Phishing : «Nous avons été arnaqués de 15 000 euros»
Les escroqueries numériques se multiplient. La police grand-ducale renforce ses actions de prévention pour alerter le public sur ces fraudes. Elle tenait un stand place Hamilius, à Luxembourg, mercredi.
Un stand mobile de la police s’est installé ce mercredi place Hamilius afin de sensibiliser aux escroqueries numériques : aux commandes, Tim Pauly, du Service national de prévention de la criminalité (SNPC). «On n’est pas gâtés par le temps malheureusement», regrette-t-il. Les jeunes, une des cibles, n’étaient en effet pas de sortie. Tim Pauly explique que ces campagnes visent à informer les plus de 50 ans sur l’hameçonnage (phishing) et les jeunes sur le phénomène de mule financière (money mule).
Le principe du money muling est simple : un criminel demande à une personne de mettre son compte bancaire à sa disposition pour faire transiter de l’argent provenant d’activités frauduleuses. Les jeunes sont régulièrement sollicités via les réseaux sociaux, «principalement Snapchat et Instagram», précise le policier. Ce qui peut sembler être un petit service ou un job permettant de se faire de l’argent facilement et rapidement constitue pourtant une infraction pénale. Yann, un enquêteur spécialiste des arnaques numériques, note que certains acteurs ont déjà été «identifiés et arrêtés» et que «la justice a décidé d’accélérer les procédures pour être plus répressive» à ce sujet.
Beaucoup de jeunes ignorent les risques liés à cette pratique. En acceptant de transférer de l’argent pour quelqu’un d’autre, ils peuvent se rendre complices de blanchiment d’argent. Les conséquences peuvent être lourdes : une amende allant de 1 250 à 1 250 000 euros et une peine d’emprisonnement allant de un à cinq ans. Pour la police, il est donc essentiel de faire de la prévention, avec ce stand ou en se rendant dans les établissements scolaires, plutôt que de devoir intervenir une fois l’escroquerie commise.
Une augmentation nette depuis le covid
En parallèle, les tentatives de phishing se multiplient. Cette technique consiste à envoyer des messages frauduleux qui imitent des communications officielles, par exemple celles d’une banque ou d’une administration. L’objectif est de pousser la victime à cliquer sur un lien ou à transmettre des données sensibles.
Contrairement aux idées reçues, ces arnaques ne ciblent pas uniquement les personnes âgées. «Toutes les générations peuvent être victimes d’un phishing», note Tim Pauly. Les messages sont aujourd’hui de plus en plus crédibles, notamment grâce à l’intelligence artificielle, et peuvent facilement tromper même des internautes avertis.
Les escrocs jouent souvent sur l’urgence ou la peur pour pousser les victimes à agir rapidement. Un clic n’est pas forcément l’action la plus grave. En revanche, une fois des informations bancaires ou sensibles récupérées, les criminels peuvent accéder aux comptes, effectuer des transactions ou se livrer à un chantage.
Les autorités constatent que ces arnaques évoluent constamment. Yann confirme que le phénomène est en pleine expansion : «Ça ne cesse d’augmenter depuis le crise sanitaire», observe-t-il. Selon lui, avec l’augmentation du commerce en ligne et des démarches numériques, les fraudeurs ont trouvé de nouvelles opportunités pour piéger les internautes.
«Pas rentable d’investiguer à l’époque»
Tim et Michèle, de passage sur la place Hamilius, se renseignent sur les conseils donnés aujourd’hui pour éviter ce type d’arnaque. Ce couple en aurait bien eu besoin en 2018. À l’époque, ils pensaient avoir trouvé le chalet idéal pour organiser un séjour à la montagne en famille : une annonce crédible, accompagnée de photos et d’informations détaillées. Confiants, ils payent leur interlocuteur par virement bancaire. Mais après la transaction, plus aucune réponse du prétendu propriétaire.
Ils découvrent alors avoir été victimes d’une escroquerie : «Nous avons été arnaqués de 15 000 euros.» Les images utilisées dans l’annonce représentaient bien un chalet existant, mais elles avaient été récupérées et réutilisées par des escrocs pour tromper plusieurs victimes.
À l’époque, ils portent plainte, malgré le pessimisme de leur avocat, et obtiennent des autorités un numéro de compte bancaire danois, des noms et des adresses liées à la transaction. Malgré ces informations, l’argent n’a jamais pu être récupéré : «Le parquet ne trouvait pas rentable d’investiguer dessus à l’époque. On nous a dit qu’un meurtre ou un viol pouvaient mener à des suites, mais ce type d’arnaque, non», confie le couple, encore marqué par cette expérience. «Le pire, c’est ce sentiment d’injustice. On a l’impression d’être pris pour des imbéciles alors qu’on n’a rien fait de mal», concluent-ils.