[C’était mieux avant]

«Après un entraînement avec Andy, on savait tous ce qu’était le vrai talent!»

Il a couru pendant trois ans, de 2001 à 2003, en tant que coureur professionnel et a décroché un titre de champion national de contre-la-montre devant Kim Kirchen. Du haut de ses 49 ans, Marc Vanacker rembobine le film.

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Chaque année, Marc Vanacker conduit des invités sur le Tour de Luxembourg.
Chaque année, Marc Vanacker conduit des invités sur le Tour de Luxembourg.

Votre plus belle victoire?

Marc Vanacker : Sans hésiter la Mi-Août bretonne en 2000. J’étais encore amateur, je voulais passer professionnel. Il s’agissait d’une course open, réunissant professionnels et bons amateurs. J’avais fait un gros stage d’entraînement avec Cyrille Guimard (ancien directeur sportif de Bernard Hinault, Laurent Fignon, Greg Lemond et …Lucien Didier) un mois avant. Je me retrouvais avec la Française Séverine Desbouys. Elle a remporté de son côté deux étapes du Tour de France féminin et le maillot de la montagne et moi la Mi-Août bretonne. Cyrille était dans la voiture du directeur de course lorsque j’ai gagné. Un super souvenir.

Moi qui étais plutôt sprinter, j’ai gagné en solitaire. La veille, nous étions arrivés à dix pour la deuxième place, le Suisse Steve Zampieri avait fini seul devant et j’avais terminé dixième de ce groupe. J’étais tellement affûté et en forme que j’avais perdu la niaque du sprinter. Cela m’avait énervé. Le lendemain, je n’ai pas pris de risque, j’ai fait l’inverse de ce qu’on attendait de moi et j’ai attaqué à quatre kilomètres de l’arrivée. Pour un sprinter, gagner en solitaire, c’est spécial.

Le coureur perdu de vue que vous aimeriez revoir?

Il y en a plusieurs. Stéphane Cougé, qui avait été champion de France espoirs. Je sais qu’il possède aujourd’hui un magasin de vélos au Mans. Les deux autres, c’est Pierre Ackermann, un coureur suisse chez qui on dormait souvent lorsqu’on courait avec Christian Poos (autre coureur luxembourgeois qui courait également pour la Post Swiss et Marlux) en Suisse avec la Post Swiss. Et Marc Chanoine, un coureur belge que j’ai croisé chez Marlux.

La consigne d’un directeur sportif que vous n’avez pas comprise?

J’adorais Luc Leblanc (NDLR : le coureur français, aujourd’hui âgé de 59 ans, fut un grand coureur des années 90, sacré champion du monde à Agrigente en 1984 devant Claudio Chiappucci et Richard Virenque), « Lucho », et je n’ai rien à redire sur lui, bien au contraire, c’est un ami et je vais lui envoyer cet article, mais il avait tendance à nous demander d’attaquer tout le temps lorsque je courais pour son équipe Panorimmo. On restait parfois longtemps en chasse-patate et c’était particulier. Comme il avait été un grand champion, il ne comprenait pas toujours qu’on ne soit pas aussi bons que lui. « Lucho », je continue à le voir et à l’adorer.

La plus grosse engueulade en course?

Avec un coureur français, Samuel Plouhinec. On s’était tapé dessus dans un critérium. J’avais un coéquipier en tête et je ne pouvais pas rouler derrière, il ne l’avait pas compris. Il freinait d’un coup sec pour essayer de me faire tomber. On en est venu aux mains. On s’est réconciliés après coup. Dans le vélo, on ne s’engueule pas trop et on n’a pas vraiment d’ennemis, juste des adversaires.

Le coureur le plus fort contre lequel vous avez couru?

Je n’ai jamais couru avec lui, mais Andy Schleck m’a sidéré lors d’un entraînement. Il était débutant. On était avec la bande des pros de l’époque, son frère Frank, Benoît Joachim, peut-être Kim Kirchen et Christian Poos, je ne sais plus très bien, mais on était nombreux. Il a fait 40 bornes avec nous dans une séance très rythmée. Il était tout jeune, mais on ne faisait pas la différence avec un pro. Après un entraînement avec lui, on savait tous ce qu’était le vrai talent! On l’avait rencontré. Un extraterrestre. C’est comme aujourd’hui le Français Paul Seixas. Le sport est beau et injuste lorsque tu vois de pareils talents (il rit).

Cyrille Guimard devait monter une équipe avec Elf-Aquitaine en 2001(… ). Je devais être sa première recrue

Un transfert qui aurait pu se faire?

Cyrille Guimard devait monter une équipe avec Elf-Aquitaine en 2001. Lorsque j’ai remporté la Mi-Août bretonne, je devais être sa première recrue. Je me souviens encore du soir où Cyrille nous a appris que cela avait capoté avec Elf. On avait bu deux, trois verres pour faire passer la déception, alors que je ne buvais pas du tout. La déception fut grande. Finalement, je suis passé à la Post Swiss.

Votre plus grand regret?

Encore un transfert qui ne s’est pas fait. J’aurais pu également signer chez Phonak à l’époque. Je remporte donc la Mi-Août bretonne et, dans la foulée, je fais un bon Tour de l’Avenir. Juste après, j’ai deux équipes qui m’appellent, la Post Swiss et Phonak, deux équipes suisses, bizarrement. Je voulais aller chez Phonak. Je me rappelle avoir dit à Frank Schleck, avec lequel je faisais chambre commune sur le Tour de l’Avenir, que la Post Swiss était une voie sans issue et que je voulais aller chez Phonak. J’avais eu cette clairvoyance. Jacques Michaud de Phonak m’a fait attendre un peu et me refixait toujours des objectifs à atteindre.

Après le Tour de l’Avenir, j’avais remporté à Marmande une grosse course française, le Prix de la Tomate, qui était la finale de la Coupe de France Mavic. La semaine suivante, j’avais un examen de rattrapage à la fac et je ne pouvais plus m’entraîner. Mes résultats ont décliné, j’ai bossé pour un équipier et Michaud s’est montré déçu. Puis, la Post Swiss m’a appelé pour me confirmer qu’ils me prenaient. Le soir du premier rassemblement avec la Post Swiss, Michaud me rappelle pour m’annoncer qu’il a enfin une place pour moi. Mais c’était trop tard. Étant bien éduqué, j’avais donné ma parole. Mais c’est un regret, Phonak c’était une autre équipe que la Post Swiss…

Votre plus grande joie?

Le titre de champion national, c’était bien. Surtout que je n’étais pas un coureur de chrono. Du coup, j’étais persuadé que je serais bien également pour la course en ligne (à Schifflange en 2001, Christian Poos s’était imposé devant Benoît Joachim), mais j’ai été malade toute la journée et j’ai abandonné. Plus largement, simplement faire du vélo suffisait à ma joie.

Benoît Joachim était raisonnable à vélo, pas sur des skis. Je l’ai trouvé complètement fou en hors-piste!

Le coureur le plus fou?

Benoît Joachim mais pas en cyclisme, en ski! Il était raisonnable à vélo, pas sur des skis. Je l’ai trouvé complètement fou en hors-piste! Je me rappelle d’une journée de vacances à Tignes où il était passé dans un endroit incroyable. On part ensemble, puis les mauvaises conditions font qu’on se sépare. Une heure après, des secouristes m’interpellent après qu’une avalanche s’est déclenchée. Je leur dis que mon pote vient de passer dans cet endroit et de Benoît, je n’ai plus de nouvelles jusqu’au soir. Il avait éteint son portable, mais il est réapparu bien plus tard. Il avait galéré, rencontré d’autres compagnons d’infortune, mais s’en était sorti!

Une idée à faire passer?

Je voudrais faire remarquer que le Luxembourg a beaucoup de chance d’avoir des gars comme Jempy Drucker (l’actuel entraîneur national) qui s’impliquent dans la fédération, comme l’a fait aussi jusqu’à présent Frank (Schleck). C’est un rêve pour les jeunes qui ne s’en rendent pas forcément compte. Même en équipe de France ou d’Allemagne, on ne trouve pas d’anciens vainqueurs d’étapes de grands tours qui prodiguent des conseils aux jeunes. Et on voit les résultats. Je voudrais aussi remercier des années après les personnes qui se sont occupées de moi de façon bénévole. Celui qui m’a massé, Roland Beck. Celui qui te lave le vélo en cyclo-cross, Gaston Zangerlé. Quand on est jeune, on ne voit pas les sacrifices de ces vrais bénévoles sans qui on ne pourrait pas faire carrière.

SES FAITS D’ARMES

Il a remporté en 2000 la Mi-Août bretonne, qui réunissait à l’époque une brochette de coureurs pros et amateurs de haut niveau. Marc Vanacker est devenu champion national en 2001 de contre-la-montre devant Kim Kirchen et Vincenzo Centrone. Il a passé deux années chez les professionnels. En 2001, il a porté les couleurs de l’équipe Post Swiss. En 2002, il est passé chez les Belges de Marlux-Ville de Charleroi. Puis en 2003, il a rejoint l’équipe Panorimmo dirigée par l’ancien champion du monde français Luc Leblanc.

Il a remporté en 2000 la Mi-Août bretonne, qui réunissait à l’époque une brochette de coureurs pros et amateurs de haut niveau. Marc Vanacker est devenu champion national en 2001 de contre-la-montre devant Kim Kirchen et Vincenzo Centrone. Il a passé deux années chez les professionnels. En 2001, il a porté les couleurs de l’équipe Post Swiss. En 2002, il est passé chez les Belges de Marlux-Ville de Charleroi. Puis en 2003, il a rejoint l’équipe Panorimmo dirigée par l’ancien champion du monde français Luc Leblanc.

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AUJOURD’HUI

Depuis l’arrêt de sa carrière en 2003 (sa dernière course officielle a été le Circuit des Mines, alors réservé aux professionnels), Marc Vanacker (49 ans) n’a pas chômé. En 2004, il est devenu journaliste sportif au Wort, puis journaliste politique à La Voix du Luxembourg. Il y est resté près de 13 ans pour finir, fin 2016, responsable du pool francophone.

Puis il est devenu directeur de la Luxembourg School of Business, la formation continue pour les managers, et a préparé son MBA. Ensuite, il est devenu secrétaire parlementaire du LSAP. Depuis deux ans, il est professeur de Vie et Société à Junglinster.

Il est marié avec Sophie et père de deux filles, Cloé, 17 ans, et Ruben, 13 ans. Il pratique encore de temps à autre le cyclisme avec des amis. «Même si je n’en fais pas assez… Avec des amis qui ne sont pas cyclistes, chaque année, on part une semaine. L’an passé, on est allés en Belgique. On a monté la Redoute, la Roche aux Faucons, le mur de Huy et bu des coups le soir! On a commencé ça avec le covid, lorsqu’on avait fait le Tour de Luxembourg. C’est devenu une tradition sympa.

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