Tripartite : «La population attend un soutien rapide et tangible»
La CGFP est le premier partenaire social à dévoiler ses revendications clés à inclure dans un accord tripartite. Des allègements fiscaux «rapides» en sont le fil rouge.
Un des enjeux de la tripartite nationale consacrée à la crise énergétique sera le positionnement des syndicats face au patronat et au gouvernement. Il s’avère que l’Union des syndicats OGBL-LCGB n’est pas forcément sur la même longueur d’onde que le syndicat de la fonction publique CGFP. Le constat vaut au moins pour l’ordre du jour.
Tandis que les deux représentants des salariés du secteur privé continuent de militer offensivement pour une hausse structurelle de 300 euros du salaire minimum et une discussion sur la crise du logement, la Confédération générale de la fonction publique se «félicite expressément» que le gouvernement ait décidé de limiter les discussions «principalement aux conséquences économiques et sociales de la crise énergétique».
Un pas est néanmoins fait en direction de l’OGBL et du LCGB. La CGFP admet qu’un ordre du jour resserré «ne signifie toutefois pas» que «d’autres défis politiques majeurs perdent en pertinence». «Bien au contraire : ces sujets restent d’une importance sociétale centrale. Cependant, pour parvenir à un accord tripartite, il importe de ne pas surcharger cet organe de crise avec l’ensemble des problématiques existantes», développe le syndicat de la fonction publique dans un communiqué, diffusé au terme de la première réunion tripartite, consacrée mardi dernier au dressage d’un état des lieux de la situation économique et sociale du pays.
Au-delà du salaire minimum et du logement, l’Union des syndicats réclame un engagement du gouvernement sur le maintien d’un système de soins de santé public fort et solidaire. Le refus de l’Association des médecins et médecins-dentistes (AMMD) de signer une nouvelle convention avec la Caisse nationale de santé (CNS) inquiète au plus haut point OGBL et LCGB. Ils redoutent la volonté d’une libéralisation accrue du système et l’arrivée d’une médecine à deux vitesses.
Comme précisé, ni le gouvernement ni l’union patronale UEL ni la CGFP ne comptent discuter de ce dernier point lors de la tripartite. Au contraire, le syndicat de la fonction publique est le premier des partenaires sociaux à mettre sur la table ses revendications concrètes pour les négociations qui seront lancées le 2 juin.
La délégation de la CGFP, emmenée par le président Romain Wolff, affirme avoir exposé «sans ambiguïté» lors des échanges de mardi les «mesures qui s’imposent désormais afin de faire face à la crise énergétique». «La population attend à juste titre un soutien rapide et tangible», insiste le syndicat.
«Pas d’accord à tout prix»
Des mesures d’allègement «à court terme» devraient «prioritairement passer par des dispositions fiscales, afin de permettre aux ménages de disposer immédiatement d’une marge financière supplémentaire». Dans cet ordre d’idées, la CGFP revendique en premier lieu une «réduction d’impôt temporaire», qui se refléterait directement sur la fiche de salaire.
Attendre la réforme fiscale, actuellement prévue pour 2028, ne serait pas suffisant. «Certes, cette réforme apportera en principe des allègements pour de nombreux ménages, mais ces effets ne se feront sentir au plus tôt qu’en 2029. (…) Or la crise actuelle exige des réponses immédiates», souligne la CGFP. Elle réclame en outre un ajustement intégral du barème fiscal à l’inflation.
Un troisième point majeur est l’«optimisation du crédit d’impôt énergie». La CGFP demande des «montants déductibles plus élevés pour les revenus faibles et moyens, afin de les soulager de manière ciblée, ainsi qu’un accès élargi aux déductions fiscales pour les revenus plus élevés, pour tenir pleinement compte de la charge réelle liée à la hausse des coûts énergétiques».
Des «mesures d’allègement immédiates» pour «l’ensemble des produits énergétiques» sont en outre revendiquées.
À l’image de l’OGBL et du LCGB, la CGFP salue l’engagement du gouvernement de ne pas remettre en question le mécanisme d’indexation, en dépit du déclenchement possible de trois tranches endéans 15 mois, entre mai 2026 et septembre 2027.
Le syndicat de la fonction publique confirme sa volonté d’aborder les tractations à venir de manière constructive. Une chose serait néanmoins «certaine» : des allègements «efficaces pour les ménages» sont «indispensables». «Le gouvernement doit démontrer qu’il prend le dialogue social au sérieux. Il n’y aura pas d’accord à tout prix», met en garde la CGFP.