[Mon métier d’antan]

Hugo, facteur d’orgues à 28 ans : «Il faut être un peu fou»

Ils ont entre 20 et 35 ans et font le pari de l’intemporel. Rencontre avec une nouvelle génération d’artisans qui se réapproprient les métiers d’autrefois. Pour ce quatrième numéro, direction la manufacture d’orgues Thomas, où travaille Hugo.

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À 28 ans, Hugo est un facteur d'orgues et harmoniste accompli. (Photos : fabrizio pizzolante)
À 28 ans, Hugo est un facteur d'orgues et harmoniste accompli. (Photos : fabrizio pizzolante)

Des orgues de plusieurs mètres de haut nous surplombent lorsque nous entrons dans l’atelier de la manufacture Thomas à Clervaux. Hugo Pillevesse nous y accueille, sans pour autant lâcher le tuyau qu’il stabilise tandis que ses collègues l’ajustent d’en haut.

Une fois sa part du travail faite, le jeune facteur d’orgues et harmoniste nous fait visiter les lieux et brise tout de suite la glace : «C’est un métier passion, mais il faut être un peu fou pour le faire.» Le ton est posé.

Lui est tombé dedans «par hasard». «Il n’y a ni musicien ni religieux dans ma famille», raconte Hugo. Mais c’est tout de même en sixième qu’il a su que l’orgue ferait partie de sa vie : «J’ai fait de la flûte à bec en cours, comme tout le monde, et cela m’a donné envie de jouer de la musique.»

Il a alors pris des cours d’orgue. Et, très vite, la curiosité de voir l’intérieur de cet instrument si unique le pique. «Quand j’ai vu sa complexité – comme une horloge, mais en pire – j’ai eu envie d’en fabriquer!»

Le facteur d’orgues nous ouvre l’arrière de l’un des morceaux de l’orgue de la cathédrale américaine de Paris, le dernier gros projet de la manufacture, pour illustrer ses propos.

À l’intérieur, des centaines de tuyaux se dressent devant nous et attendent patiemment de pouvoir retentir. À l’étage de l’atelier, d’autres tuyaux attendent également. Il y en a des neufs et des anciens, en plomb et en étain, des petits et des grands, certains sonnant comme des violoncelles, des trompettes ou d’autres instruments.

Le jeune Hugo s’inscrit alors à une école alsacienne de facture d’orgues en alternance, qu’il effectue à la manufacture Thomas… Il ne la quittera d’ailleurs jamais. Cela fait maintenant dix ans qu’il fait partie de l’équipe : «Ici, c’est une histoire de famille.» La manufacture a en effet été créée par André Thomas et, aujourd’hui, ce sont ses fils Samuel et Dominique qui la tiennent.

Un métier unique en son genre

«C’est un métier qui s’apprend plutôt d’un maître que d’une école», explique Hugo. Son mentor à lui, c’est Dominique, avec qui il harmonise les orgues.

Une fois les fondamentaux appris, chacun fait «à sa sauce, comme un chef». «Ça vient des rencontres, des collègues et sur le tas… Les savoir-faire sont toujours en évolution, même si les fondamentaux ont déjà 2 500 ans.»

Pour Hugo, la facture d’orgues est «difficile à concevoir sans équipe». «Elle regroupe une trentaine de métiers différents. Si on veut être un facteur d’orgues accompli, il faut savoir travailler le bois, le cuir, le fer forgé, la mécanique, la porcelaine, l’étain et le plomb…», liste le facteur d’orgues.

Travailler en équipe permet donc à chacun d’apporter ses forces à l’ensemble. «Chaque personne a son tuyau à sa chape», rit-il.

La manufacture d’orgues est un travail d’équipe. Chacun apporte sa pierre à l’édifice.
La manufacture d’orgues est un travail d’équipe. Chacun apporte sa pierre à l’édifice.

En tout cas, notre jeune artisan connaît tout de son instrument. Si bien que ses collègues l’appellent «Hugopédia». «Ils se tournent vers moi quand ils ont besoin de savoir quelque chose», s’amuse Hugo.

Mais nous avons tout de même réussi à lui poser une colle… Quand nous lui demandons l’orgue qui l’a le plus marqué, le passionné est bien incapable de donner une réponse. «C’est le concept même de l’orgue qui m’a marqué. C’est le seul instrument dans lequel on peut entrer et où il n’y a aucune norme. Les orgues sont différents à chaque fois et leur son est propre à l’harmoniste, il y a un vrai côté unique», souffle-t-il, les yeux pétillants.

C’est même le métier dans son ensemble qui est unique : «Nous avons la chance de travailler dans des lieux incroyables, de pouvoir toucher les voûtes des églises et de profiter de leur ambiance mystique une fois la nuit tombée».

À cela s’ajoutent les commandes aux quatre coins de l’Europe, et même du monde, qui les font voyager. «Il y a aussi tout un côté humain… Nous rencontrons plein de personnes différentes lors des chantiers», se réjouit Hugo.

Un travail au service du patrimoine

Son profil est d’autant plus particulier qu’aucune de ses journées ne se ressemblent. «Il y a neuf chances sur dix pour que je ne sois pas à l’atelier si vous venez», explique l’artisan. Il est beaucoup plus souvent dehors pour entretenir et accorder des orgues ou avec Dominique pour en harmoniser d’autres.

Et si, à ce stade de l’article, vous vous demandez toujours ce qu’est un harmoniste, pas de stress, Hugo est là pour vous : «Harmoniser un orgue, c’est donner le bon son au tuyau.»

Cela ne vous avance peut-être pas, mais attendez… «Cela se fait toujours en binôme : l’un est au clavier pour jouer et écouter, tandis que l’autre est dans l’orgue pour régler les tuyaux avec ses mains», détaille l’harmoniste.

La manufacture d’orgues Thomas restaure aussi de vieux instruments, comme l’orgue de Marcq de 1772.
La manufacture d’orgues Thomas restaure aussi de vieux instruments, comme l’orgue de Marcq de 1772.

La restauration d’orgues est encore plus complexe, nous assure Hugo. Lors d’une restauration, le but est de magnifier l’instrument et d’être au plus proche de l’intention originale.

«Nous ne sommes pas là pour laisser notre patte.» Une chose difficile, d’autant plus que les orgues viennent sans mode d’emploi. L’orgue de Marcq que l’équipe restaure actuellement n’a pas été modifié depuis 1772. «J’aimerais avoir la blouse du créateur pour me mettre dans ses intentions», souffle-t-il.

Ce qui est sûr, c’est qu’Hugo ressent beaucoup de fierté et surtout beaucoup d’humilité à travailler sur de tels instruments : «Nous travaillons avec respect sur quelque chose de grand qui va nous survivre.»

Son métier comporte également un côté vivant et partagé. «Les gens voient, jouent et entendent notre travail… C’est valorisant, surtout que nos orgues seront là pendant des décennies», s’émerveille-t-il.

Raison pour laquelle il est important de préserver l’artisanat d’art : «On a hérité de la civilisation et on se met de côté quand on travaille là-dedans… C’est hyper important de transmettre et partager!»

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