La poterie, trésor protégé de Nospelt
Connu pour son marché de l’Emaischen à Pâques, Nospelt cultive un savoir-faire unique lié à la terre cuite. Au cœur du village, le dernier atelier transformé en musée témoigne de cet héritage artisanal de plusieurs siècles.
Lorsque s’ouvre cette discrète porte cachée dans le renfoncement d’une maison du bourg de Nospelt, un héritage insoupçonné de près d’un demi-millénaire s’offre à vous : celui de la poterie. Ici, au 12, rue des Potiers, se trouve justement un petit mais riche musée dédié à cet art de la terre qui a fait la réputation de cette localité proche de Kehlen et qui l’animera encore lors de l’Emaischen lundi prochain (lire ci-dessous).
«Nous sommes dans l’atelier de Nicolas Schneider, le tout dernier potier professionnel de Nospelt», raconte Edouard Kandel, qui en détient les clefs en tant que secrétaire de l’ASBL des Amis du musée de la poterie et de l’artisanat (AMPA). Freiné par la Première Guerre mondiale, «car c’était compliqué de continuer à faire le vendeur ambulant d’un village à l’autre, au-delà même des frontières», l’artisan arrête son activité dès 1914.
Potier de père en fils «depuis au moins quatre générations», Nicolas Schneider met ainsi un terme à un savoir-faire familial mais surtout local. «C’est prouvé par écrit qu’il existait des potiers au village depuis au moins 1458. À une époque, sur 600 habitants, environ 160 étaient potiers.»
«Le dernier four à bois de poterie»
À 87 ans, Edouard Kandel est une encyclopédie vivante de l’histoire locale de la poterie dont il est tombé amoureux. «J’étais instituteur au village, je n’y connaissais rien mais, un jour, on m’a conseillé d’aller voir dans cette maison où il y avait un atelier comme dans le temps», se remémore-t-il. «Rien n’avait été touché, il y avait encore des poteries sur les étagères, j’étais émerveillé.»
Avec l’héritier de Nicolas Schneider et d’autres habitants, ils fondent le syndicat d’initiative de Nospelt en 1967 afin de préserver cet héritage et ouvrent le musée sept années plus tard. Hormis quelques travaux de rénovation, l’atelier est resté en l’état.
À l’intérieur se trouve notamment «le dernier four à bois de poterie du Grand-Duché». Construit en 1870, «il pourrait encore fonctionner mais nous avons dû abattre la cheminée, car elle était fragile», regrette Edouard Kandel. En activité, le four d’une capacité de 5 mètres cubes pouvait atteindre les 950 degrés et il fallait attendre trois jours avant d’ouvrir ses portes après une cuisson.
Le four a notamment permis de cuire les dalles rouges qui couvrent le sol depuis 1875, ainsi que de nombreuses pièces de poterie domestique qui ornent les étagères : pots, passoires, cruches, tonnelets pour eau-de-vie, assiettes, bouillottes, marmites ou encore tirelires. Parmi la collection, la plus ancienne est un double pot daté de 1812. «Les cultivateurs ne voulaient pas rentrer déjeuner chez eux. Donc, d’un côté, il y avait le pot pour la soupe, de l’autre, celui pour les légumes et la viande, avec un couvercle en bois pour garder au chaud», décrit le guide.
De la Chine au folklore luxembourgeois
La pièce la plus célèbre du musée reste sans conteste le Péckvillchen. Ce sifflet traditionnel du lundi de Pâques, conçu en forme d’oiseau, est présent sous toutes les formes, couleurs et origines. Edouard Kandel tient en effet à rappeler que «ce sifflet n’a pas été créé à Nospelt ni au Luxembourg, puisque le premier du genre date de 6 000 ans et vient de Chine».
«Il y en a partout dans le monde, sur tous les continents», dit-il devant les armoires qui regorgent d’oiseaux ou de variantes issus du Maroc, du Pérou, du Danemark ou du Japon. Au Grand-Duché, le mérite de la popularité du Péckvillchen revient à Jean Peters qui a «relancé et dynamisé la production en 1931». Originaire du Reckenthal et potier pour Villeroy & Boch, il met au point le premier moule en plâtre «à partir d’un oiseau mort qu’il a trouvé en se promenant».
Depuis, l’engouement autour des ces oiseaux n’a fait que grandir, ce qui interroge l’ancien instituteur devenu potier : «La vente de poterie classique n’est plus très active mais ce qui marche toujours, je ne me l’explique pas, ce sont les sifflets. Certains en ont des dizaines chez eux», rigole Edouard Kandel.
Ce dernier reste conscient malgré tout que les Péckvillercher permettent de faire perdurer l’histoire locale, puisqu’ils attirent autant les curieux vers les cours de poterie de l’AMPA que les visiteurs au musée. Le gardien de cet héritage espère donc «que les gens continuent à s’y intéresser et que la poterie survive après notre génération».