Parricide à Esch-sur-Alzette : il voulait mettre un terme à la violence
Il voulait se débarrasser d’un beau-père violent et terrifiant, mais pas en l’assassinant. Dans un accès de rage, le mineur se serait armé de couteaux pour lui faire peur.
La violence engendre la violence. Mais la violence justifie-t-elle une réponse violente? La question ressemble à un sujet du bac de philosophie, mais c’est en droit que la 12ème chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg va devoir y répondre pour juger de l’avenir d’un jeune homme de 17 ans accusé de l’homicide de son beau-père. Elle a peu d’éléments à sa disposition sinon des ressentis et des suppositions étant donné les difficultés du prévenu, de son beau-frère et de sa maman à s’exprimer sur les faits survenus dans la matinée du 1er janvier 2025 à Esch-sur-Alzette.
Augustino, 53 ans, est décédé après avoir reçu 48 coups de couteau dont un lui a transpercé l’os frontal. Si le pourquoi de cet acte se dessine, le comment reste à éclaircir. Notamment les rôles joués par la maman du prévenu qui semble porter toute la responsabilité sur ses épaules, et par le fils de la victime. Ce dernier, contrairement à L, sera jugé par un tribunal de la jeunesse pour sa participation aux faits.
Entendu ce jeudi matin à titre d’information, il n’a guère fait avancer la découverte de la vérité, se rangeant derrière son droit de ne pas s’exprimer. «Je ne veux pas parler de ce qui s’est passé. Je n’ai pas envie de me remémorer certaines choses», lance-t-il après une dizaine de questions restées sans réponse de sa part. Le juge avance l’idée que D aurait pu «retourner» L contre son père en lui décrivant une situation plus grave qu’elle ne l’était.
L’enquête a permis d’établir qu’il aurait informé L des violences survenues dans la nuit de la Saint-Sylvestre à l’égard de la maman de L et de son petit frère. Elles auraient été la goutte d’eau qui a poussé L à agir, mais n’ont pas été confirmées par la mère de famille. Le président de la chambre criminelle est d’avis qu’elle aurait menti à la barre pour une raison qui lui échappe. À moins que, pense-t-il, le trio se soit ligué contre la victime pour l’éliminer.
«Pas de l’amour, juste de la douleur»
Augustino aurait fait régner un climat de violence et de tension dans son foyer, confirment les témoins. Les disputes, les menaces, les humiliations physiques et verbales ainsi que les coups auraient fait partie du quotidien de la famille quand la victime ne tirait pas un couteau. Son épouse, la maman de L, aurait fui le Portugal avec ses enfants pour lui échapper, mais il l’a retrouvée au Luxembourg et elle a cédé. «Elle souffrait, mes neveux souffraient. Ce n’était pas une relation, pas de l’amour, juste de la douleur», confie la sœur de la maman. À l’arrière de la salle d’audience, une sœur de la victime crie qu’elle est une menteuse.
Face à l’impuissance de sa mère, L aurait à plusieurs reprises cherché sans succès à obtenir de l’aide. Le jour des faits, D et lui auraient voulu confronter Augustino pour lui demander de partir. «Nous voulions lui faire peur pour qu’il quitte la maison», a indiqué L. Le reste est flou. Il évoque un sentiment de panique et de peur que la victime l’attaque. «Je crois que j’ai porté le premier coup de couteau», poursuit-il. Il pense également avoir planté l’arme dans le front. La victime dormait alors dans le canapé.
L regrette son geste et serait déçu d’en être arrivé là, selon la thérapeute qui le suit au centre socio-éducatif où il a été placé par la justice après avoir passé six mois en détention préventive. Elle a constaté «de nombreux vécus traumatiques» antérieurs au crime, des crises de panique à l’évocation d’une situation qui le dépassait.
D, le fils de la victime âgé de 15 ans, était arrivé du Portugal quelques mois plus tôt. Ses parents avaient divorcé après que la victime eut tiré avec une arme à feu sur sa première épouse. Augustino, malgré les efforts de ses frères et sœurs, apparaît comme un personnage peu aimant et agressif. Le frère aîné de L se serait mis à genou devant lui pour éviter les coups. Le jeune homme se serait également armé d’un couteau pour le supprimer et L l’en aurait dissuadé.
Le président a, comme la veille déjà, conseillé à L de «dire exactement ce qui s’est passé» dans son intérêt. À la fin de l’audience, le juge a prié son avocate, Me Frank, de le convaincre de ne pas conserver des informations pour lui. Le procès se poursuit ce vendredi matin.