Un marabout lui aurait conseillé de violer sa fille pour guérir ses insomnies
Sa fille l’accuse de viols répétés à l’adolescence. Une tactique pour quitter le domicile familial et vivre comme bon lui semble, lui oppose le prévenu qui crie son innocence.
Convaincu d’être un bon père de famille, exigeant et protecteur, le prévenu aurait été surpris par les accusations d’abus sexuels de sa fille à son encontre. L’homme originaire du Cap-Vert les nie avec véhémence. La victime présumée insiste pourtant : les agressions dénoncées à la police en octobre 2021 auraient bien eu lieu quand elle était âgée de 13 ans. Son père aurait prétexté un remède contre ses insomnies conseillé par un marabout pour abuser d’elle. Terrifiée de possibles représailles de sa part et «honteuse», elle avait gardé le silence pendant des années.
«Elle m’a raconté que son père s’était glissé dans son lit une nuit de beuverie. Il l’aurait ensuite déshabillée…», confie l’épouse du prévenu à la barre de la 9e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. «Je l’ai crue.» Au point de l’accompagner lors de son dépôt de plainte, même si «j’ai quand même un doute que mon mari ait pu faire une chose pareille». Selon la victime présumée, les attouchements auraient cessé à l’emménagement de sa nouvelle belle-mère dans le studio où ils logeaient.
Cette dernière rapporte avoir assisté à une dispute entre le père sévère et la fille adolescente qui aurait précédé le dépôt de plainte. L’adolescente avait contourné l’interdiction de sortir le soir décrétée par son père pour aller retrouver son petit-ami. «Il lui avait dit que si elle partait, elle n’avait plus besoin de revenir au domicile familial», confie la belle-mère. «Un après-midi, elle avait menacé de « tout raconter » quand il la grondait parce qu’elle était rentrée plus tard que d’habitude. Il pensait qu’elle allait l’accuser de la frapper.»
«Le soir de la dispute, elle m’a dit préférer rester dans la rue que rentrer chez elle», confie l’amie de la famille qui a recueilli chez elle la victime présumée. «Je voulais comprendre pourquoi elle refusait de rentrer. Elle m’a pris la main et a commencé à pleurer. Je pleurais aussi. Je lui ai posé des questions et elle m’a confié que son père l’avait violée depuis ses 13 ans.» La témoin non plus ne doute pas de la parole de l’adolescente et lui propose son aide. «Au fond de moi, je me doutais que quelque chose n’allait pas.»
«Je voulais la protéger»
«Je n’ai jamais commis les crimes dont elle m’accuse. Je suis triste et choqué», lance le prévenu, persuadé que sa fille l’accuse à tort pour se venger d’une éducation trop sévère à son goût. «Elle a inventé tout cela pour gagner sa liberté. Elle a trouvé un moyen de sortir le soir.» Assise au fond de la salle, la victime présumée s’emporte et traite son père de «menteur» avant de quitter l’audience en pleurs.
La présidente trouve qu’envoyer son père en prison est une réaction un peu extrême pour pouvoir sortir le soir avec des amis. «Elle aurait tout inventé pour vous nuire parce que vous étiez trop sévère?», s’étonne-t-elle. «J’étais strict pour son bien. Je voulais la protéger. Je lui donnais tout. Elle n’a jamais manqué de rien. Je l’ai fait venir du Portugal pour qu’elle ait une meilleure vie», rétorque le prévenu décrit comme «calme et serviable» par ses proches. Le soir de la dispute, il n’aurait pas supporté l’attitude rebelle de sa fille. «Elle m’avait fait remarquer que je n’avais rien à lui dire.»
«Votre explication ne tient pas debout. Elle a pris sa liberté quand elle a décidé de ne pas revenir au domicile familial et à ce moment-là, elle ne vous avait pas encore accusé de viol», avance la juge. «Elle a toujours menacé de me nuire», se défend le prévenu alors que la magistrate tente de le prendre en défaut. «Le jour de la dispute, votre fille était majeure et libre de ses décisions. Pourquoi pensiez-vous devoir encore lui imposer vos décisions?», embraye le procureur d’État.
Le prévenu tient fermement à sa version. L’enquête avait révélé qu’il avait violé la maman de sa fille quand elle était âgée de 15 ans. Les deux familles s’étaient entendues à l’époque pour oublier l’acte et unir le couple. L’audience a été interrompue faute de temps disponible. Le procès reprendra mardi matin avec le réquisitoire du parquet.