Diekirch aux couleurs de la Thaïlande
La communauté thaïlandaise a célébré Songkran, sa fête du Nouvel An, dimanche à Diekirch. Entre rituels sacrés, saveurs épicées et élan de solidarité, ce festival appelle à la découverte de la diaspora et de son pays d’origine.
De Diekirch à la Thaïlande, il n’y a qu’un pas et une seule porte à pousser ce dimanche, celle du centre culturel Al Seeërei. Depuis le début de la matinée, le hall vibre aux couleurs, odeurs et musiques venues du sud-est de l’Asie à l’occasion de la célébration du Songkran, la fête thaïlandaise du Nouvel an pour le bouddhisme (lire ci-contre). Sur les grandes tablées, près de 300 personnes discutent et rigolent, accompagnées des incontournables de la gastronomie thaïlandaise.
Dans les assiettes et les stands de nourriture présents, on retrouve les célèbres saucisses du nord (Chiang Mai), les ailes de poulet grillées, le porc rôti ou encore le traditionnel Pad Thaï. Côté sucré, l’incontournable «mango sticky rice» (riz gluant à la mangue) est présent, tout comme la glace à la noix de coco fraîche ou encore le Lod Chong, ce dessert typique au lait de coco.
Le voyage n’est pas seulement culinaire. Les drapeaux tricolores thaïlandais, les statues de Bouddha et les tenues traditionnelles, notamment portées par les femmes, sont de sortie. Sur scène, deux chanteurs font danser le public enjoué, tandis que certains versent de l’eau sur les mains de trois moines, venus de Thaïlande, comme un signe de bénédiction.
Gastronomie et solidarité
Ce festival aussi religieux que festif est organisé depuis 2018 à Diekirch par l’ASBL Wat Thai Buddharama Luxembourg dont la réputation dépasse les frontières du Grand-Duché. «Aujourd’hui comme lors des dernières éditions, il y a des gens qui sont venus depuis la Belgique, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas», fait savoir Punyanuch Pokpong-Kremer, présidente de l’association. Les gérants des stands de nourriture et de vente de produits typiques (épicerie fine, légumes frais, fruits secs, souvenirs artisanaux) sont également originaires des quatre coins de la Grande Région.
Chaque année, l’évènement attire ainsi «entre 500 et 600 personnes» selon l’organisatrice en chef, principalement un public thaïlandais d’origine mais pas seulement puisqu’«il y a aussi les voisins ou des amis non thaïlandais qui viennent, ainsi que quelques anciens touristes de Thaïlande qui ont adoré les plats et les coutumes». Certains curieux viennent également après avoir découvert une partie de la tradition thaïlandaise lors du défilé remarqué de danseuses et de costumes durant la cavalcade de Diekirch en février dernier.
Outre la cérémonie religieuse, la fête de l’eau est également le symbole de la solidarité de la diaspora. «Nous récoltons des dons que l’on utilise afin d’aider les gens, comme ceux qui n’ont pas de famille mais surtout les femmes divorcées ou celles dont le mari est décédé», explique Punyanuch Pokpong-Kremer. Ce grand rassemblement est aussi l’occasion de bénéficier d’une assistance consulaire pour les passeports et autres documents administratifs grâce à la présence exceptionnelle d’un bureau géré par l’ambassade de Belgique.
Une diaspora «méconnue»
Surnommée le «pays du sourire», la Thaïlande fait des émules jusqu’au Grand-Duché au vu de la bonne humeur qui règne au sein du centre culturel Al Seeërei. Rien de surprenant pour Eddie, bénévole de l’ASBL Wat Thai Buddharama depuis quatre ans et amoureux de ce pays à près de 9 000 km de chez lui : «Personne ne se connaît mais tout le monde se parle, tout le monde est assis à la même table, c’est si simple et c’est cela qui est génial dans la mentalité thaïlandaise».
Depuis son premier voyage en 2013, le Luxembourgeois a traversé la Thaïlande de long en large pendant deux mois chaque été et compte bien ne plus jamais la quitter. «Normalement, au mois de décembre prochain, je suis à la retraite et je partirai directement m’installer vivre là-bas», confie-t-il, pressé de lever les voiles.
En attendant, Eddie retrouve un peu du pays auprès d’une diaspora qu’il considère «méconnue et pas du tout médiatisée au Luxembourg». Avec 492 ressortissants au 1er janvier 2025 selon le Statec, sans compter les binationaux, la taille de la communauté peut expliquer ce manque de visibilité mais pas seulement selon le bénévole.
Ce dernier estime «que les Européens ne regardent pas le monde asiatique, ils confondent les pays tant qu’ils n’y sont pas allés» et évoque aussi une certaine barrière linguistique, culturelle et religieuse. «Les gens ne font pas d’effort de rencontrer cette communauté, voire certains peuvent avoir peur, mais j’ai déjà envoyé beaucoup d’amis luxembourgeois qui me disent que c’est génial au final.» En connaissance de cause, le futur expatrié tient d’ailleurs à prévenir ses compatriotes : «Une fois que l’on va en Thaïlande et que l’on rencontre les Thaïlandais, on ne veut plus rentrer.»