[C’était mieux avant]
Jérôme Bigard : «Si Luc Holtz va pisser, tu y vas aussi !»
Jérome Bigard aimait les teigneux, les troisièmes mi-temps et les colères de Luciano Crapa. Retour sur une carrière sans nostalgie.
Ses quatre clubs de senior, le RFCU, le F91, Strassen et Lorentzweiler, sont en lice ce dimanche en 16e de finale de la Coupe, qu’il a gagnée à une reprise, en 2007.
Quel est le meilleur joueur avec lequel vous ayez joué ?
Jérôme Bigard : J’hésite entre deux. Je pourrais dire Johan Bellini, un vrai talent qui est peut-être tombé dans la facilité à un moment. Il aurait pu avoir une belle carrière pro, au FC Metz ou même encore plus haut. Cela ne s’est pas joué à grand-chose. Mais je dirais plutôt Joris Di Gregorio. Quand il est arrivé à Dudelange, il était tout bonnement inarrêtable.
Et le meilleur contre lequel vous ayez joué ?
Je mettrais sur un pied d’égalité le Bulgare Berbatov et le Biélorusse Hleb. Ces deux-là avaient une de ces aisance technique, une force de déplacement, une propreté dans les gestes…
S’il faut parler de la meilleure équipe que vous ayez affrontée ?
Les U21 portugais, pour la première sélection avec nous de Mario Mutsch. Ils nous avaient passé 6-0 et en face il y avait Quaresma, Viana, Varela…
Je suis le premier buteur de l’histoire du Racing !
Quant à la meilleure équipe avec laquelle vous ayez joué ?
Le F91 de 2007-2008, forcément. Celui qui avait été sacré champion dès le mois de mars et en n’encaissant que douze buts. Bon, depuis, Differdange a fait mieux mais à l’époque, personne n’était pro, chez nous. Je veux dire certains vivaient du football mais il n’y avait aucune obligation de s’entraîner deux fois par jour. Tout le monde faisait quatre séances semaines. C’était une autre époque.
Vous nous parlez de votre plus beau but ?
C’est le premier inscrit par le RFCU, en 2005, après la fusion de tous les clubs de la capitale. C’était à Pétange et c’était une sorte de tir-lob de près de trente mètres. Je suis le premier buteur de l’histoire du Racing!
Quel joueur perdu de vue aimeriez-vous revoir ?
Aucun parce que je les croise tous récemment. Ils viennent souvent dans mes établissements. J’ai recroisé Manu Coquelet (NDLR : l’ancien buteur du F91) le mois dernier. Il est passé par hasard. En général, les gars viennent manger et boire un verre. Je ne leur offre pas forcément systématiquement un verre, hein (il rit) : je vis quand même de ça!
Il y a un joueur avec lequel vous ne seriez jamais parti en vacances ?
Non plus. Même avec les teigneux, ceux qui allaient physiquement, comme Luciano Crapa ou Jean Wagner, je m’entendais bien. On faisait 90 minutes mais après, ça finissait à la buvette. Et ça, ça a bien baissé, en Division nationale. Et même dans les divisions inférieures. Ça devient carrément un peu triste. La troisième mi-temps, c’est quand même de beaux moments d’échange et de partage.
Votre plus grosse engueulade de vestiaire, c’était quoi ?
Oh je dirais, justement, les pétages de plomb de Luciano Crapa, pour rien, sans aucune raison. Finalement, il allait fumer un paquet de cigarettes, boire un casier de Jupiler, et c’était bon.
Une consigne de coach que vous n’avez jamais comprise ?
Un jour, avec l’Union, alors que j’avais 18 ans, Benny Reiter m’a demandé de courir pendant 90 minutes après Luc Holtz. Et il me l’a dit exactement comme ça. Il a ajouté «si Luc Holtz va pisser, tu y vas aussi». Devinez quoi? On a perdu 1-0 sur un but de Luc Holtz. Et moi je suis sorti du terrain en me disant que cela n’avait servi à rien. Tu ne peux pas être derrière un mec tout le temps, pendant 90 minutes. Holtz avait trouvé le moment
Si je n’avais pas connu le groupe du RFCU 2005, j’aurais peut-être été plus sérieux
Un transfert qui aurait dû se faire ?
Lors de ma deuxième année au F91, j’ai reçu deux offres intéressantes en provenance de 2e Bundesliga. Il y avait le Rot-Weiss Essen et Augsburg. Et comme j’ai été éduqué avec cette idée que les études passaient en priorité sur le foot, mais aussi qu’on en a vu, des carrières de footballeurs qui partent en vrille, j’ai privilégié l’école. Je n’ai pas couru le risque. Dommage, les propositions étaient sympas. Mais une vie de footballeur pro, ce n’est pas facile. Il faut être sérieux. Est-ce que j’aurais pu? Moi, à la fusion du RFCU, je me suis retrouvé dans un groupe avec Dan Spogen, Jhempy Almeida, Jérôme Cabanel, David Gross, Luc Biver… Tous les jeudis, ils organisaient des afterworks et nous disaient «les jeunes, vous venez aussi!». Si je ne les avais pas connus, j’aurais peut-être été plus sérieux.
Ça a été quoi, votre blessure la plus grave ?
Ouhla, moi, sur le terrain, j’étais toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Je me suis fracturé l’humérus à 17 ans, ai été opéré d’une hernie discale à 24 ans, et me suis pété le péroné en 2009…
Vous vous rappelez du jour où vous avez décidé d’arrêter ?
En mai 2018, à 33 ans. Juste avant qu’on ne joue le match de barrage avec Lorentzweiler (NDLR : contre Mamer). Avant de monter sur le terrain, je dis à Christopher Diederich, avec qui je faisais entraîneur-joueur, que quel que soit le résultat, qu’on monte ou qu’on reste en D1, j’arrête, que c’est mon dernier match. Sans être arrogant, j’avais tout vu et il était temps de penser à l’après football. À la famille, au boulot et aussi au golf, un sport auquel je me suis mis avec Gilles Muller.