Une médecine d’État intenable pour l’AMMD
Les négociations pour aboutir à une nouvelle convention avec les médecins ont échoué et la médiation aussi. L’AMMD observe un basculement vers la médecine d’État et cite Cuba comme exemple.
Rien ne va plus depuis l’automne dernier entre la Caisse nationale de santé (CNS) et l’Association des médecins et médecins-dentistes (AMMD). C’est en octobre dernier que cette dernière a résilié les conventions liant les deux parties, jugeant que le système applicable actuellement à la médecine libérale «ne convient plus ni aux médecins ni aux patients», comme le rappelle l’association dans sa dernière newsletter à l’adresse de ses membres.
Elle y explique surtout le blocage total des négociations et l’échec de la médiation. «La CNS a fait échouer la médiation en tenant des propos incendiaires», écrit l’AMMD. Elle poursuit en affirmant que «certains membres du conseil d’administration de la CNS sont allés jusqu’à qualifier d’«antisociaux» les médecins ne signant pas la nouvelle convention, exerçant ainsi une pression directe sur les représentants de l’AMMD».
L’association des médecins transcrit pour ses membres les propos tenus par la CNS lors de la médiation. «On nous a confirmé que «la CNS n’a jamais voulu changer le cadre légal actuel qui l’arrange bien». Elle souhaite continuer à «fixer les tarifs des médecins» et elle est d’avis que «sans la CNS, la moitié des médecins du Luxembourg ne pourraient pas survivre économiquement» et que «seuls des profils comme des directeurs de banque pourraient encore se permettre de se faire soigner au pays».
De quoi provoquer la colère des représentants des médecins et dentistes qui estime aujourd’hui que la CNS ne se considère pas comme un partenaire, mais «comme (notre) maître et qu’elle se comporte en tant que tel», selon l’AMMD qui accuse la CNS de ne pas être «à la hauteur des défis et des enjeux pourtant partagés». Avant d’arriver à la médiation qui s’est révélée catastrophique, les négociations avaient donné le ton. «Nous avons négocié de bonne foi avec la CNS qui se cachait toujours derrière le cadre légal actuel, alors qu’il était évident dès le début que le cadre légal n’était ni tenable ni acceptable.» L’AMMD a finalement refusé de signer la nouvelle convention que la CNS lui demande d’accepter «telle quelle».
Le Premier ministre, Luc Frieden, a finalement reçu l’AMMD après l’avoir fait patienter pendant six mois. La rencontre a eu lieu en juin dernier. Le député socialiste Mars Di Bartolomeo a d’ailleurs posé une question le 9 juillet pour connaître le contenu de l’entrevue, mais la réponse tarde à venir. Un délai supplémentaire vient d’être accordé au gouvernement pour y répondre.
L’AMMD rappelle qu’elle attend depuis trois ans «la mise en œuvre des engagements pris dans l’accord de coalition». Elle se plaint d’avoir eu en guise de lot de consolation «des projets de loi problématiques» comme celui sur les sociétés d’exercice libéral, qui pose «des difficultés structurelles majeures», ou celui concernant l’ambulatoire, qui «vise plutôt à satisfaire les hôpitaux qu’à offrir plus de médecine dans les cabinets de médecins».
Après deux entrevues avec Luc Frieden, l’AMMD estime que le gouvernement «ne veut rien faire» et sent bien que «la volonté politique n’y est pas». Le Premier ministre a conseillé aux médecins de s’adresser à la ministre de tutelle, Martine Deprez, mais cette dernière est aujourd’hui critiquée pour avoir occupé les médecins pendant six mois «dans des groupes de travail inutiles sans vrais résultats à ce jour». Quant à la CNS, elle «affiche une rigidité déconcertante à imaginer un meilleur système de santé», selon l’AMMD.
Trois revendications
L’AMMD a présenté trois revendications, tant à la CNS qu’au Premier ministre, comme base de réflexion pour l’éventuelle signature d’une nouvelle convention. Tout d’abord la revalorisation complète de la valeur lettre-clé au maximum prévu par la loi pour la période 2026/2027 (par analogie avec ce qui est déjà établi dans d’autres secteurs de la santé), ensuite l’abolition des règles anticumul des actes et enfin le retrait de la régulation des convenances personnelles des conventions à signer.
Tant la CNS que le gouvernement ont refusé la mise en œuvre de ces mesures. L’AMMD a entendu le même refrain, selon elle : «Les médecins gagnent trop bien leur vie.» Les conventions AMMD-CNS prendront fin en octobre 2026. Le gouvernement devra adopter un règlement grand-ducal dont le contenu est déterminé par le code de la sécurité sociale, soit «une médecine d’État», comme le décrit l’AMMD, qui risque de ne pas durer, le ministère de la Santé et de la Sécurité ne disposant «ni des moyens ni des ressources pour gérer un système de médecine d’État», à moins de s’inspirer de Cuba ou de la Corée du Nord.
«La classe politique sera forcée de sortir de son inertie et de concevoir un système de santé apte pour le XXIe siècle».