Matricide avec des glaçons : le prévenu «fait l’autruche»

Marc est seul face aux preuves qui l’accablent. Coincé, il ne les conteste pas et pense être protégé par une amnésie «utilitaire» qui ne semble pas tromper les magistrats.

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Le parquet et le tribunal sont persuadés que le prévenu simule son amnésie et se souvient du déroulement de son acte.
Le parquet et le tribunal sont persuadés que le prévenu simule son amnésie et se souvient du déroulement de son acte.

Que s’est-il passé le soir du 19 juin 2024 à Schifflange? Claudine, 76 ans, a été retrouvée inconsciente avec trois glaçons en silicone de 3 centimètres de côté dans la gorge. Son fils Marc, seule personne présente au domicile à l’arrivée des secours, conteste s’en être pris à sa mère et met les enquêteurs de la police sur la piste d’une tentative de suicide de sa mère et d’une éventuelle démence. Pistes rapidement écartées par les constatations médico-légales.

Marc, prévenu au procès qui occupe la 7e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg, avance une amnésie qui a gommé tout souvenir d’une éventuelle implication de sa part et prive les juges d’une explication du déroulement des faits et d’un possible mobile. La victime est décédée quelques jours plus tard à l’hôpital des suites d’une privation prolongée d’oxygène au cerveau.

Le prévenu âgé de 44 ans vivait dans une relation d’interdépendance ambivalente avec sa mère. Un «amour-haine» décrit par les experts judiciaires entre ce polytoxicomane sans emploi et sa mère alcoolique et dépressive. Interrogé par les policiers, Marc se souvient de détails de la journée, mais aucun ne concerne les faits qui lui sont reprochés. Il aurait consommé un cocktail d’alcool et d’anxiolytiques.

Les policiers ont trouvé toute une pharmacie au domicile de la victime et de son fils ainsi que diverses armes et des impacts de balles dans les murs de la cave. Six autres cubes de glace étaient placés dans le réfrigérateur. Trois dans le lit qui était trempé d’eau et un dernier sur la table de nuit. Le président de la chambre criminelle et les policiers s’interrogent sur la présence de cette eau. «Marc aurait-il pu ajouter de l’eau pour mieux faire passer les cubes et accélérer les choses?», interroge le juge. «Il ne s’agit pas du liquide contenu dans les cubes.»

De nombreuses traces de sang ont été relevées dans la maison, jusque dans la chambre de Marc et sur ses vêtements. La victime présentait des blessures. Les enquêteurs de la police judiciaire ont conclu que Marc avait dû s’attaquer violemment à sa mère, la blessant jusqu’au sang. Il se serait ensuite lavé avant de prévenir les secours. Le fils et sa mère étaient coutumiers des disputes.

«Un matricide avec préméditation»

«Il paraît que j’ai vu les glaçons dans sa gorge», indique le prévenu à la barre. Marc paraît perdu et empêtré dans un récit qu’il ne maîtrise plus. «Ma maman me manque beaucoup. Je l’aimais.» Le juge lui reproche «de faire l’autruche». «Je cherche une explication à ce qui s’est passé depuis deux ans», poursuit le prévenu après avoir reconnu que «les policiers doivent savoir ce qu'(il a) fait». «Je ne peux rien contester, je ne me souviens plus de rien.»

Les mises en garde du juge et ses invitations à dire la vérité sont donc restées lettre morte. Des quatre théories possibles avancées par le prévenu lors de ses différents interrogatoires, trois ont été écartées par l’enquête qui s’est rapidement focalisée sur Marc. «Votre mère avait-elle fermé le robinet d’argent et cela a-t-il pu vous énerver?», demande le juge, convaincu que l’argent est un possible mobile. Marc s’enferme dans le silence.

Le procureur est, quant à lui, «persuadé qu’il se souvient très bien» et «espérait qu’il profiterait du procès pour mettre cartes sur table». Pour lui, Marc a commis «un matricide avec préméditation» alors que les finances commençaient à manquer et les dettes à s’accumuler. La victime n’était ni suicidaire ni démente. La théorie de l’accident en buvant ne tient pas davantage. Tout comme celle de l’intervention d’un tiers. Ne reste que Marc, «incapable d’assumer son geste».

Le réquisitoire se poursuit ce matin. Il sera suivi de la plaidoirie de la défense.

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