[Cyclisme]
Alexandre Kess : «Ça passait où ça cassait…»
Alexandre Kess, qui a repris ses études à Montpellier, a décidé, à 23 ans, de clôturer sa carrière de cycliste. Il explique pourquoi.
Alexandre Kess s’est résolu, à l’issue de la dernière étape du Tour de Luxembourg, qu’il a bouclée à une honorable, mais anonyme, 36e place, à tourner la page du cyclisme, à l’âge de seulement 23 ans. Ce triple médaillé de bronze aux championnats nationaux élite de course en ligne est parti à Montpellier pour poursuivre ses études. Celui qui a porté, ces deux dernières saisons, les couleurs de l’équipe Lotto Kern-Haus nous explique le cheminement de sa décision irrévocable.
Vous avez décidé, conformément à ce que vous aviez prévu en début de saison, de stopper votre carrière. Expliquez-nous pourquoi ?
Alexandre Kess : J’étais ambitieux en début de saison et j’espérais personnellement obtenir des résultats plus probants. Je savais que ça allait être dur, mais c’est devenu encore plus dur que prévu. Mon objectif personnel était le Tour de Bretagne, fin avril (il a terminé 13e de la première étape et 36e du classement général final). Je m’étais cassé un doigt à l’entraînement en mars. J’ai été opéré et j’ai dû m’entraîner sur rouleaux pendant trois semaines. J’ai ôté mon attelle deux semaines avant le Tour de Loir-et-Cher, ma course de préparation, qui n’était donc pas optimale. Il m’a manqué le petit truc en plus. J’arrivais à être devant, mais je ne pouvais pas jouer.
Par la suite, vous avez souvent travaillé pour votre équipe…
Oui, j’ai roulé pour Arno (Wallenborn) sur la Flèche du Sud. Mais dans toutes les courses par étapes auxquelles j’ai participé, il y avait toujours une étape où je pouvais jouer ma carte. Mais je n’avais plus le truc pour être décisif au sprint. J’étais fort, mais pas décisif. J’avais toujours une possibilité par-ci, par-là, mais en regardant mes résultats, on ne le remarque pas. C’est que ce n’était pas bien (rires).
Vous êtes déçu de votre saison ?
Oui, quand même. J’avais pour objectif de faire mieux que la saison passée. C’est clair que je suis déçu.
D’où votre décision d’arrêter ?
Oui, je reprends des études en économie et gestion à Montpellier, où je suis depuis début septembre. J’étais revenu pour le Tour de Luxembourg et je suis reparti le lundi après la course. Je fais encore du sport, mais plus comme avant. Je cours un peu et j’ai mal aux jambes (rires). Depuis ma dernière course, je ne suis allé rouler qu’une fois.
Cela n’est pas anodin d’arrêter sa carrière à seulement 23 ans…
Depuis que je suis junior, je me répétais que si je ne parvenais pas à faire le saut chez les professionnels, sans perspective d’avenir à long terme, alors il faudrait me résoudre à arrêter. Je me fixais la limite des espoirs. L’an passé déjà, je voulais arrêter. Mais ma saison 2025 avait été bonne. Tout le monde me disait que j’aurais une équipe et cela a traîné jusqu’en décembre. Du coup, j’ai décidé de refaire une saison avec l’objectif de gagner. J’avais une vision réaliste. En 2026, ça passait ou ça cassait. Ça a cassé…
Miser sur les espoirs, c’est un peu terminé
Vous n’êtes pas le seul coureur en équipe continentale (3e division) à vous heurter à ce constat : à un moment, faute de places dans les équipes professionnelles, il faut se résoudre à abandonner ses ambitions sportives…
Oui, j’ai remarqué que, dans les équipes continentales, il y a une grande différence entre le fait de courir dans une équipe de développement ou non. À résultats égaux, ça change tout. J’ai vu des coureurs de mon niveau et de mon âge passer en World Tour. C’est devenu très difficile pour les équipes continentales avec la concurrence des équipes de développement. L’âge des coureurs a beaucoup baissé ces dernières années et les juniors s’entraînent déjà comme des professionnels. Des coureurs comme moi sont considérés comme trop vieux, mais pas encore assez jeunes. Lorsque j’étais junior, on attendait de passer en espoirs avec l’idée de progresser. Et en espoirs, on se dit : « Merde, c’est trop tard. Il aurait fallu rouler plus chez les juniors. » Miser sur les espoirs, c’est un peu terminé. C’est dur de sortir du lot. Il faut aussi de la chance. C’est la vie.
Cela vous procure des regrets ?
Oui. On peut toujours faire mieux et on peut voir ça comme des excuses. Chez les juniors, Romain Grégoire et Pierre Gautherat faisaient beaucoup plus de kilomètres que moi. Je n’ai pas le même talent qu’eux. Mais si, moi aussi, j’avais fait 30 000 kilomètres par an, j’aurais peut-être pu atterrir dans une équipe de développement. Bon, d’autres coureurs se sont aussi cramés en faisant cela. C’est le risque. On se demande donc si cela valait le coup de prendre ce risque.
Quels bons souvenirs allez-vous garder ?
J’ai été content de vivre le cyclisme à fond sans faire d’études à côté. J’ai eu la chance de pouvoir vivre cette vie de cycliste à fond. Je garde de bons souvenirs de résultats personnels et de la bonne ambiance au sein de l’équipe. Mon succès dans le Tour de Guadeloupe (2023), ma deuxième place sur le Tour de Bretagne (2025), le succès de Mathieu (Kockelmann) dans le Tour de Luxembourg : ce ne sont que de bons souvenirs.