Fumée et qualité de l’air : les députés critiquent une alerte tardive

Après le survol du Luxembourg par les fumées de l’incendie des Hautes-Fagnes dimanche, les députés de plusieurs partis dénoncent des alertes tardives sur la qualité de l’air. Le Haut-Commissariat à la protection nationale (HCPN) défend sa communication.

Publié Modifié
Pour le HCPN, la communication de ce dimanche s'est déroulée dans les temps. (Photo d'
Pour le HCPN, la communication de ce dimanche s'est déroulée dans les temps. (Photo d'

Les questions des députés s’empilent et les messages sur les réseaux sociaux s’enchaînent après l’apparition dimanche au Luxembourg d’un nuage de fumée produit par l’incendie dans les Hautes-Fagnes, en Belgique. Pour la grande majorité, ces réactions visent la communication et la réactivité des autorités, jugées pour beaucoup comme tardives.

«Pour quelles raisons des recommandations plus détaillées n’ont-elles été communiquées que dimanche soir via communiqué, sans pour autant les relayer à la population via LU-Alert?», s’interroge le député Meris Sehovic (déi gréng).

Un premier SMS d’alerte portant sur «des odeurs désagréables» a été reçu dimanche par la population peu avant 15 h, puis un communiqué a été publié vers 19 h 30, accompagné par un nouveau message d’alerte recommandant aux citoyens de fermer les fenêtres par précaution.

Les députés surpris

Dans une question parlementaire, le député Sven Clement (Parti pirate) constate que la première alerte ne parlait «que d’une possible mauvaise odeur et n’indiquait pas directement une possible dégradation de la qualité de l’air». Et il se demande «pourquoi une mise en garde préventive n’a pas été émise plus tôt», dès dimanche matin.

Mêmes interrogations du côté de Ben Polidori. Dans une autre questions parlementaire, le député socialiste interpelle les autorités afin de comprendre «pour quelle raison la communication initiale se limitait à évoquer une simple mauvaise odeur, sans mentionner les conséquences potentielles d’une exposition à une concentration élevée de particules fines pour les personnes sensibles ou vulnérables».

Enfin, les députés CSV Charel Weiler, Jean-Paul Schaaf, Emile Eicher et Jeff Boonen cherchent à savoir si le gouvernement «estime que ces recommandations ont été diffusées à un moment où la population pouvait encore prendre les précautions nécessaires à temps» et se demandent si «des enseignements pourront être tirés de cette situation pour des cas similaires à l’avenir».

Le HCPN se défend

À ce jour, ces nombreuses questions sont en attente des réponses du gouvernement. Contacté par Le Quotidien, Guy Bley, le haut‑commissaire à la protection nationale, rappelle les missions du Haut-Commissariat à la protection nationale et s’attache à défendre la communication mise en place dimanche.

«Nous avons un rôle de coordinateur inter-services, inter-administrations et inter-ministères. Lorsqu’une situation grave se présente, nous intervenons pour mettre en place une coordination», précise-t-il. «Dimanche, tous les indicateurs étaient encore au vert lorsque nous avons décidé de réagir en réunissant le CGDIS, MeteoLux, l’administration de l’Environnement et la direction de la Santé.»

Ces quatre entités ont formé la cellule d’évaluation interministérielle autour de laquelle a été composée la communication coordonnée. «Au vu des conditions météorologiques, de la qualité de l’air, de la fréquentation des hôpitaux, nous avons communiqué préventivement», appuie Guy Bley.

Des SMS et des contraintes

Pour autant, le haut-commissaire souligne certaines limites concernant le système de SMS d’alerte. «Lors de la rédaction de ces derniers, nous sommes confrontés à deux soucis. Nous devons les écrire en trois langues et nous sommes limités à un nombre restreint de caractères.» Ces contraintes forcent le HCPN à résumer des situations complexes dans différentes langues, le tout alors qu’un événement exceptionnel est en cours.

«Ces messages, en plus d’alerter, sont aussi là pour inciter la population à s’informer sur ce qu’il se passe. C’est pour cela que nous envoyons dans le même temps un communiqué de presse», décrit Guy Bley. Le temps nécessaire à la coordination et à la rédaction du SMS et du texte à destination de la presse explique, selon le HCPN, l’envoi dans la soirée de la seconde alerte.

Pourquoi pas le Cell Broadcast?

Dans sa question parlementaire, le député Meris Sehovic demande au gouvernement «pourquoi aucune alerte plus ciblée n’a été adressée plus tôt aux habitants des régions particulièrement concernées, notamment dans le nord du pays».

À cela, le haut‑commissaire à la protection nationale répond que «seul le Cell Broadcast permet une précision dans la localisation, mais cet outil reste réservé aux situations de danger immédiat lors desquelles la population doit se mettre à l’abri». Le Cell Broadcast, ou diffusion cellulaire, est une technologie permettant d’envoyer instantanément un message d’alerte à tous les téléphones connectés aux antennes relais d’une zone géographique précise. «Ici, les conditions étaient différentes d’un endroit à un autre avec des nuages qui traversent tous les pays», conclut Guy Bley.

«Des choses à améliorer»

Pour le HCPN, la communication de ce dimanche s’est déroulée dans les temps. La cellule d’évaluation interministérielle se réunira à nouveau ce jeudi et reste en contact avec les autorités belges, alors que les conditions météorologiques sont de plus en plus favorables. Pour autant, «il y a toujours des choses à améliorer», précise Guy Bley. «Comme toujours, un retour d’expérience sera réalisé dans quelques semaines.»

Powered by Labrador CMS