[Le portrait]
Jean-Baptiste Souche, du parasport à la FLA
Depuis bientôt quatre ans, Jean-Baptiste Souche est le DTN de la FLA. À l’issue d’un parcours qui l’a vu notamment être l’un des hauts responsables du sport paralympique en France.
Jean-Baptiste Souche est né à Orange, dans le sud de la France. Il se lance dans l’athlétisme. Et notamment le décathlon. Son principal fait d’armes sportif est d’avoir terminé quatrième des championnats de France en salle d’heptathlon.
Rapidement, il décide de s’orienter vers le coaching : «J’ai très vite compris que je serais meilleur entraîneur qu’athlète.»
C’est à Montpellier, où il a effectué une partie de ses études, que sa vie professionnelle va basculer : «J’étais athlète au Pole espoir et je passais mes diplômes d’entraîneur. On s’entraînait à la même heure qu’un groupe d’athlètes paralympiques. Leur coach a décidé d’arrêter. Il m’a proposé de prendre la suite. J’ai accepté.»
Le voilà lancé dans le mouvement paralympique : «Pour un jeune entraîneur, quand tu bosses bien, c’est plus facile dans le mouvement para. Tu es vite repéré.»
C’est ainsi qu’il gravit les échelons. D’abord au sein de comités régionaux. Puis, rapidement, en équipe de France.
Avec les Bleus, il vivra plusieurs JO. En 2012, à Londres, il est responsable des sauts. À Rio, en 2016, il est head coach, n°2 de la délégation. Et repartira avec notamment les deux médailles d’or (et deux records du monde) de Marie-Amélie Le Fur sur 400 m et la longueur, athlète dont il est le coach personnel entre 2014 et 2021.
Mais après Tokyo, le climat se tend. Et Jean-Baptiste Souche décide de trouver un nouveau point de chute. Il entend parler, par David Riboulet, entraîneur au Luxembourg qu’il a côtoyé dans un ancien boulot, d’un poste de DTN : «C’est lui qui m’a dit de postuler.»
Il est contacté par Jean-Sébastien Dauch, le directeur général : «Le premier contact avec Jean-Sébastien, j’étais en train de récupérer mon gosse à l’école. A priori, ça a dû bien se passer, puisqu’il y a eu un deuxième entretien en visio. Puis je suis venu passer deux ou trois jours au Luxembourg, histoire de rencontrer les gens et voir les infrastructures, avant de signer le contrat.»
Les gens m’ont laissé la chance de me connaître avant de me juger. Et c’est très agréable
Jean-Sébastien Dauch raconte la suite : «On avait lancé une procédure de recrutement qui était allée à son terme. Mais au dernier moment, la personne a renoncé pour raisons personnelles. On s’est retrouvés au point mort. Et en discutant avec David, il m’a parlé de quelqu’un qui pourrait convenir. Jean-Baptiste a postulé et dès le premier contact, ça s’est bien passé. Il s’est tout de suite bien entendu avec tout le monde. Bien sûr, il a dû s’adapter à un nouveau contexte. Un nouvel environnement. Mais assez rapidement, on est devenu un binôme», explique le DG.
Confirmation de Souche : «On a une très très bonne relation professionnelle. Ça a tout de suite bien collé. Jean-Sé a un côté très humain que j’apprécie beaucoup. Il m’a laissé l’opportunité de monter progressivement en responsabilités et en gamme. Au fur et à mesure, il m’a laissé les dossiers pour que je puisse m’acclimater en douceur. C’était très progressif.»
Et d’ajouter : «Un mois, à peine, après mon arrivée, j’ai fait ma première compétition à Malte. C’étaient mes premiers vrais contacts avec l’équipe. J’ai rapidement été dans le bain. C’était chouette. Et j’ai senti une bienveillance de la part de tout le monde. Je pense que les gens m’ont laissé la chance de me connaître avant de me juger. Et c’est très agréable.»
Clairement, le garçon se sent à sa place : «Le boulot est génial. Les missions intéressantes. Les conditions très bonnes.»
Après, tout n’est pas rose non plus : «Je n’ai pas réponse à tout. Et parfois, en tant que DTN, tu dois annoncer des mauvaises nouvelles. Comme dire à un athlète qu’il n’est pas sélectionné. Mais ça fait partie du job.»
Jean-Sébastien Dauch ne regrette pas son choix : «C’est un très bon collègue. Quelqu’un de très impliqué dans tout ce qu’il fait. Qui bosse énormément. Qui a beaucoup de sensiblité, ce qui est important, notamment pour gérer les athlètes. Après, on n’est pas toujours d’accord. Mais on en parle. On échange. Et tout cela permet à la FLA d’avancer.»
«Au fil des ans, j’ai développé des solutions pour bégayer le moins possible»
Cela ne se remarque pas, loin s’en faut, au premier abord, mais Jean-Baptiste Souche souffre d’un vrai handicap : il est bègue. S’il a réussi à éliminer son accent du Sud – «pour faire plus sérieux en entretien d’embauche» –, il est également parvenu, à force de beaucoup de travail, à pratiquement éradiquer ce mal qui le poursuit depuis son plus jeune âge.
«J’étais très bègue. Je n’arrivais pas à aligner trois mots. Mes parents ont été ultrapatients. J’ai fait des années d’orthophonie, de sophrologie, de psychologie, des cours de respiration. J’ai réuni tout cela et j’ai développé des solutions pour bégayer le moins possible. Quand j’ai envie de parler, je réfléchis à mort à ce que je vais dire. C’est pour cela que je bégaie plus en anglais qu’en français, car c’est moins facile d’échanger les mots.»
Et de préciser : «Ça n’a jamais été handicapant pour moi. Je n’ai pas souffert de moquerie. Les gens étaient cools envers moi.»
Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes? Sur un plan professionnel, on peut l’affirmer. Mais sur le plan personnel, c’est un peu plus compliqué. Il est en effet en couple avec Julie, qu’il a rencontrée à Lyon alors qu’elle faisait une thèse sur l’histoire du sport paralympique. Ils ont un fils de huit ans et la maman et le garçon habitent… à Bordeaux : «Je suis deux semaines à Luxembourg et une semaine en télétravail. Je prends généralement le train, j’en ai pour 6 h 30 aller et 6 h 30 retour.»
C’est la moins mauvaise solution trouvée par le couple : «Ma compagne a un travail qu’elle adore. Elle évolue dans une très bonne ambiance de travail. Elle est très compétente. Et du coup, je me voyais assez mal lui demander de quitter un boulot qu’elle adore pour venir avec moi.»
La situation, qui devait être temporaire, dure plus que prévu. Pas évident à vivre pour le jeune garçon : «Quand je suis à Bordeaux, je passe le plus de temps possible avec eux. Quand je ne suis pas là, on fait des petites vidéos. On s’appelle. Mais ce n’est pas pareil.»
Il a trouvé un stratagème pour se rappeler aux bons souvenirs de son fils : «Je lui cache des petits mots dans ses livres. Et des fois, il m’appelle pour me dire : « Papa, j’ai trouvé un bon. Je peux choisir le repas du soir! »», sourit ce colosse au cœur tendre.
Qui espère pouvoir rapatrier sa famille au Grand-Duché le moment venu : «On ne passera pas notre vie comme cela. Ce n’est pas ultrasimple. Après, c’est un choix. Mais je suis à l’écoute de tout bon poste pour elle!»
En attendant, il continue de vivre entre Bordeaux et Luxembourg… avec un petit détour par Torun, pour les championnats du monde indoor, l’espace de quelques jours.