Au Luxembourg, la cour d’école devient (aussi) un sujet climatique

Alors que les épisodes de chaleur rendent la question de la fraîcheur toujours plus pressante, de plus en plus de communes luxembourgeoises cherchent à végétaliser leurs cours d’école, avec le soutien financier du ministère de l’Environnement.

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De plus en plus de communes cherchent à rafraichir leurs cours d'école.
De plus en plus de communes cherchent à rafraichir leurs cours d'école.

Le mouvement est encore récent, mais il prend de l’ampleur. Depuis plusieurs années, des communes luxembourgeoises entreprennent de transformer leurs cours d’école, en retirant du béton, en plantant davantage et en créant des espaces plus adaptés aux fortes chaleurs.

Une évolution encouragée par le ministère de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité, qui constate «un intérêt croissant de la part des communes pour les projets de végétalisation et de déminéralisation des cours d’école».

À Esch-sur-Alzette, par exemple, la transformation de la cour de l’école du Brill constitue l’un des exemples de cette tendance. Mais l’établissement eschois n’est pas un cas isolé : au total, six cours d’école ont été retenues lors de la dernière édition de l’appel à projets national «Méi Natur an eise Stied an Dierfer».

La nouvelle cour du Brill, à Esch-sur-Alzette, prévoit différents espaces selon la météo.
La nouvelle cour du Brill, à Esch-sur-Alzette, prévoit différents espaces selon la météo.

Pour Mandy Ragni, nouvelle échevine déi gréng d’Esch-sur-Alzette, cette évolution répond surtout à un enjeu devenu particulièrement visible ces dernières années : «Nous voulons remettre un peu de nature au centre-ville», explique-t-elle.

Treize communes participantes

Justement, le dispositif «Méi Natur an eise Stied an Dierfer» existe pour cela depuis 2022. Il permet aux communes de bénéficier d’un soutien financier pour des projets visant notamment à créer davantage d’espaces verts dans des zones fortement minéralisées.

En 2022-2023, un seul projet scolaire avait été retenu, à Dudelange. En 2023-2024, six autres écoles ont bénéficié du dispositif, comme à Colmar-Berg, Differdange, Mondercange, Mondorf, Sanem ou encore Schifflange.

Lors de l’édition 2024-2025, six nouveaux projets ont été sélectionnés cette fois, à Mertzig, Differdange, Troisvierges, Bertrange, Steinfort et, évidemment, Esch-sur-Alzette.

Et le mouvement devrait se poursuivre encore cette année selon le ministère de l’Environnement, qui a annoncé lancer une cinquième édition de l’appel à projets «pour la végétalisation et la déminéralisation des cours d’école».

Une réponse aux fortes chaleurs

Des initiatives n’ont pas attendu les canicules récentes pour voir le jour. À Esch, Mandy Ragni précise que les travaux du Brill «étaient déjà prévus avant les différentes canicules qui ont touché le pays cet été». Mais les épisodes de chaleur ont donné une résonance supplémentaire à la démarche.

«C’est vrai qu’actuellement, il y a beaucoup trop de béton dans nos cours d’école», estime l’échevine. «Il faut que ces espaces deviennent des refuges, à l’abri du soleil.»

Le ministère fait le même constat. «Les épisodes de chaleur extrême observés cet été soulignent encore davantage l’importance de créer des espaces scolaires adaptés au changement climatique, offrant davantage d’ombre et de fraîcheur», indique-t-il.

L’adaptation au changement climatique constitue d’ailleurs le principal critère d’évaluation des projets soutenus. Elle représente 30 des 100 points attribués par le jury, avec notamment la déminéralisation des sols, la gestion durable de l’eau et l’ombrage apporté par les arbres.

Biodiversité et pédagogie

La végétalisation ne vise toutefois pas uniquement à rafraîchir les cours. La biodiversité constitue le deuxième grand critère du programme, avec 25 points. Le ministère encourage notamment «la plantation d’arbres et d’arbustes diversifiés et favorables aux pollinisateurs, de vivaces et de plantes grimpantes, la création d’habitats, ainsi qu’un éclairage respectueux de la nature».

Une dimension pédagogique est également recherchée. Les projets peuvent intégrer «un volet d’éducation environnementale» ainsi qu’un plan d’entretien écologique.

«La nature a tout ce qu’il faut pour apprendre!», martèle Mandy Ragni. (Photo d’
«La nature a tout ce qu’il faut pour apprendre!», martèle Mandy Ragni. (Photo d’

À Esch-sur-Alzette, Mandy Ragni insiste sur cette dimension : «Végétaliser nos écoles fait partie de nos priorités. Il faut enlever le béton et montrer à nouveau à nos enfants les différents types d’insectes, tout ce que la nature a à nous faire découvrir! Elle a tout ce qu’il faut pour apprendre».

La participation des élèves fait également partie des critères du programme. Au Brill, les enfants ont directement contribué à la conception du projet. «C’était surtout participatif : les élèves ont pu proposer leurs idées et nous les avons presque toutes intégrées dans le rendu final», raconte l’échevine.

Jusqu’à 500 000 euros d’aide

Pour encourager les communes à se lancer, le dispositif prévoit un soutien financier conséquent. Les projets de cours d’école peuvent bénéficier d’une aide couvrant jusqu’à 90 % des coûts éligibles, avec un plafond de 500 000 euros.

«Dans la plupart des cas, les communes bénéficieront d’un cofinancement à hauteur de 500 000 euros par projet», précise ainsi le ministère. Aide dont a bénéficié aussi l’école du Brill à Esch-sur-Alzette. La commune a de son côté engagé 537 309,13 euros, dont 191 920,52 euros déjà payés. Le coût total est estimé à 1,5 million d’euros.

Mais avant même la fin des travaux, prévue, si tout se déroule comme prévu, pour avril 2027, la commune envisage déjà d’étendre cette politique à d’autres établissements. «L’école Jean-Jaurès a aussi fait une demande et c’est prévu que nous le fassions dans d’autres structures scolaires», indique Mandy Ragni.

Reste à savoir si ces transformations permettent effectivement de faire baisser les températures, de mieux gérer les eaux de pluie ou d’améliorer la biodiversité. Sur ce point, le ministère reconnaît qu’il est encore trop tôt pour tirer un bilan.

«À ce stade, il n’existe pas encore de bilan consolidé des projets réalisés», indique-t-il. Les communes disposent d’un délai pouvant aller jusqu’à cinq ans après l’octroi de la subvention pour finaliser leurs travaux et «la majorité des programmes sont actuellement encore en phase de mise en œuvre».

Encore peu de données sur les effets

À ce jour, seule la cour de l’école Strutzbierg à Dudelange a été officiellement réaménagée et inaugurée. Il n’est donc «pas encore possible de disposer de données robustes permettant de mesurer les effets concrets de ces aménagements sur des paramètres tels que la température, la gestion des eaux pluviales ou la biodiversité».

Le ministère estime néanmoins que les bénéfices attendus sont déjà identifiables : «Ces aménagements contribueront à améliorer le bien-être des enfants, notamment par la création d’espaces ombragés, une réduction de l’exposition à la chaleur en période de canicule et un cadre de vie plus proche de la nature au sein des cours d’école».

Pour le gouvernement, la végétalisation des cours d’école s’inscrit ainsi dans une politique plus large d’adaptation des localités au changement climatique et de renforcement de la biodiversité.

Et, à en croire le nombre croissant de projets déposés par les communes, le béton pourrait progressivement perdre du terrain dans les espaces scolaires du pays!

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