[C’était mieux avant]

Jessica Birkel : «À Ell, j’étais toujours contente quand le match se terminait!»

Retraitée depuis 2024, la première buteuse de l’histoire des Rout Léiwinnen revient sur une carrière riche en trophées avec la Jeunesse Junglinster.

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Jessica Birkel en juin 2018, après son sixième et dernier sacre personnel en Coupe des dames avec Junglinster.
Jessica Birkel en juin 2018, après son sixième et dernier sacre personnel en Coupe des dames avec Junglinster.

Quelle est la joueuse la plus forte que vous avez côtoyée ou affrontée?

Jessica Birkel : Il n’y a pas forcément de joueuse que je voudrais mettre en avant plus qu’une autre. Dans le championnat luxembourgeois, il y avait de grosses individualités dans presque toutes les équipes, y compris la mienne. Il existait d’ailleurs parfois de grandes différences de niveau au sein même des équipes. Puis, au fil des années, de plus en plus de joueuses françaises, belges et allemandes sont venues jouer ici et ont étalé leur talent. Si je devais en citer une, je dirais Ghislaine Steiner, du Progrès Niederkorn (à 48 ans, la milieu passée passée par Mamer court toujours du côté de Thionville, en D5 française), qui m’a particulièrement marquée à mes débuts. À cette époque, c’était une joueuse remarquable, très forte.

Et la plus drôle?

Je dirais Nadine Tangeten (ex-Junglinster, Mamer et Bettembourg, aujourd’hui au Swift)! Pour les adversaires, c’était une joueuse très « désagréable », mais super importante pour notre équipe, car elle était toujours pleine d’énergie. Même en dehors du terrain, on ne s’ennuyait jamais avec elle et on a passé beaucoup de moments marrants ensemble!

Quel a été votre plus beau but?

C’était avec Junglinster, contre nos grandes rivales du FC Mamer : une talonnade sur corner. La télévision était présente et mon but avait tourné en boucle dans les informations sportives du soir. C’était quelque chose de très spécial pour moi.

Votre plus belle victoire?

Nos premiers points avec l’équipe nationale, lors des préqualifications de l’Euro-2009 contre Malte. J’avais marqué les deux premiers buts, et on avait gagné 4-2 (le 20 novembre 2006 à Mamer, pour le deuxième match de l’histoire des Rout Léiwinnen). Inoubliable!

J’ai un respect particulier envers Romain Jean, qui a façonné le foot féminin luxembourgeois

Votre plus grand regret?

Quand je vois comment le football féminin a évolué aujourd’hui et combien de jeunes joueuses luxembourgeoises partent à l’étranger, j’aurais certainement aimé vivre cette expérience. Mais à mon époque, on ne pouvait pas imaginer ça. Seules quelques-unes ont tenté de s’expatrier pendant une courte période. Si tant est que cela arrive.

Votre plus grand exploit?

J’ai tout donné pour mon équipe et donc pour le football au fil des années, avec 100 % de passion et de volonté. Je pense que c’est ma plus grande réussite!

L’équipe la plus forte avec laquelle vous avez joué?

Pour moi, bien sûr, le FC Junglinster, où j’ai joué presque toute ma carrière. Pendant de nombreuses années, notre équipe était la plus forte du pays (12 trophées nationaux sur 18 possibles entre les saisons 2009/2010 et 2017/2018), avec la plus grande cohésion. Nous avons longtemps été imbattables! C’était une période inoubliable et je suis très reconnaissante d’avoir pu la vivre. D’autant qu’autrefois, ce n’était pas toujours facile pour la plupart des équipes. Il y avait peu ou pas de soutien extérieur. Beaucoup d’équipes ont connu des hauts et des bas. Certaines sont restées ensemble pendant des années, et pour d’autres, cela n’a jamais vraiment duré. Mais chacune poursuivait une passion.

Y a-t-il une équipe ou une joueuse que vous n’aimiez pas affronter?

Je n’étais jamais très emballée à l’idée de jouer contre Ell, et surtout à Ell. Nous avions l’habitude de jouer sur du gazon synthétique et jouer là-bas, sur herbe, était toujours un défi. Peu importe le temps, on ne savait jamais à quoi s’attendre (elle sourit)! Et le SC Ell a toujours été un adversaire physiquement très fort, donc assez pénible à affronter. J’étais toujours contente quand le match se terminait!

L’équipe la plus forte que vous ayez affrontée?

Dans certains matchs internationaux avec la sélection, il était souvent très frustrant de voir à quel point les autres nations étaient fortes par rapport à nous. Je me souviens d’une lourde défaite ici contre la Pologne, 0-12, qui reste la plus lourde jamais subie par l’équipe féminine du Luxembourg. Je ne dirais pas que c’était l’adversaire le plus fort que j’aie jamais affronté. Mais elles étaient bien supérieures à nous.

Je suis toujours restée fidèle à Junglinster. Changer de club n’a jamais été une option!

Votre pire blessure?

J’ai eu la chance d’être épargnée par les grosses blessures. J’ai « juste » eu une déchirure du ligament du genou en finale de la Coupe 2015, à Beggen (remportée aux tirs au but face au RFCU). Malheureusement, je me suis blessée dès les premières minutes, alors j’ai dû me contenter de soutenir mon équipe de l’extérieur pendant pratiquement tout le match.

Le ou la coach qui vous a le plus marquée?

Les entraîneurs qui m’ont forgée étaient Romain Jean (le premier sélectionneur des Rout Léiwinnen, de 2006 à 2012, décédé en novembre 2024), notre entraîneur de longue date de l’équipe nationale, et Serge Bix, avec qui nous avons célébré nos premiers succès avec Junglinster. Pendant des années, ils faisaient tous les deux partie de ma vie de footballeuse. Mais j’ai un respect particulier envers Romain Jean, qui a façonné le foot féminin luxembourgeois pendant des années.

Votre plus grosse fête en équipe?

Oh là là, il y en a eu beaucoup avec Junglinster! Nous avons gagné six fois le championnat et six fois la Coupe. Pour moi, tout était unique et inoubliable. J’ai apprécié chaque instant!

Un transfert qui a failli se faire?

Je suis toujours restée fidèle à Junglinster. Pour moi, changer de club n’a jamais été une option (elle sourit).

Vous souvenez-vous du jour où vous avez décidé d’arrêter?

Il n’y a pas eu de jour précis où j’ai décidé de mettre fin à ma carrière. Après avoir eu mon fils en 2020 et ma fille en 2021, je voulais vraiment revenir au football et à mon équipe. Le football et mes amies, qui avaient fait partie de ma vie au fil des années, me manquaient. J’ai réintégré l’équipe et ai joué toute la seconde moitié de la saison 2023/2024. J’ai alors lentement compris que ce seraient mes derniers mois de footballeuse. J’ai apprécié d’y revenir, de faire partie de l’équipe à nouveau. Et il m’a fallu ce temps pour réaliser que le football n’était plus une priorité pour moi et qu’il ne s’intégrait malheureusement plus dans ma vie familiale en tant que mère et épouse. Au final, ça m’a convenu et c’était facile à accepter. Il y a dix ans, je n’aurais jamais pu imaginer atteindre un tel point.

Ses faits d’armes

Née le 29 janvier 1988 à Ettelbruck, c’est à l’AS Hosingen que Jessica Birkel a commencé le football, à 13 ans, avec les garçons. Intégrée un an plus tard à l’équipe féminine, elle rejoint en 2004 Etzella, le club de sa ville natale, qui sera repris quelques années après par la Jeunesse Junglinster. Le début, pour l’ailière, d’une moisson de trophées : six championnats et six Coupes nationales entre 2010 et 2018, année de sa dernière cape avec le Luxembourg. Appelée en sélection féminine dès sa création, elle fut la toute première buteuse des Rout Léiwinnen, le 20 novembre 2006 contre Malte.

Aujourd’hui

Retirée définitivement des terrains en 2024, après une première pause pour donner naissance à ses deux premiers enfants (elle en a trois, aujourd’hui) et une ultime demi-saison avec Junglinster, Jessica Birkel, qui exerce le métier d’éducatrice dans une crèche, n’est plus impliquée dans le football depuis qu’elle a raccroché les crampons. Si ce n’est pour accompagner les premiers pas de son fils dans la discipline. Suivra-t-il les glorieuses traces de sa maman, internationale luxembourgeoise à 40 reprises (7 buts)?

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