«Les droits des jeunes ne s’arrêtent pas aux frontières» : les jeunes Luxembourgeois soutiennent les lycéens français
Ce lundi, l’Union nationale des étudiants et la jeunesse de l’OGBL ont affiché leur soutien aux lycéens français. Bien qu’ils refusent de propager le mouvement au Grand-Duché, ils ne cachent pas certaines problématiques communes.
Le retour en classe au Grand-Duché s’est déroulé sans encombre lundi matin, loin de l’agitation devant les établissements scolaires en France où une troisième semaine de manifestations des lycéens a débuté, marquée par de nouveaux faits de violence. Même en Belgique, dans la province de Luxembourg, des centaines d’étudiants étaient dans la rue à Arlon et Virton lundi, même s’ils semblaient réunis sans organisation ni revendications.
L’actualité n’échappe pas à la jeunesse luxembourgeoise pour autant, puisque deux communiqués de soutien aux voisins français ont été publiés, l’un par l’Union nationale des étudiants du Luxembourg (UNEL), l’autre par le département des Jeunes de l’OGBL (OGJ). Mariana Portelada, porte-parole de l’organisation étudiante, explique la raison de ce geste symbolique : «Les problématiques soulevées par les lycéens français concernent des droits fondamentaux qui nous concernent également en tant que jeunes. Les droits des jeunes ne s’arrêtent pas aux frontières, et notre solidarité non plus.»
«Les lycéens français sont victimes d’injustices»
Pour Marvin Bormann, porte-parole de la jeunesse syndicale, la mobilisation de l’autre côté de la frontière est une question de droits, mais aussi de lutte contre l’injustice. «Les lycéens sont victimes d’injustices, et ce, à plusieurs niveaux : les bâtiments scolaires sont délabrés et le système éducatif a été sapé par des années d’austérité, ce qui fait qu’ils peuvent à peine exercer leur droit à une bonne éducation», affirme-t-il. L’OGJ estime également que «leur juste protestation est réprimée avec une violence brutale, alors que les médias les présentent souvent comme des agresseurs, bien qu’ils soient en réalité les victimes.»
L’UNEL, qui déplore également la répression menée par les forces de l’ordre françaises, rapporte que «des Luxembourgeois qui étudient en France participent aux mobilisations» et précise que son secrétaire général, Angelo Locatelli, se rendra à Strasbourg mardi «afin de montrer concrètement notre solidarité».
D’un côté comme de l’autre, l’essentiel est d’apporter son soutien et non d’importer le mouvement au Grand-Duché. «Nous ne voulons pas détourner l’attention des revendications portées actuellement par les lycéens français ni prendre la place de leur parole», assure Mariana Portelada. «On trouve que cela n’a pas beaucoup de sens de transposer les revendications des lycéens français au contexte luxembourgeois. Les conditions sont quand même trop différentes», abonde Marvin Bormann.
Une jeunesse qui veut être impliquée
Ne pas lancer une mobilisation lycéenne ou étudiante au Grand-Duché «ne signifie évidemment pas que tout est parfait et que nous n’avons pas de problèmes dans notre système éducatif», fait savoir la porte-parole de l’UNEL. «Nous avons bien sûr nos propres problèmes et, si nous estimons un jour qu’une mobilisation ou une grève est nécessaire, elle devra naître de notre propre situation et de nos propres revendications.»
Son homologue de l’OGJ prévient : «Les problèmes dénoncés aujourd’hui par la jeunesse française doivent également nous pousser à examiner la situation au Luxembourg.» Bien qu’il reconnaisse que les problèmes ne sont pas de la même magnitude qu’en France, il cite notamment la dernière étude PISA qui «montre que le système éducatif luxembourgeois est l’un des plus injustes et que l’origine sociale, les revenus des parents et leur niveau d’éducation influencent très fortement les résultats scolaires».
Malgré «des échanges réguliers avec le ministère et les autorités compétentes», Mariana Portelada constate que, «lorsqu’une jeunesse commence à critiquer un système et à demander des changements, elle ne reçoit pas nécessairement de réponse directement». Elle cite notamment les lettres adressées au gouvernement au sujet de la crainte de coupes budgétaires sur les programmes Erasmus+ ou Horizon Europe et restées sans réponse. «La campagne « Schwätz mat » et les innombrables tables rondes avec des représentants de la jeunesse ont montré qu’écouter ne veut pas dire impliquer», dénonce également Marvin Bormann, car les «décisions finissent quand même par aller à l’encontre des intérêts des jeunes interrogés.»