[Football]

Le speaker de la Jeunesse : «Ça me coûtait 130 euros par an, mais je voulais garder ma place»

[BGL LIGUE] Aly Ressel, speaker de la Jeunesse pendant plus d’une décennie, raccroche pour de bon. Après un dernier dépannage face à Bissen, il sera assis en tribunes contre Mondorf, ce dimanche.

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Aly Ressel, à gauche, passe le témoin.
Aly Ressel, à gauche, passe le témoin.

À quelle heure allez-vous arriver au stade, dimanche, pour le match de la Jeunesse contre Mondorf?

Aly Ressel : Beaucoup moins tôt qu’avant. Avant, c’était une heure avant le match. Je passais au secrétariat récupérer les feuilles de match et je montais m’enfermer dans ma cage. Là, ce sera 30-45 minutes avant. Et je m’installerai en tribune B, rangée 5, siège 42. Parce que j’ai toujours eu celui-là et que même quand j’étais speaker, je l’ai gardé.

Vous avez gardé votre siège vide pendant onze ans?

Oui, je payais mon abonnement. En ne pouvant pas redonner ma place à quelqu’un parce que ma femme n’est pas très intéressée par le football (il rit). Je voulais rester abonné, membre. Cela coûtait 130 euros par an mais on est à une époque où la Jeunesse Esch compte chaque sou, donc c’était important. Enfin, depuis deux ans, avec la nouvelle loi sur les associations sans but lucratif, c’est 130 euros pour l’abonnement en tribunes plus 15 euros de carte de membre. Bref, moi, je voulais absolument garder cette place parce que j’y suis bien assis, j’y vois bien le terrain. Je ne voulais pas risquer de la perdre – même s’il y a un peu moins de spectateurs qu’avant – et de me retrouver assis à l’un des deux premiers rangs.

Je me rends compte que je n’ai pas été speaker du club sur sa meilleure période…

Vous y reconnaîtrez les gens assis autour de vous?

En principe, j’ai toujours été là avec un copain, mais qui ne peut plus se permettre d’aller au match pour de sérieux soucis de santé. Il n’a plus sa place. Donc j’irai seul. Mais avant d’être speaker, j’avais fait pas mal de connaissances des gens assis autour et on discute, on voit le match ensemble. Quand on suit la Jeunesse Esch, on n’est jamais vraiment seul!

Comment cela vous est tombé dessus, cette histoire de speaker qui vous a tenu pendant plus d’une décennie?

Depuis les années 80, j’étais sur tous les matches de la Jeunesse. Un jour, Guy Guth, membre du comité, vient me voir pour savoir si ça ne pourrait pas m’intéresser et je lui ai dit que j’allais y réfléchir, c’est-à-dire en parler avec ma femme (il rit). Et j’ai commencé sur un match contre Grevenmacher, fin 2015. Sans stress parce que j’étais habitué, de par mon travail, à répondre à des interviews, écrire des discours…

Donc être en tribunes comme simple spectateur, c’est plus stressant, forcément?

Ah non! Non parce qu’il faut être extrêmement attentif en tant que speaker. Qui sort du terrain, qui marque… Comme pour vous, les journalistes. Même si avec le quatrième arbitre et le fait que vous soyez, vous, avec le speaker et qu’on puisse échanger, ça aide. Et puis les conversations avec la presse sont agréables. Par contre des fois, en tribunes, on peut entendre des choses avec lesquelles on n’est pas forcément d’accord. Mais pour lesquelles on ne va pas essayer de se battre pour convaincre l’autre supporter du contraire.

Du genre?

Genre des critiques sur les arbitres. Moi, je suis du genre à essayer de rester objectif, à être calme et mesuré, à ne crier sur personne même si je supporte à 100 % la Jeunesse.

Combien de matches avez-vous assuré?

(Sans réfléchir) J’en ai fait 129 en championnat, seulement 5 en Coupe parce que malheureusement, on se fait souvent éliminer très tôt, plus ceux contre Guimarães et Kostanï en Coupe d’Europe. Ah et un aussi pour les U19 luxembourgeois. C’est mon dada, les statistiques. J’en fais depuis 2007, notamment pour voir l’évolution du public au stade.

Et pour quelqu’un qui a payé sa place sans l’occuper pendant plus d’une décennie, comment on regarde le succès populaire de la gratuité de l’entrée, que la Jeunesse a été la première à tester au pays?

Je pense que la généraliser ne serait pas une solution. Mais que faire la promotion de la Jeunesse deux fois sur une saison, comme c’est le cas à l’heure actuelle, c’est très bien. Je fais partie de ceux qui pensent que si la Jeunesse rejoue le top 4, les gens reviendront d’eux-mêmes. Dans ce club, c’est l’engagement des joueurs, l’envie, qui comptent. Le renouvellement générationnel, il arrivera avec la multiplication des équipes de jeunes. La saison passée, on avait une moyenne à 600 et c’est beaucoup moins que ce qu’on avait avant, mais je suis sûr que ça peut remonter avec de bons résultats.

Il y a un match dont vous vous souviendrez longtemps, en tant que speaker?

Oui, un qui n’a pas eu lieu à la Frontière. Même s’il n’y avait « que » 3 600 personnes, c’était spécial de faire le speaker au stade Josy-Barthel la fois où l’on a affronté Guimarães en Europa League parce que les dirigeants du club voulaient absolument que ce soit «leur» speaker qui assure le micro. Il se trouve que c’était le dernier match européen de la Jeunesse depuis lors (NDLR : le 25 juillet 2019)… Je me rends compte que je n’ai pas été speaker du club sur sa meilleure période… J’espère qu’en tant que supporter, je les reverrai au niveau continental…

Et le moment le plus fort…

Ah c’est touchant quand vous devez demander de faire une minute de silence pour un ancien joueur ou un ancien entraîneur décédé. Voir un stade se lever, c’est émouvant. Je pense à Dan Theis, qui était si jeune… Ou Michel Leflochmoan… Et moi, je ne peux pas être trop émotif dans ces moments parce que j’avais un match à assurer derrière.

La plupart des gens qui vont à la Frontière ne me connaissent pas. Pour eux, oui, j’étais juste une voix

Oui, il faut éviter la bêtise…

Ça m’est arrivé une ou deux fois, au début. Annoncer le remplacement d’un joueur alors qu’il vient juste en bord de terrain pour échanger avec son coach. Et là, forcément, dans la tribune, les gens hurlent. Comme si beaucoup sentaient qu’ils pouvaient le faire mieux que moi…

Après dix ans, on peut dire qu’on devient la voix d’un stade?

Je pense que la plupart des gens qui vont à la Frontière ne me connaissent pas. Pour eux, oui, j’étais juste une voix. À part pour ceux qui sont vraiment tout près de la cabine de presse. Mais je me rappelle que certains collègues ont appris que je faisais le speaker en allant au stade et en entendant ma voix.

C’est quoi, le cadeau qu’on reçoit pour dix ans de service?

Une poignée de main et un maillot de l’équipe, dédicacé par tous les joueurs.

Ils vous connaissent?

Ceux qui sont là depuis très longtemps, oui. Les autres… non, je ne pense pas.

Quel sera le style de votre successeur, Eric Ewald? En avez-vous discuté avec lui?

Il était journaliste sur RTL et maintenant, sur 100.7. Quand je lui ai… disons, remis les clefs, on se connaissait sans se connaître : même s’il ne m’a jamais interviewé, il savait très bien que j’étais ancien policier comme je savais que lui était au service police-justice. Mais pour vous répondre… il va faire comme il veut! Je lui ai juste expliqué comment ça fonctionne, mais aussi qu’on n’avait aucune directive précise de la part du club, qu’on était libres. Alors dimanche, j’irai le saluer puis j’irai m’asseoir en tribunes et je vais écouter ce qu’il va dire. Il connaît le métier.

Vous ferez quelques remplacements?

J’arrête définitivement. Mais c’est aussi ce que j’avais dit en fin de saison dernière. Mais si on a vraiment besoin de moi, alors qu’Eric a un remplaçant désigné, je ne serai pas bête. Je le referai. Pour le club.

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