Thionville : vingt-six ans de violences conjugales
Le tribunal correctionnel en traite toutes les semaines, mais ce dossier de violences intrafamiliales a marqué l’audience de ce lundi tant par la nature des faits que par leur répétition.
Insultes quotidiennes, coups de poing, gifles, tirage de cheveux, jet de bougies au visage et, plus récemment, tir d’arme à feu vers le ciel. «C‘était quoi la prochaine étape? Vous auriez pu comparaître devant une tout autre juridiction», lâche Véronique Beaugrand, la présidente de l’audience.
Lundi, à la barre du tribunal thionvillois, un quadragénaire comparaît pour des violences psychologiques et physiques sur sa conjointe, perpétrées au domicile conjugal à Hayange. Ces dernières s‘étalent sur a minima un an et demi… Mais, selon le mis en cause lui-même, durent depuis le début de la relation : vingt-six ans de vie commune.
«C’est surtout quand je bois de l’alcool», admet l’homme, qui se heurte rapidement à la fermeté de la présidente. «C’est une circonstance aggravante, ça, Monsieur.» Elle embraye sur la lecture des témoignages de ses deux enfants. Le mis en cause semble réagir et laisse couler quelques larmes. «Je me suis comporté comme une bête avec ma femme, pas comme un homme. Alors qu’elle m’a beaucoup aidé pendant vingt-six ans. Je la respecterai toujours.»
Des «larmes de crocodile»
Sa dernière phrase fait bondir le ministère public qui requiert un an de prison ferme. «Vous la respectiez en l’insultant tous les jours, c’est ça? Vos larmes de crocodile, ça ne m’émeut pas.» L’avocat de la plaignante, Me Aloïse Mavoungou, renchérit. «Avant le procès, il était sous contrôle judiciaire, mais a quand même trouvé le moyen de la retrouver sur un parking et de placer un traceur sous sa voiture. Il faut mesurer l’enfer que ma cliente a vécu.»
Me Floriana Scheck, avocate de la défense, avance des «disputes partagées». «C’est un manque cruel de communication. Chacun des époux se criait dessus. C’est d’ailleurs ce que le voisin a entendu et a indiqué aux enquêteurs.»
Après en avoir délibéré, le tribunal a condamné Vitor, 46 ans, à un an de prison ferme. En complément, il a interdiction d’entrer en contact avec la victime et de paraître à son domicile.
Benjamin Ecuyer
(Le Républicain lorrain)