Laurent Mosar : «Je suis le champion des réseaux sociaux»
Laurent Mosar a vite compris le poids que représentaient les réseaux sociaux dans sa carrière politique. Il y est omniprésent, parce qu’il faut «vivre avec son temps», sinon «on fait naufrage».
À 68 ans, Laurent Mosar entre dans sa 33e année de député. L’homme politique, qui est aussi échevin de la capitale, n’est pas encore sûr de repartir pour une campagne. «Je vais aller jusqu’au bout de mes mandats, mais après, je me dis qu’il vaut mieux peut-être encore profiter et faire des choses que je n’ai pas pu faire jusqu’à ce jour».
Sa popularité, il la doit beaucoup à sa présence sur les réseaux sociaux. C’est même un champion dans sa catégorie. Il sait aussi que c’est grâce aux plateformes que l’AfD a pu remporter l’élection en Saxe-Anhalt. Il n’a aucune sympathie pour Ulrich Siegmund et encore moins pour son parti, mais reconnait qu’il a fait «une excellente campagne sur les réseaux sociaux».
Inutile de chercher Laurent Mosar sur Facebook, trop has been pour lui, c’est sur X, Linkedin, TikTok, Instagram et Threads qu’il est superactif. Il peut se targuer de compter de 14 000 à 44 000 followers selon le réseau, et des centaines de «like» quand il place l’humour au-dessus de la politique dans ses publications.
«Sur TikTok, je pense même être devant Xavier Bettel», déclare Laurent Mosar, reconnaissant l’énorme succès du ministre des Affaires étrangères, un concurrent solide sur les réseaux sociaux.
«Les gens m’aiment bien, et surtout les jeunes, parce que quand je vois sur Instagram et sur TikTok, les gens qui me suivent, ce sont surtout des jeunes», confie-t-il. Il n’est pas peu fier, surtout quand ses vidéos sont détournées et engendrent des mèmes «qui ont un succès fantastique».
Très à la page, il n’est pas tendre avec ceux, parmi les politiciens, qui n’ont pas encore pris conscience de l’influence des réseaux sociaux. Les combattre revient à donner un coup d’épée dans l’eau, il faut donc les apprivoiser et en tirer le meilleur.
C’est ce que fait Laurent Mosar, qui voit bien sur le terrain, qu’il arpente beaucoup, à quel point les gens lui parlent de ses publications. «Ou bien les gens se réveillent et réalisent qu’on vit maintenant dans un autre monde où ce sera vraiment la mort des partis traditionnels. Je le dis parce que j’ai vraiment peur. Aujourd’hui, c’est assez facile pour des nouveaux partis d’émerger assez rapidement grâce aux réseaux sociaux», observe-t-il.
Il poste de tout. Des positions politiques dans lesquelles il insiste sur le tout sécuritaire, sur le logement, sur le pouvoir d’achat, autant de sujets qui touchent directement les résidents.
«Quand j’essaie d’appeler un ministre, il me répond tout de suite parce qu’il a plus peur que je fasse un post LinkedIn ou que je pose une question parlementaire, mais je peux en plus poser la question parlementaire et la poster sur LinkedIn où je suis suivi par 36 000 personnes.»
Remise en question
L’AfD, le parti d’extrême droite allemand qui a laminé les conservateurs dans le Land de Saxe-Anhalt, doit sa victoire écrasante à Ulrich Siegmund qui a multiplié les selfies aux côtés des gens de la rue.
«Oui, c’est un scandale. Mais j’entends tous les partis dire qu’il faut faire ceci contre l’AfD, qu’il faut les interdire, qu’il faut dire aux gens que voter AfD ce n’est pas bien, mais personne ne s’interroge sur les causes. Et s’il n’y avait que l’AFD, mais nous avons les mêmes phénomènes en France, en Espagne, en Italie, un peu partout», analyse-t-il. C’est aussi ce qu’il a fait sur les réseaux sociaux.
Sur la politique sécuritaire, Laurent Mosar ne lâchera rien, ni sur le logement. Des sujets que les gens qu’il croise abordent très souvent avec lui.
«Arrêtez de nous raconter pourquoi vous ne pouvez rien faire. Parce que si vous ne pouvez rien faire, alors on ne va plus voter pour vous, parce qu’on ne veut pas de décideurs politiques qui nous disent qu’ils ne peuvent rien faire. Voilà ce que j’entends quand je parle avec eux», témoigne le député chrétien-social, en suggérant aux partis traditionnels de balayer un peu devant leurs portes.
«Il y a une tendance à aller toujours chercher les responsabilités chez les autres et ça commence vraiment à m’énerver», lâche-t-il.
Le député et échevin prend note de l’exaspération des gens qui sont «emmerdés par les administrations, par la bureaucratie et qui constatent, d’un autre côté, que d’autres volent, agressent les femmes, agressent les enfants, sèment la pagaille. Et ces deux poids, deux mesures, ça énerve énormément beaucoup de gens», assure-t-il.
Si, au Luxembourg, la situation économique et sociale est encore favorable, Laurent Mosar prédit néanmoins une baisse d’influence des partis traditionnels. «Les gens vont se dire comme en France, comme en Allemagne, comme un peu partout : « On a tout essayé, maintenant, on veut essayer autre chose. » Et même s’ils savent que, peut-être, ils ne pourront pas non plus résoudre les problèmes, ils vont se dire qu’ils n’ont plus rien à perdre».
Laurent Mosar invite les politiques à ne plus vivre dans le monde d’hier. «Il ne faut pas sous-estimer l’importance des personnalités politiques. Et c’est malheureux, je le dis aujourd’hui, mais un Juncker ou un Werner ne serait plus jamais élu, parce qu’aujourd’hui tout a changé et les gens attendent de leurs responsables politiques également une certaine proximité, qu’ils soient présents sur les réseaux sociaux, qu’ils ne parlent pas dans un luxembourgeois ou dans un français trop compliqué. Tout a changé et soit on l’accepte, soit on va suivre le même naufrage que les autres», conclut-il.