Bébé secoué : le père voulait lui sauver la vie
Le nourrisson se trouvait en état de détresse respiratoire. Ce geste réalisé dans la panique pour sauver son enfant lui vaudra d’être condamné.
Au bord des larmes, ce père aujourd’hui âgé de 45 ans raconte : «Je me dis que j’aurais pu tuer mon gamin. Je vais vivre avec ça toute ma vie.»
Les 5 et 13 mars 2019, au domicile familial à Landres, son quatrième enfant est victime d’une crise respiratoire. Ses yeux se révulsent, son corps se raidit, son visage bleuît.
Le papa sait son nourrisson fragile. Il est venu au monde il y a un peu plus de deux mois, porteur de la trisomie 21 et d’une malformation du larynx.
Dans l’effroi de la situation, il saisit son bébé, tapote son dos, lui hurle de se réveiller, puis le secoue quelques secondes.
«On est incapable de se mettre à sa place», répète son avocat, Me Thomas Kremser. «On a un papa qui explique que son fils devient tout pâle, qui ne semble plus respirer et qui a les yeux qui se révulsent. Quelle est la réaction? Panique totale, c’est évident. Il tente de le stimuler. C’est peut-être une réaction disproportionnée, mais c’est une réaction de secours.»
Cinq ans sans voir son fils
Le nourrisson est hospitalisé. Un scanner cérébral révèle un hématome sous-dural. Une accumulation de sang que l’on retrouve souvent dans les cas de bébé secoué.
Le service social de l’hôpital émet un signalement aux autorités. Les parents sont placés en garde à vue, une information judiciaire est ouverte à l’encontre du père qui est mis en examen pour violence sur son fils.
Un contrôle judiciaire est ordonné, comprenant une mesure d’éloignement du domicile et une interdiction de contact avec son bébé.
Le début d’un calvaire pour le papa, qui va s’étaler sur presque cinq années. «Je n’ai pas vu mon bébé grandir. Je ne voyais pratiquement plus personne. Ça a été horrible. Mon fils a maintenant sept ans. J’essaye de rattraper le temps.»
Quelle réponse judiciaire faut-il apporter à cela? L’expertise psychiatrique du prévenu n’a révélé aucune forme d’impulsivité de sa part. Il est décrit comme une personne bien intégrée à la société et un bon père de famille.
«La sanction a déjà été entreprise avec le contrôle judiciaire», rappelle la défense qui sollicite la relaxe ou une dispense de peine en cas de condamnation.
Dans sa plaidoirie, la procureure de la République, tient compte du contexte dans lequel ont été commis les faits mais requiert tout de même «une sanction symbolique» : six mois de prison avec sursis.
«L’infraction est constituée, car les gestes ont été effectués volontairement. Indifférence au mobile, dans le pire comme le meilleur. C’est peut-être le drame de cette histoire.»
Le tribunal judiciaire de Val de Briey réduit finalement le quantum à quatre mois.
Alexis Vaury (Le Républicain lorrain)