Violences domestiques : le tribunal joue les arbitres

Ils n’admettent aucun tort et accusent l’autre d’en avoir à revendre. Irréconciliable, un couple s’affronte au tribunal pour des violences conjugales commises chacun son tour.

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L'audience a viré au règlement de comptes où on comptait les points.
L'audience a viré au règlement de comptes où on comptait les points.

«Ce n’est pas lui le problème, c’est Madame!», lance l’avocate. «Il ne la charge pas, moi je la charge.» Marco, «homme soumis» à une femme «hystérique» ou compagnon et père maltraitant? Cela dépend de quel côté de la salle d’audience, on se place. À gauche sur le banc des prévenus, Marco, 32 ans. À droite, Sabrina, 30 ans. Entre les deux, les juges de la 13e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Il leur appartiendra de démêler cette histoire de couple en perdition.

Le représentant du parquet a retenu les coups et blessures volontaires sur mineurs de moins de 14 ans, les coups et blessures sur sa compagne et les menaces de mort avec condition à l’encontre de Marco ainsi que deux faits de coups et blessures volontaires à l’encontre de Sabrina. Il requiert une peine de 12 mois de prison assorti du sursis probatoire contre le prévenu et du travail d’intérêt général contre la mère de ses deux filles.

Au bout de dix ans de relation, leur couple ne fonctionnait plus. Entre mars 2024 et février 2025, Marco et Sabrina se déchirent et en viennent souvent aux mains. Leurs visions sont diamétralement opposées et ils se seraient rendu coup pour coup : rancœurs, reproches, accusations, tout y passe avec ou sans avocates interposées. Ces dernières en disent d’ailleurs plus que leurs clients.

Surtout Marco, qui paraît à côté de ses pompes et a de gros problèmes de mémoire. «Il a du mal à s’exprimer», justifie son avocate après que la juge l’a interrogé. Les 28 mars 2024, 11 juin 2024, 4 septembre 2024 et 27 février 2025, le couple en serait venu aux mains après avoir élevé le ton. Le 18 septembre 2024, Marco aurait donné des fessées à ses filles qui refusaient de dormir.

Marco aurait refusé de se lever pour aller travailler, refusé d’aller voter, ne trouvant pas le chemin du bureau de vote, ou se serait exprimé d’une voix un peu trop forte alors qu’il jouait à la console. Des griefs énumérés par Sabrina, qui ne serait pas non plus en reste et aurait distribué des gifles.

Menaces de mort

Un enquêteur du service de protection de la jeunesse de la police judiciaire a expliqué avoir été alerté par les assistantes sociales du SCAS qui «s’inquiétaient du bien-être des deux fillettes» au regard de la situation financière et sociale de leurs parents. Elles auraient signalé un manque d’hygiène dans leur appartement et des actes de maltraitance sur les deux chiens de la famille.

Actuellement, Marco a perdu la garde de ses filles, qui est revenue à Sabrina par décision de justice. Leur quotidien n’aurait plus été qu’insultes et provocations. Dans cette affaire, on en vient à se demander qui des deux prévenus est la victime de l’autre. Marco ne se souvient plus de rien, sauf de choses sans importance concernant les faits. Une amnésie qui touche souvent les prévenus et qui a tendance à aggraver leur cas.

Après plusieurs remarques de la juge en ce sens, il choisit de minimiser ses actes et cherche à passer pour une victime. «Je n’ai pas poussé Sabrina avec le pied, je me suis retourné dans le lit. Si cela se trouve, je me suis fait plus mal qu’elle», lâche-t-il. Et les fessées? «D’habitude, je ne fais pas cela», répond le prévenu. Les menaces de mort comme levier pour voir ses filles? «Ce n’étaient pas de vraies menaces. C’était juste pour faire peur à Sabrina.» «C’est justement la définition des menaces», lui apprend la juge.

Sabrina l’accuse, reconnaît ses torts et s’explique sur son malaise de l’époque. «Il était agressif depuis des années. Je me suis laissée manipuler», note-t-elle, ne se privant pas d’illustrer le comportement de son ancien compagnon. «Il lui interdisait beaucoup de choses, comme se maquiller, sortir, passer son permis de conduire ou aller travailler… et il était jaloux», ajoute l’avocate de la jeune femme qui s’est portée partie civile et réclame 5 000 euros de dommage moral.

L’avocate de Marco accuse la jeune femme de l’avoir «coupé de tout». «J’ai récupéré un homme dans un sale état», ajoute-t-elle. «Un homme soumis», «à bout», «qui ne sait pas se défendre» et à qui Sabrina aurait caché les dettes, les convocations au tribunal et les amants.L’ancien couple est irréconciliable.

Le prononcé est fixé au 25 mars.

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