[Natation]

Henx : son plus grand défi

CHAMPIONNATS D’EUROPE EN PETIT BAIN À LUBLIN Il devait être en Pologne. Mais Julien Henx a subi un très grave accident de moto qui a failli lui coûter la vie. Aujourd’hui, il se reconstruit jour après jour.

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Julien Henx travaille tous les jours pour redevenir un athlète de haut niveau.
Julien Henx travaille tous les jours pour redevenir un athlète de haut niveau.

On l’avait quitté, début août, tout sourire, alors qu’avec ses potes de l’équipe nationale, il venait de battre le record national du relais 4×100 m 4 nages en clôture des championnats du monde de Singapour. Lui, c’est Julien Henx, 30 ans et désormais vétéran de la sélection.

En toute logique, il devait faire office de grand frère à l’occasion des championnats d’Europe en petit bain, qui s’ouvrent demain du côté de Lublin, en Pologne. Mais Julien Henx n’y sera pas. Et on n’est pas près de le revoir dans l’eau. En tout cas en compétition.

En effet, le nageur des Sharks a bien failli voir sa vie s’arrêter brutalement, le lundi 8 septembre, alors qu’il faisait une virée en moto avec un pote en Belgique : «J’ai tiré sur le frein. Normalement il réagit tout de suite, mais là, je suis allé jusqu’au doigt.» Et ensuite ça va très vite : «Je n’ai pas le temps de réagir. Je passe entre deux arbres pour éviter de m’en prendre un et je fonce en direction d’un petit talus. Je me suis jeté de la moto et j’ai fermé les yeux…»

«Mentalement, ça m’a détruit»

L’ambulance arrive rapidement. Julien Henx, dont l’airbag s’est gonflé, n’arrive pas à respirer et commence à paniquer. Puis se calme. Et – chassez le naturel, il revient au galop –, quand les ambulanciers font mine de vouloir lui découper sa combinaison, cet amoureux de mode obtient gain de cause. Et sauve son vêtement : «À ce moment, c’était super important pour moi.»

Débute ensuite un très long chemin. Fait de douleurs. De doutes. D’angoisses. D’espoir. D’efforts. Opéré le jour même en Belgique, notamment d’une fracture du tibia, du péroné et du genou, il se réveille avec un clou d’une trentaine de centimètres et quatre vis dans la jambe.

Pas une nuit complète en six semaines

De retour deux jours plus tard à la maison, il va vivre un véritable enfer : «Je n’ai jamais eu aussi mal de ma vie. Je n’ai pas dormi une nuit complète pendant six semaines. Au bout de deux ou trois heures, je me réveillais à cause de la douleur.»

En tant que sportif de haut niveau, il bénéficie du soutien du LIHPS : «Je tiens vraiment à les remercier de leur soutien dès le premier jour. Ils ont mis une team autour de moi qui travaille sans cesse. Rééducation, kiné, psychiatre, diététicienne : c’est vraiment fou à quel point ils ont mis des choses en place pour un sportif blessé, afin qu’il ne perde pas trop mentalement pendant la phase la plus difficile de sa vie. Surtout les premières semaines.»

Quid de la natation? Il recommence à nager une fois ses points de suture retirés, soit quatre semaines après son terrible accident. Et les débuts sont très compliqués. Notamment moralement : «Je devais y aller assis par terre avec le cul au bord de l’eau. Et je sortais sur les fesses. Ça ne fait pas très athlète de haut niveau. Mentalement, ça m’a détruit.»

Chaque jour une petite victoire

Le calvaire dure plusieurs semaines. Lui qui est habituellement hyper-sportif, hyper-actif, a besoin d’être assisté pour les gestes de tous les jours. Heureusement, son père habite tout près. Mais le jeune homme de 30 ans vit très mal le fait de devoir être accompagné pour manger, prendre une douche ou aller aux toilettes : «C’était très compliqué. Au début, tu es super motivé. Mais sur la longueur, tu t’aperçois à quel point c’est dur. Et puis, chaque jour tu as une petite victoire : tu vas aux toilettes tout seul, tu prends ta douche tout seul. J’ai pris ma première douche debout dimanche (NDLR : l’entretien s’est déroulé il y a deux semaines). Cela fait une semaine que je peux me déplacer sans béquille.»

Forcément, une telle mésaventure a des conséquences sur son physique d’athlète : «J’ai perdu 6 kg en quatre semaines. Et sur les six dernières, je n’ai regagné que 1,5 kg», confie-t-il.

Évidemment, à son âge et au stade de sa carrière, la question de raccrocher le maillot s’est forcément posée : «Bien sûr qu’on se pose la question. Mais quand j’ai vu ma jambe pratiquement détachée et qu’on te dit que pendant neuf mois, tu ne peux pas sauter dessus, tu te demandes même si tu pourras remarcher. Dans la tête, c’est très compliqué. Mais j’ai décidé de prendre la rééducation comme un challenge.»

Un challenge dont la durée est évaluée à une période comprise entre six et neuf mois. Un sacré défi. Au quotidien : «Quand j’arrive sur le parking de la Coque, je dois être concentré à 100 %. Quand il y a un trottoir, je dois m’arrêter, réfléchir à mettre d’abord le mauvais pied, puis le bon.» «C’est la première fois que je me casse la gueule à moto alors que je roule depuis l’âge de 8 ans. Je n’aurais jamais pensé que ça pourrait avoir un impact aussi grand sur ma vie. Et sur ma carrière.»

Il se jette alors dans ses journées à rallonge avec la même intensité que quand il s’élance d’un plot de départ : «J’ai trois séances de rééducation avec Jérôme (Pauls) au LIHPS, deux séances de kiné, une muscu haut du corps, deux séances de caisson à oxygène pour la reconstruction des os, une séance de psy par semaine. Mes journées sont plutôt longues. Je suis fatigué mentalement et physiquement.»

On ajoute à cela des séances de natation. À un rythme tout doux pour lui : «Je m’entraîne deux à trois fois par semaine dans l’eau. Et on essaie de faire toujours plus. Je peux faire nage complète, mais pas de battements. Aujourd’hui, j’ai essayé 5×100 m jambes et après deux j’ai arrêté. Le docteur a dit que je pouvais tout faire dans l’eau tant que je n’ai pas mal. Il faut que je mette de la pression sur le tibia pour que ça guérisse. C’est compliqué de savoir à quel point je peux appuyer sur le muscle et l’os.»

J’aimerais être compétitif à Paris

Jour après jour, Julien Henx essaie de redevenir d’abord un homme qui peut se déplacer normalement. Ensuite, viendra la phase où il pensera à tenter de redevenir sportif de haut niveau. Il a en tout cas un objectif clair en tête : «Je suis qualifié pour les championnats d’Europe (NDLR : à Paris, en août). J’aimerais être compétitif là-bas.»

Mais il ne compte pas brûler les étapes : «Cela fait deux mois et demi que c’est arrivé et ça se passe bien. Mais je sais que je ne suis pas à l’abri de glisser et de me refaire mal. Donc, on prend jour par jour. La rééducation est le plus important. J’attends d’avoir le go des médecins pour pouvoir tout faire, mettre 100 % de mon poids sur ma jambe. Est-ce que c’est possible d’être au top en août si je reçois le feu vert en mars, on verra bien.»

Il a en tout cas l’assurance de pouvoir continuer à être soutenu par l’armée jusqu’en septembre prochain. Moment où son contrat arrive à échéance : «En mars, j’ai une réunion avec le COSL pour évaluer la situation. Même si la perf n’est pas là aux Europe, j’aurai fait une rééducation à 100 %, j’aurai tout donné. Tout fait pour guérir. Si on ne me prolonge pas mon contrat, il faudra trouver un travail. Mais c’est un problème pour plus tard. Le plus important, c’est de retrouver ma forme, de pouvoir retrouver mon physique, de pouvoir recourir. Et je sais que l’armée permet d’avoir 18 mois de reconversion.»

Des très hauts et des très bas

Avant de penser à la suite, Julien Henx vit donc au jour le jour. Avec des hauts. Et des bas : «Certains jours, je vais très bien. D’autres, c’est très dur. J’ai beaucoup de moments seul. Les hauts et les bas sont énormes. À certains moments, dans la voiture, je mets la musique à fond et je me dis que je vais le faire. Et d’autres où ça ne va pas du tout.»

Il faut dire que la douleur ne le quitte pas : «J’ai mal tous les jours. Même si les nuits sont plus tranquilles qu’avant.» Il veut faire passer un message : «Je ne suis pas un héros. Je fais de mon mieux. Je bataille. Je veux dire que ça peut arriver à tout le monde. Tu peux finir ta carrière en tombant des escaliers. C’est difficile, mais je pense que je vais en ressortir plus fort!»

Un joli message pour un jeune homme qui vit une période très compliquée. Mais qui peut compter sur le soutien de sa famille et de ses amis pour l’aider à traverser cette mauvaise passe. Et le retrouver sur les plots, l’été prochain à Paris!

C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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