Alphabétisation en français : le SNE fustige la généralisation
Le Syndicat national des enseignants (SNE) continue de plaider pour une «introduction graduelle» de cette réforme majeure. La réalité de la plus-value du projet Alpha est également remise en question.
N’est-il pas trop tard pour faire marche arrière? Depuis cette rentrée 2026/2027, l’ensemble des élèves a le choix d’être alphabétisé en français. Le projet pilote baptisé Alpha est désormais généralisé à l’ensemble des écoles fondamentales du pays. Le Syndicat national des enseignants (SNE), rattaché à la CGFP, se joint aux voix les plus critiques concernant le choix du ministre de l’Éducation nationale, Claude Meisch, qui ferait la sourde oreille à la fois aux propositions émanant des acteurs scolaires et aux évaluations scientifiques de cette réforme majeure.
«Jusqu’à présent, le ministre n’a en tout cas laissé aucune marge de manœuvre pour apporter des changements à sa réforme. Mais peut-être assisterons-nous à un tournant et les résultats de l’étude (d’évaluation) l’inciteront-ils à ralentir le rythme de la réforme? Peut-être écoutera-t-il alors également nos propositions visant à améliorer la réforme?», s’est interrogé ce jeudi Patrick Remakel, le président du SNE, à l’occasion de la conférence de presse de rentrée de son syndicat.
Si l’espoir est minime, les revendications sont maintenues. «En ce qui concerne la vitesse de mise en œuvre de la réforme, nous demandons au ministre de renoncer à une généralisation du projet Alpha à l’ensemble du pays et d’opter pour une introduction graduelle. Cela laisserait davantage de temps pour poursuivre l’évaluation et permettrait ensuite de prendre des décisions fondées sur des données scientifiques plus approfondies», martèle Patrick Remakel.
Le SNE renvoie vers une «évaluation problématique» qui repose sur un échantillon bien trop restreint, composé de quatre écoles pilotes à peine. De plus, la généralisation arrive alors que les premiers élèves alphabétisés en français ne sont pas encore arrivés à la fin de leur parcours scolaire dans l’enseignement fondamental. «C’est uniquement en fin de parcours qu’il aurait été possible d’évaluer avec précision si l’alphabétisation en français a permis un meilleur parcours scolaire», analyse le président du SNE.
Des enseignants à bout de souffle
Au-delà de la polémique sur la publication tardive du rapport sur l’évaluation réalisé par les chercheurs du LUCET, le syndicat reproche au ministre d’avoir tiré uniquement les conclusions qui «l’arrangent». «L’alphabétisation en français n’a pas d’incidence sur les performances scolaires des élèves. Ce constat place désormais le ministre de l’Éducation nationale face à un sérieux problème (…) S’il ne change rien au rythme de mise en œuvre de la réforme, il placera les parents concernés dans une situation délicate. Ceux-ci ne savent pas si leur enfant pourra obtenir de meilleurs résultats scolaires avec une alphabétisation en français plutôt qu’en allemand», alerte Patrick Remakel.
Plus globalement, le SNE juge que le moment pour mener cette réforme «est particulièrement mal choisi». «Les enseignants doivent déjà faire face à suffisamment de défis et, dans de nombreuses écoles, l’ambiance est actuellement loin d’être positive. Beaucoup travaillent à la limite de leurs capacités, ce qui s’explique aussi en grande partie par l’absence persistante de solutions satisfaisantes pour l’encadrement des enfants à besoins spécifiques», alerte Patrick Remakel. «Or un climat positif dans les écoles est indispensable pour donner à la réforme les meilleures chances de réussite et permettre aux enseignants de relever ce défi avec l’enthousiasme nécessaire. Si l’on ne parvient pas à les rallier à cette réforme, il sera difficile d’en faire un succès», poursuit-il.
Un bon début pour inverser la vapeur serait le nouveau Plan d’action pour l’inclusion scolaire, qui met notamment l’accent sur la prise en charge d’élèves qui se montrent violents. «Il est à saluer que la violence dans les écoles ne soit plus un sujet tabou. La mise en œuvre concrète de ce plan sera toutefois décisive. Or c’est précisément là que le bât blesse. On déplore qu’il n’existe toujours pas de task force présente au quotidien dans les établissements scolaires, capable d’intervenir en cas de besoin, mais aussi d’agir de manière préventive et proactive», déplore Patrick Remakel.
Un renforcement des effectifs, notamment dans le cycle 1, demeure une autre revendication majeure du SNE.