génération Marbella» (le lieu du match). En face, il y avait Jean-Alain Boumsong, Alou Diarra, Gaël Givet (tous présents au Mondial-2006) ou Djibril Cissé… Sur mon côté, c’était Samir Nasri. Que des top joueurs! On était vraiment dans l’inconnu, alors même s’il n’y avait pas d’enjeu, ce 0-0, c’était notre plus grand exploit! Par la suite, on n’a malheureusement pas réussi à se qualifier pour la CAN ou la Coupe du monde.
Qui est le meilleur joueur que vous avez croisé sur un terrain?
(Il réfléchit) Sofiane Feghouli (ex-international algérien passé par Valence, West Ham ou Galatasaray). C’était à Grenoble, où je devais signer, en 2009. Face à lui, je me suis rendu compte que le foot pouvait être un tout autre sport. Il était franchement exceptionnel! Simple, mais doté d’une technique incroyable. Ce que des mecs comme lui, ou Achraf Drif (ex-Hostert, Swift et Jeunesse, revenu au Fola en 2025), étaient capables de faire à l’entraînement, ce n’était pas donné à tout le monde. Quand tu vois leurs qualités, tu te demandes ce qu’ils ont fait de leur carrière. Ils auraient pu faire beaucoup plus! Même si Feghouli a quand même connu le très haut niveau.
Avoir joué en équipe nationale, c’est ma plus grande fierté
Le plus méchant?
Kevin Malget. Mais il était dans la bonne agressivité. Ce n’était pas un garçon méchant, mais sur le terrain, tu pouvais aller à la guerre avec lui! Si tu devais calmer un attaquant, tu pouvais lui envoyer Malget (il rit)!
Un transfert qui n’a pas pu se faire?
Il y en a eu deux, quand j’étais à Beauvais (2006-2009) et que j’ai commencé en équipe nationale. J’étais vraiment au sommet de ma jeune carrière. À l’époque, je jouais arrière droit. En 2009, tout était réglé avec Grenoble, qui venait de se maintenir en Ligue 1. Et puis le coach, Mecha Bazdarevic, m’a dit qu’il préférait finalement prendre un joueur d’expérience car la deuxième saison dans l’élite est toujours la plus dure… et il est allé chercher David Sauget (205 matches en Ligue 1, alors âgé de 30 ans), qu’il avait connu à Sochaux. Un an plus tôt, je devais déjà signer à Toulouse, mais ça ne s’est pas fait à cause d’une histoire d’agent. Un agent, avec lequel je discutais mais n’étais pas engagé, s’en est mêlé, alors le club a dit «dossier compliqué, on arrête tout». À la place, ils ont recruté Serge Aurier… C’est la plus grande déception de ma carrière.
Et votre plus grande fierté?
D’avoir joué en équipe nationale. Je n’ai pas grandi en République démocratique du Congo, mais c’était une grande fierté pour mes parents de me voir représenter leur pays d’origine. Ils sont arrivés en France quand ma mère était enceinte de moi (en 1985). Porter ce maillot, c’était vraiment particulier, quelque chose de fort. La première fois que je suis allé au pays, c’était d’ailleurs avec l’équipe nationale. Et l’an passé, j’ai à mon tour emmené mes deux enfants pour le leur faire découvrir.
Votre plus beau but?
Celui du titre de 2016 avec Dudelange, quand j’égalise à Wiltz (1-1 à la 73e) et qu’on finit champions à la différence de buts (+44 contre +28 pour le Fola). C’était le plus beau, et le plus important! C’était mon premier titre au Luxembourg. Être champion national, c’est quand même quelque chose!
Dino Toppmöller fera partie des grands entraîneurs européens
Votre plus belle victoire?
Le dernier match de la saison 2020/2021, quand on est sacré avec le Fola à Esch. C’était un titre (son quatrième sur le plan personnel) totalement inattendu! On a été champions avec une équipe que personne n’attendait, et en plus, dans un derby contre la Jeunesse (victoire 0-3).
Le coach qui vous a le plus marqué?
Il y a bien sûr Christophe Raymond, qui m’a lancé à 17 ans en CFA2 (la D5 française), mais au Luxembourg, le premier qui me vient à l’esprit, paix à son âme, c’est Michel Le Floachmoan (ex-Jeunesse, Pétange, Differdange, F91, décédé en août 2021). Dans son approche avec les joueurs, sa façon de gérer le groupe, il était vraiment différent de tout ce que j’ai connu. En termes de management, c’est vraiment le parfait exemple pour moi. Et il y a quand même Dino Toppmöller (Dudelange, 2016-2018)! Un maître tacticien, avec une approche super intéressante aussi, une façon de travailler jusque dans les moindres détails. Le voir au Bayern, à Francfort et aujourd’hui à Lens, ce n’est pas une surprise. Il fera partie des grands entraîneurs européens.
Vous souvenez-vous du jour où vous avez décidé d’arrêter?
À Uckange (2023/2025), où j’ai été très bien accueilli, j’avais trouvé un club familial, près de la maison. Ils m’ont convaincu de jouer une dernière saison en Régional 2 (le 7e niveau français), et on est montés en R1. J’avais commencé ma carrière seniors avec une montée en CFA avec Arras, et je me suis dit que c’était bien de finir sur une montée. Je voulais passer plus de temps et de bons moments avec ma famille.