L’IA au gouvernement sous surveillance humaine

L’État utilise l’IA dans sa communication, mais les lignes directrices imposent une vérification humaine des contenus ainsi générés. Les acteurs de la création risquent d’en pâtir.

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Ben Polidori et Ben Streff s’inquiètent du devenir de la création humaine.
Ben Polidori et Ben Streff s’inquiètent du devenir de la création humaine.

L’État remplace-t-il des personnes réelles par des images standardisées créées par l’IA? Oui, c’est arrivé dans une campagne d’un ministère, rappellent les députés socialistes, Ben Polidori et Ben Streff, dans une question parlementaire posée le 10 juillet dernier. Ils s’inquiètent du devenir de la création humaine, le recours à l’IA risquant de fragiliser le travail des artistes, photographes et créateurs visuels.

Le gouvernement utilise bien l’IA pour créer des contenus, texte ou image, reconnaissant que les outils d’IA générative «ouvrent la voie à de nouvelles modalités de création, de collaboration et de diffusion des idées, tout en améliorant la précision des analyses et des contenus produits». Cela étant, toute utilisation de l’IA générative par les agents de l’administration centrale de l’État doit être conforme aux exigences de gouvernance et de transparence.

Pour ce qui est des professionnels remplacés par l’IA, le gouvernement déclare ne pas disposer de données lui permettant de faire un lien entre le recours à des images générées par IA et le niveau de l’emploi ou de revenus des photographes, graphistes et autres artistes visuels. Mais ces derniers peuvent aussi profiter des opportunités de l’IA «comme par exemple des gains de productivité et de nouvelles voies de création», illustre le Premier ministre dans sa réponse. Le gouvernement, selon lui, «soutient activement le développement de formations dans le domaine de l’IA afin d’augmenter les compétences techniques de la main-d’œuvre nationale».

Quel soutien aux professionnels? Le gouvernement reconnaît la nécessité d’accompagner les métiers artistiques et créatifs, mais que ces technologies comportent également «des risques pour les revenus, la reconnaissance des auteurs, la diversité culturelle et le respect du droit d’auteur». Des défis explorés par le ministère de la Culture à l’occasion des Assises thématiques sur l’IA en novembre 2025, comme le rappelle le gouvernement dans sa réponse, et qui ont donné lieu à la présentation du Livre blanc Culture et IA, un point de départ pour orienter les choix politiques et structurer les réponses aux évolutions en cours.

Le gouvernement continuera à travailler, en concertation avec les organisations de gestion collective et les acteurs concernés, à des solutions adaptées en matière de licences, d’encadrement des usages et de modalités de rémunération, dans une logique d’équilibre entre innovation, sécurité juridique et équité pour les créateurs.

Par ailleurs, différentes mesures sont mises en place pour soutenir les professionnels et les entreprises dans l’exploration et l’adoption de solutions fondées sur l’intelligence artificielle, comme le programme d’accompagnement et de cofinancement «Fit 4 AI» qui permet d’analyser les opportunités et les capacités internes des entreprises en vue d’intégrer des solutions d’intelligence artificielle.

La responsabilité

de l’agent

Le cadre légal pour assurer que l’IA déployée au Luxembourg reste centrée sur l’humain et soit conforme à l’intérêt général se base sur la mise en œuvre du cadre harmonisé européen. Le règlement sur l’intelligence artificielle, également appelé «AI Act», vise à soutenir le développement d’une IA axée sur l’humain et digne de confiance. Ce règlement prévoit une obligation de transparence, à savoir que les utilisateurs d’un système d’IA générant ou modifiant des textes destinés à être publiés pour informer le public sur des sujets d’intérêt général doivent indiquer que le contenu a été généré ou modifié par une IA.

Toutefois, dans le cadre de la communication publique, les contenus générés ou modifiés par une IA doivent faire l’objet d’une relecture et d’une vérification humaine avant leur publication. La responsabilité du contenu final incombe à l’agent qui en assure la production et la validation. Le principe de «responsabilité, intervention et supervision humaine» doit dès lors être appliqué à tout moment.

Dans ce cadre, lorsque le contenu généré ou modifié par l’IA fait l’objet d’une vérification et d’une validation humaine et que les conditions prévues par le règlement en matière de transparence ne sont pas applicables, il n’est pas nécessaire de mentionner que le texte a été produit ou modifié par une IA.

Les consignes contenues dans les lignes directrices pour l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle dans l’Administration centrale, adoptées le 20 mars 2026 par le Conseil de Gouvernement, s’adressent aux agents de l’administration centrale de l’État du Grand-Duché du Luxembourg, incluant les services de communication des différents ministères, qui sont également, comme tous les agents de l’État, tenus de les respecter et de les appliquer dans leur quotidien professionnel.

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