La nature au cœur de la rentrée parlementaire
Un débat sur l’état de la nature a dominé la première séance plénière après la pause estivale. Le besoin d’en faire plus fait l’unanimité. La vitesse d’exécution des mesures de protection est davantage critiquée.
De la fumée s’échappait mardi après-midi sur le parvis de la Chambre. À l’occasion de la rentrée parlementaire, Votum Klima et le KlimaKollektiv ont appelé à une accélération de la lutte contre le changement climatique. Les quelques dizaines de militants avaient installé devant l’entrée un «bûcher des promesses non tenues», composé de bois calciné lors d’un incendie dans le Mullerthal.
Après un été record marqué par des canicules et des incendies, les ONG dénoncent l’inaction politique. Elles réclament une réduction plus rapide des émissions de CO₂ et des mesures concrètes pour mieux protéger la population contre les conséquences du réchauffement climatique.
Les députés ont donc été accueillis chaudement pour leur première séance plénière après un été brûlant. Avant de discuter ce mercredi matin de la gestion par le gouvernement de l’incendie dans les Hautes Fagnes, déi gréng étaient à l’initiative d’un débat plus large sur l’état de la nature au Luxembourg.
«La situation est dramatique»
Le député Meris Sehovic commence par une question : «Quand avez-vous entendu un coucou la dernière fois?». Parmi tant d’autres, cet oiseaux figure sur la liste rouge des espèces animales menacées de disparition. Le Luxembourg est touché de plein fouet par la crise de la biodiversité : deux tiers des habitats naturels sont en mauvais état, aucun ruisseau ni aucune rivière ne présente un bon état écologique et environ un tiers des espèces d’oiseaux, de papillons et de plantes sont menacées.
«La situation est dramatique. Mais il y a aussi de l’espoir. Certaines espèces de grenouilles sont revenues après la renaturation de l’Alzette entre Walferdange et Steinsel. Une espèce d’orchidée est à nouveau présente sur les terres du Minett. Leur disparition ou leur retour ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat des politiques que nous menons», développe Meris Sehovic.
Déi Gréng formulent trois revendications majeures pour inverser la tendance : accorder une plus grande place à la protection de la nature dans l’agriculture, intégrer la préservation de la biodiversité dès la conception des projets de construction dans les communes et renforcer les connaissances sur la nature, notamment par la formation et la recherche à l’université du Luxembourg. Une motion sur ce dernier point a d’ailleurs été adoptée à l’unanimité en fin de débat.
Les orateurs des autres partis étaient largement d’accord pour alerter sur le mauvais état de santé de la nature.
«Il nous faut assurer que la crise de la biodiversité ne tombe pas aux oubliettes dans cette situation de polycrises. Nous soutenons dès lors l’ensemble de mesures ambitieuses que prend le gouvernement pour lutter contre la perte de biodiversité», clame Paul Galles (CSV). Des mesures que le ministre de l’Environnement, Serge Wilmes, est venu défendre en conclusion du débat.
Luc Emering (DP) met en avant la responsabilité à assumer par l’agriculture. «Il faut se poser la question de savoir si nous voulons maintenir une production alimentaire au Luxembourg. Une piste est de miser sur les zones les plus sensibles au bio», avance-t-il.
«Une sorte de bouc émissaire»
Claire Delcourt (LSAP) se dit «attristée» à l’idée de devoir expliquer aux générations futures pourquoi les responsables politiques n’ont pas empêché l’extinction de nombreuses espèces. «La mise en œuvre des mesures de protection de la nature est trop lente. Il manque aussi une coordination entre les ministres. Nous avons donc besoin d’une politique de préservation portée par une véritable conviction», insiste-t-elle.
L’ADR et son député Michel Lemaire ne nient pas le mauvais état de la nature, mais identifie toujours le même mal : «La perte de biodiversité est directement liée à notre modèle de croissance. Le bétonnage des sols et le mitage du territoire sont trop importants».
Marc Goergen (Parti pirate) va dans le même sens, en dénonçant la réalisation de projets de construction en zone naturelle, notamment d’un hôtel à Rodange. «Il existe de nombreux autres exemples où la biodiversité n’est pas respectée et où les animaux ne bénéficient pas d’une protection suffisante», accuse-t-il.
Finalement, David Wagner (déi Lénk) répète que la «protection de la nature est une sorte de bouc émissaire pour beaucoup de choses». «Elle est considérée comme un frein à l’implantation de nouvelles entreprises ou pour la construction de logements, ce qui n’est pas le cas», fustige-t-il, avant de réclamer des «stratégies de mise en œuvre concrètes du plan de protection de la nature».
Pour Meris Sehovic la conclusion est claire : «La nature revient si on lui donne la place, le temps et la protection nécessaires».