De la banque à la soie : «La mode n’est pas du tout mon domaine au départ»
Entre voyage en Inde à la rencontre de tisseurs traditionnels et passion pour le design, Sabine Lehot, créatrice au Grand-Duché, s’apprête à dévoiler sa toute première collection de mode lors de la Luxembourg Fashion Week.
Les murs roses de son showroom sentent encore la peinture fraîche. Il y a à peine un mois, la créatrice Sabine Lehot a ouvert son atelier de création dans le quartier du Limpertsberg. C’est ici qu’elle entrepose ses nombreux tissus. Résidente depuis neuf ans au Luxembourg, la Française originaire de la région parisienne baigne depuis très peu de temps dans la création artistique. Auparavant, c’était plutôt l’univers bancaire qu’elle côtoyait. «J’ai passé 17 ans dans ce domaine. Une partie à Londres et une autre partie au Luxembourg avec plusieurs postes à responsabilité», confie-t-elle.
Lassée par ce secteur et victime d’un burn-out «extrême», elle réfléchit à tout quitter. «Après cette dépression, j’ai fait le mauvais choix de continuer dans le monde bancaire en tant que responsable des opérations. J’ai eu un accident de travail qui m’a immobilisé pendant plusieurs mois. On m’a licencié, mais je n’ai pas vécu cela négativement. J’ai vu cela comme une délivrance», assure-t-elle. C’est à ce moment-là qu’elle décide de suivre une nouvelle voie, celle de la création. «Cela faisait un moment que je songeais à faire quelque chose de plus créatif mais tout en restant dans le domaine du commerce», raconte-t-elle.
Sabine Lehot a alors l’idée de se lancer dans le textile et plus spécifiquement dans la soie, une matière qu’elle considère comme «noble». «J’en suis totalement tombée amoureuse. Je la trouve vivante, féminine, limite sensuelle», sourit-elle. Elle part alors pendant un mois en Inde pour découvrir les différentes méthodes de tissage et rencontrer les artisans locaux. «Je ne voulais pas travailler avec des exportateurs. Mon but était de trouver des professionnels qui tissent depuis plusieurs générations, où les conditions de travail sont respectés et où il y a une garantie de traçabilité et d’authenticité. (…). Cela a été des rencontres incroyables», se souvient celle qui se qualifie de «dénicheuse de tissus précieux».
«Je me suis inspirée du savoir-faire du tissage indien»
Après son voyage en Inde, elle lance en janvier 2025 son entreprise au Luxembourg qu’elle nomme Tohora, un mot polynésien signifiant la baleine, son animal fétiche. Depuis, elle collabore avec des distributeurs mais aussi des designers qui utilisent ses tissus confectionnés et cousus à la main dans plusieurs villes indiennes. Si au départ elle travaillait dans le domaine de la décoration intérieure, elle s’est lancée il y a quelques mois dans une collection de mode qu’elle présentera à la Luxembourg Fashion Week.
«La mode n’est pas du tout mon domaine au départ. J’ai eu cette idée en visualisant une robe de forme trapèze avec l’un de mes tissus. Je me suis dit que c’était l’occasion de faire quelque chose et de lancer une collection (…). Je me suis inspirée du savoir-faire ancestral du tissage indien et de l’élégance audacieuse des années 1960», confie-t-elle.
La résidente française de 54 ans s’est entourée d’Eriselda Hoxha, couturière depuis 25 ans, pour confectionner sa première collection. «J’avais l’idée des tissus et des formes. Nous avons vu ensemble les faisabilités et nous avons créé pour cet événement six tenues toutes entièrement doublées de soie. Il y aura une robe, plusieurs tenues et une surprise», détaille-t-elle.
Derrière ce premier projet, la Luxembourg Fashion Week représente pour cette créatrice une opportunité et surtout une «vitrine». Mais c’est aussi pour elle une façon de montrer d’autres visions de la mode, notamment la slow fashion. En opposition à la fast fashion, ce mouvement prône une consommation responsable, éthique et durable de l’habillement. «Tout est très lent et fait à la main. Un tissage de 10 mètres peut par exemple prendre dix à douze jours. Il y a aussi les étapes de la teinture. Je n’apporte aucune modification aux tissus une fois importés», explique-t-elle.
Après plusieurs mois de préparation pour la Luxembourg Fashion Week, la créatrice a encore d’autres projets en tête. Les voyages, d’une part, et des collaborations artistiques, de l’autre. «Je vais continuer à arpenter le monde pour découvrir d’autres soies et méthodes ancestrales, notamment au Japon. L’Inde est le pays où l’on trouve la soie, l’une des plus précieuses au monde, la soie de Muga. Mais on trouve ce tissu partout : en France, dans les Cévennes, en Grèce, en Afrique, en Amérique latine», liste-t-elle.
De nombreuses escapades à venir pour dénicher encore de nouvelles soies précieuses et, comme elle le répète, faire de «nouvelles rencontres». Dans un futur plus lointain, elle espère aussi reverser une partie de ses bénéfices à des associations de femmes, en Inde ou ailleurs dans le monde.