Tuning : il ne reste que deux clubs légaux au Luxembourg
Pendant que les rassemblements sauvages se multiplient sur les autoroutes du pays, comme ce week-end encore sur l’A6, les clubs de tuning homologués, eux, s’éteignent.
Samedi soir, peu avant 22 h, l’A6 a été empruntée par un cortège pétaradant. Plus d’une centaine de véhicules tunés, venus de Belgique, ont convergé vers la zone frontalière près de Sterpenich, provoquant embouteillages et perturbations sur plusieurs centaines de mètres. Prévenues, les polices belge et grand-ducale ont collaboré et commencé à encadrer le défilé, avant que les patrouilles ne se rabattent sur l’A1, en direction de Wasserbillig, et décident de contrôler alors les voitures aux modifications ou au comportement suspects.
Le lendemain, rebelote à Echternach, où la police allemande avait cette fois signalé l’arrivée d’un groupe. Une vingtaine de voitures interceptées près du lac, des conducteurs coopératifs, une seule amende. L’après-midi, 12 automobilistes de plus contrôlés à Larochette. Au total, sur le week-end, une cinquantaine d’infractions : 33 pour transformations non conformes, 10 pour excès de vitesse, 7 pour conduite dangereuse, 3 véhicules en fourrière, 1 saisi.
La scène n’a plus rien d’exceptionnel. Fin janvier déjà, un rassemblement coordonné sur les réseaux sociaux avait tenu la police en haleine dans la zone frontalière belgo-luxembourgeoise, les forces de l’ordre déplaçant le point de rendez-vous au fil de la nuit. En 2024, le commissaire en chef du service national de circulation et de sécurité routières, André Schaack, chiffrait la montée du phénomène : 10 événements de ce type en 2020, 31 en 2023 et déjà 31 à la fin du mois d’août 2024. Un engouement transfrontalier : côté belge, des communes comme Saint-Hubert ou Aubange ont pris des arrêtés pour interdire ces rassemblements sauvages, quitte à les voir se replier sur l’autoroute voisine.
Reste que, dans le bruit et la fumée des drifts, les premières victimes de cette réputation sont surtout les clubs légaux. «Quand nous avons créé le club en 2010, il y avait 6 ou 7 clubs de tuning homologués au pays, qui organisaient les événements dans les règles», se souvient Mauro Gomes, vice-président de l’ASBL Streetkings. «Aujourd’hui, il en reste deux.» Streetkings et Modified sont, selon lui, les derniers à tenir des rassemblements déclarés.
Une réunion avec la police
Deux ans après notre premier entretien sur le sujet, le constat de ces passionnés n’a pas bougé d’un pouce. Aucune commune, aucun ministère n’a mis à leur disposition de terrain encadré. «Vis-à-vis des communes ou de l’État, c’est toujours très mal vu», soupire le responsable. Certaines jouent pourtant le jeu : Mersch et Bissen, qu’il décrit comme «très compréhensives». Mais ce sont bien les seules.
Pour le vice-président de Streetkings, c’est précisément de ces difficultés que naît l’illégalité. «Légaliser un club, ça devient de plus en plus dur. Alors plus personne ne veut perdre son temps et les gens organisent ça au noir, sur internet.» Quand nous l’avons joint ce mardi, lui et son association essayaient justement de trouver une solution peu onéreuse pour répondre aux obligations qui, depuis la loi du 7 août 2023, contraignent les petites ASBL à passer par un comptable. De quoi décourager les bonnes volontés, regrette-t-il, en évoquant par ailleurs le contrôle technique qu’il juge instable : «Une année tout passe, l’année suivante, on me trouve quatre ou cinq choses à changer sur une voiture qui n’a pas roulé.»
Ses événements, pourtant, n’ont rien des rodéos nocturnes : règlement signé à l’entrée, voitures à l’arrêt sur le site, ni bruit ni musique excessive, exclusion immédiate en cas d’écart. «Nos voitures sont tellement tape-à-l’œil qu’on fait attention à tout : on serait repérés tout de suite», sourit-il. Le club se double d’une vocation caritative, puisqu’il est même parvenu à réunir des fonds pour offrir un fauteuil roulant à un enfant tétraplégique au Brésil il y a deux ans. Mauro Gomes dit avoir tenté, en vain, de convaincre des organisateurs de rassemblements sauvages de se mettre en règle : «Ils répondent que, de toute façon, si la police vient, ils devront tout arrêter.»
De cette impasse, les clubs voudraient sortir par le haut. Leur demande : une reconnaissance officielle et un canal direct avec la police. «Quand un de nos membres reçoit un PV et montre sa carte de club, la police répond qu’elle ne connaît pas notre club», regrette le vice-président de Streetkings, qui appelle de ses vœux une réunion avec les forces de l’ordre, les clubs établis se portant garants des nouveaux venus. Sollicitée sur cette proposition comme sur l’évolution récente des chiffres en la matière, la police grand-ducale n’avait pas répondu avant la publication de cet article.