[Football]
Breu, la saison de grâce avec zéro budget?
[BGL LIGUE] Une des rares équipes de DN à jouer avec deux «9», la Vieille Dame a fait des choix audacieux au mercato qui semblent commencer à payer. Ça gagne depuis peu et surtout, ça joue plutôt bien.
C’était il n’y a pas si longtemps alors impossible de ne pas s’en souvenir avec une pointe d’amertume à la fois rieuse et boudeuse. Reinhold Breu, au sortir d’une défaite contre Mondorf, voyait bien les regards des supporters et proches du club de la Jeunesse, entendait leurs remarques également : «Non mais ces recrues n’ont pas le niveau pour la BGL Ligue».
Le technicien allemand a dû retenir sa condescendance de s’attaquer à coups de dents à ces coaches en herbe, mais aujourd’hui, après avoir battu Rumelange 2-5 puis Wiltz 5-1, il savoure un peu, sans s’enflammer. Parce qu’il faut remonter à début avril 2022, il y a presque quatre ans, pour trouver trace d’une Jeunesse aussi prolifique offensivement sur une aussi courte période (1-5 contre Mondorf le 20 mars et 5-1 contre Etzella le 3 avril). Et parce qu’il faut aller encore plus loin pour retrouver autant de sourires au sortir de la Frontière, juste parce que ce que la Vieille Dame a montré était emballant, il faut en parler.
C’EST QUOI, LA MÉTHODE BREU, EN 2026?
L’ancien DTN a regretté une chose, lors de sa première saison très aboutie : ne pas avoir eu les moyens pour trouver les profils offensifs qu’il souhaitait. Or cet été, il estime avoir eu la chance nécessaire pour s’estimer servi. Des joueurs entre deux âges, parfois en situation d’échec professionnel à l’étranger, parfois déjà au Grand-Duché mais sur les tablettes de très peu de clubs du pays (tels Gashi, Skenderovic ou Peprah). Son «transfert clef», Breu l’a fait avec Thibault Maquart, «parce que c’est un père de famille, il a trois garçons et c’est quelqu’un de responsable. Il est fort, il est stable, il a de la personnalité». Depuis, Breu a laissé passer sans paniquer les quatre défaites initiales contre des équipes trop au-dessus, mais bosse énormément en individuel, en semaine. Neuf joueurs ont droit à deux fois une heure en tête-à-tête avec leur coach, notamment au niveau offensif. Cela a aussi permis à Tanzer, très bon dans les duels (un seul perdu contre Wiltz, dimanche soir), qui courait beaucoup mais n’importe où, d’apprendre à le faire utilement. Libérant Maquart, qui peut plus se projeter devant.
SCHMITZ, POURQUOI ON LE DÉCOUVRE SI TARD?
Parce que l’avant-centre, venu des divisions inférieures, prêté par Bastendorf après être passé par Erpeldange, Christnach et Mersch, n’est plus tout jeune : 26 ans. Il est de la génération Vincent Thill ou Leandro Barreiro, mais à l’envers : il a longtemps considéré le foot comme un pur passe-temps. «Il n’était dans la liste d’aucun club luxembourgeois et il y a une quinzaine d’années, il n’était pas non plus dans ma liste pour les sélections jeunes à la fédération», reconnaît Reinhold Breu. Deuxième meilleur buteur de DN avec cinq réalisations («et selon moi, il peut finir meilleur buteur en mai», lance Breu), il n’est pas encore assez actif pour demander le ballon, lui reproche son coach. Mais avec lui, «on est encore dans le développement tactique».
ELSHAN A-T-IL COMPRIS LES CHOSES?
La saison passée, son entraîneur nous avait avoué être agacé par son joueur, qui le «rend fou» à certains moments. Ses réticentes prestons l’ont resitué à un niveau qu’il avait atteint en novembre 2025, avec les U21, contre la Suisse (2-1) notamment. Et à sa sortie, contre Wiltz, Breu l’a bloqué pour lui dire, les yeux dans les yeux, qu’il avait adoré sa prestation, notamment sa passe décisive pour Turping, «une passe incroyable, digne d’un numéro 10». Le joueur doit survivre à la frustration d’un non-transfert cet été (lire ci-dessous) et son staff lui demande de jouer «plus simple, de manière plus claire et lisible».
HUNTER, CLINIQUE OU PHARMACEUTIQUE?
Voilà un «supersub» de 25 ans qui confirme que plutôt que de miser sur de très jeunes joueurs cet été, les Bianconeri ont ciblé des frustrés en état d’échec. Hunter a raté le «cut» à Hombourg et Sarrebruck mais ses talents techniques semblent sans fin. Doté des deux pieds, il peut jouer indistinctement des deux côtés du terrain même si à l’heure actuelle, Turping lui chipe la place à gauche pour une raison très précise «et je m’en excuse», sourit Breu. Mais le petit ailier a un autre atout non négligeable : sa famille. Très aisée et qui, aux États-Unis, donne dans le pharmaceutique. L’argent n’est pas une motivation forte pour lui et ça tombe bien puisque la Jeunesse n’en a pas. Un coup en or, donc.
TURPING, PRESQUE FORCÉ À JOUER?
Reinhold Breu est un forceur. Il n’a pas peur qu’on le dise : après avoir été la bouée de sauvetage de Selim Turping, qui venait de passer quasiment un an sans jouer en Suisse, à Zurich, le technicien le «pousse à rattraper le temps perdu, à faire des minutes pour retrouver le rythme. C’est comme Schmitz au début, ce n’est pas parfait, mais il faut en passer par là». Quitte à lui passer des contre-performances, lui qui a un gabarit et besoin de grand espaces. «Il doit retrouver le feeling.» Et le rasta aussi fait partie des neuf qui ont des sessions personnelles. Le concernant, de finition devant le but.
FERNANDES, LE 10e ATTAQUANT?
Le latéral droit défensif, qui va chercher très haut sur le terrain, a contre Wiltz délivré deux passes décisives et n’en finit plus de faire l’admiration de son entraîneur, qui le trouve beaucoup plus développé tactiquement que la saison passée. «En plus, il est tellement fort physiquement! C’est une machine qui se complète parfaitement avec Littbarski ou Hunter. Il va délivrer beaucoup de passes!»