Comment la rainette verte a été réintroduite au Luxembourg
Œufs venus du Limbourg belge, mares restaurées et suivi sur plus de dix ans : retour sur le projet réussi de réintroduction de la rainette verte porté par le Sicona.
Au détour d’une prairie, dans la lumière pâle d’un soir de printemps, la nature semble d’abord silencieuse. Puis un claquement léger retentit, suivi d’un chœur aigu et régulier.
Là, quelque part entre les hautes herbes et les mares, les rainettes vertes recommencent à chanter. Cette scène de nature presque anodine n’était pourtant presque plus possible à vivre il y a de ça une quinzaine d’années.
Pour cause, les populations de rainettes vertes se sont retrouvées en grand danger à cause de la disparition des zones humides. Au début des années 2010, on n’en comptait plus qu’une poignée autour d’une unique mare dans l’est du pays.
Aujourd’hui, entendre leur chant n’est plus simplement une curiosité naturelle, c’est aussi une preuve qu’un écosystème peut renaître. Au Luxembourg, nous devons le retour de la rainette verte, espèce d’ailleurs protégée au niveau européen et national, au Syndicat intercommunal pour la conservation de la nature de l’ouest et du centre du Luxembourg (Sicona).
Ce dernier a initié un programme de réintroduction en 2012. «À ce moment-là, on ne pensait plus qu’elle allait pouvoir se rétablir d’elle-même», souffle Liza Glesener, zoologue au service scientifique du Sicona. La réintroduction étant la dernière étape avant l’extinction.
Une espèce dépendante des points d’eau
Mais la population locale de rainettes était devenue si réduite qu’il était impensable de prélever des œufs pour coloniser de nouvelles mares, au risque d’affaiblir davantage l’espèce sur place. Le Sicona a donc sollicité des collègues belges, dans le Limbourg, qui ont accepté de fournir les œufs nécessaires au lancement du programme de réintroduction.
«La rainette verte est largement dépendante des points d’eau pour se reproduire, mais aussi des structures lui permettant de rejoindre les buissons et arbres alentours, où elle passe la plus grosse partie de son temps», indique la zoologue.
Il a donc fallu remédier à la raréfaction de nombre d’étangs. Alors, pour que l’opération ait une chance de fonctionner, le Sicona a creusé à ce jour plus de 600 mares dans les endroits qui s’y prêtaient le mieux et entretient un réseau encore plus extensif.
Entre 2012 et 2014, le Sicona a d’abord concentré ses efforts sur deux premiers sites de réintroduction : la vallée de la Houbaach, entre Bertrange et Dippach, ainsi qu’Everlange, dans la commune d’Useldange.
Face aux premiers résultats encourageants, le programme a ensuite été étendu à d’autres zones : Leitrange, dans la commune de Beckerich, Abweiler, à Bettembourg, puis Olm, sur le territoire de Kehlen.
Le nombre de mâles chanteurs a rapidement augmenté à Bertrange, où ils sont désormais 78. Les rainettes de ce site ont ensuite colonisé des mares voisines dès la première année.
Aujourd’hui, les descendantes de ces pionnières ont repeuplé 59 sites, dont le plus éloigné se trouve à 8,2 km à vol d’oiseau. «Pour nous, c’est un projet qui a eu beaucoup de succès. Passer de 0 à 800 mâles chanteurs à nouveau et à tous ces étangs colonisés, c’est encourageant», sourit Liza Glesener.
Un impact positif sur l’environnement
L’aménagement de ces sites n’est pas bon que pour les rainettes vertes. D’autres amphibiens, comme les tritons, les grenouilles et les crapauds, mais aussi les oiseaux et les insectes en bénéficient également.
Au-delà des différentes espèces animales, c’est aussi l’environnement dans sa globalité qui en profite. Rétention de l’eau et du CO₂, source de nourriture, pollinisateurs, mais aussi bien-être humain… Les impacts positifs sont nombreux.
Les dernières réintroductions ont eu lieu en 2024 et le Sicona mise désormais sur le développement naturel des populations. À terme, la rencontre entre les groupes du sud et de l’ouest, mais aussi entre ces rainettes d’origine limbourgeoise et leurs cousines wallonnes pourrait renforcer leur diversité génétique et améliorer leur résistance face aux maladies et aux changements environnementaux.