Vol avec violences : la défense doute de la crédibilité du témoin
Deux prévenus, deux victimes, deux smartphones dérobés et un témoin principal très peu crédible aux yeux de la défense. La jeune femme se sent acculée par ses deux avocats.
L’affaire remonte au 20 février 2023 et la jeune femme appelée à témoigner affiche des problèmes de mémoire à la barre de la 13e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Deux jeunes hommes, Abdallah et Ibrahim, la vingtaine, sont accusés d’avoir volé les smartphones de deux autres jeunes hommes dans le parc municipal de Luxembourg-Ville.
Me Frédéric Veneau, l’avocat d’Abdallah, doute de la véracité des déclarations de la jeune femme qui aurait jusqu’alors essayé d’échapper à ce témoignage. En s’enfermant aux toilettes, notamment, se sentant «agressée par les questions du juge» et des avocats. L’affaire avait dû être interrompue et reportée à plusieurs reprises en raison de ses absences à l’audience.
«Quand nous arrivons aux questions sensibles, elle commence à avoir peur», note l’avocat qui assure qu’elle connaissait bien un des deux prévenus et aurait eu son numéro de téléphone. «J’ai l’impression qu’on m’accuse. Je veux un avocat», demande la témoin. «Je n’ai rien à me reprocher.» Elle explique résider dans un petit village sans moyens de transport et ne pas avoir été menacée par les deux prévenus en amont du procès.
«Elle n’a pas à s’incriminer elle-même. Elle a le droit de ne pas répondre à certaines questions», la défend le président. «Même si elle le connaissait et avait son numéro de téléphone parce qu’elle lui achetait des stupéfiants, cela ne signifie pas que le reste de son témoignage soit faux.»
Aucun intérêt à mentir
Les deux prévenus auraient extorqué les smartphones et les codes pour les déverrouiller de deux de ses connaissances en les menaçant de coups. Ils nient les accusations. «Nous squattions ensemble et elle a eu mon numéro de téléphone par Snapchat. Elle venait dans le parc pour fumer du shit avec nous», assure Abdallah. «Elle voulait une relation intime avec moi, mais je ne voulais pas parce qu’elle était mineure. Les problèmes ont commencé après.»
«Et les autres témoins, ils ont inventé les faits?», demande le juge. «Ce n’était pas vous?» Ibrahim, lui, assure que le jour des faits, il était chez lui. «Quel est l’intérêt de la témoin de mentir? Cela n’a aucun sens», poursuit le juge.
Les deux victimes présumées ainsi que d’autres témoins les avaient cependant formellement reconnus comme étant les agresseurs, selon la représentante du parquet qui a, au passage, pris la défense de la témoin. «Nous sommes trois ans après les faits, on peut comprendre qu’elle ne se souvienne plus de tous les détails. Elle n’a aucun intérêt à mentir.»
Tous les éléments recueillis durant l’enquête accusent le duo des infractions qui leur sont reprochées. En outre, «cette affaire-ci ne les a pas empêchés de continuer». Leurs casiers judiciaires se seraient étoffés de certaines infractions de vols avec violences après le mois de février 2023. La représentante du ministère public a requis des peines de 36 mois de prison à leur encontre ainsi qu’une amende.
Pour Me Veneau, la jeune femme «a orchestré toute l’enquête» «par vengeance» pour nuire à Abdallah après qu’il s’est refusé à elle. «Le doute doit bénéficier au prévenu. Il ne peut être reconnu coupable de quelque chose qu’il n’a pas fait», estime l’avocat qui plaide en faveur de l’acquittement de son client. «La prise de position du parquet est injuste et infondée. Sa représentante se base sur des suppositions.»
«Il y a beaucoup de contradictions dans les différents témoignages», constate l’avocat d’Ibrahim pour qui, «il y a un doute raisonnable». Au montent des faits, le smartphone du prévenu bornait à Vianden. «Le parquet n’a ramené aucune preuve de leur culpabilité», ajoute-t-il, réclamant lui aussi l’acquittement de son client.
Le prononcé est fixé au 21 octobre.