[En coulisses]
100 tonnes de vêtements en cinq mois : immersion au Centre national de tri
À Livange, chaque vêtement donné passe entre plusieurs mains avant d’être redistribué à des personnes dans le besoin ou recyclé. Reportage au cœur du Centre national de tri Spëndchen.
Le saviez-vous ? Chaque Européen achète en moyenne 19 kilos de textiles par an. Une fois usés ou passés de mode, une grande partie finissent dans les ordures ménagères. Au Luxembourg, chaque habitant jette ainsi 5,4 kilos de textiles par an dans sa poubelle grise, alors que ces vêtements pourraient souvent connaître une seconde vie.
Une deuxième chance possible grâce au Centre national de tri Spëndchen, à Livange. Ici, chaque pièce est inspectée, triée et orientée vers le réemploi ou le recyclage. Avec un seul objectif : venir en aide aux personnes les plus démunies.
Derrière une façade discrète se cache un véritable labyrinthe de cartons et de palettes. Des centaines de cartons de bananes débordent de vêtements soigneusement pliés. Plus loin, des piles de jeans, de vestes, de chaussures ou encore de linge de maison attendent leur destination. Au total, le hangar compte 652 emplacements de palettes.
Depuis le début de l’année, le rythme ne faiblit pas. Entre janvier et mai, 100 tonnes de vêtements ont ainsi été récoltées, soit 100 000 kilos de dons. Pas moins de 150 bénévoles, tous engagés dans un parcours de réinsertion professionnelle, se sont relayés pour faire tourner cette véritable ruche.
«Nous sommes là avant tout pour aider les gens qui en ont besoin», répète à plusieurs reprises Fabien Schmit, responsable du site depuis sa création en 2015.
L’histoire du centre remonte à la crise migratoire. À l’époque, la Croix-Rouge luxembourgeoise et Caritas disposent chacune de leur propre système de collecte. Mais l’arrivée de nombreux réfugiés syriens et l’immense élan de solidarité qui s’ensuit changent la donne. Des étudiants organisent une collecte de vêtements qui rencontre un succès inattendu. Les deux associations décident alors d’unir leurs forces pour créer un Centre national de tri.
Aujourd’hui, le site de Livange regroupe plus de 2 300 m² consacrés à la collecte de textiles, mais aussi de denrées alimentaires destinées aux banques alimentaires et aux différents vestiaires sociaux du pays.
Un premier tri… puis un deuxième
Le parcours d’un vêtement commence dès son arrivée. «On ne prend pas les vêtements tachés, sales, déchirés ou auxquels il manque des boutons», explique Fabien Schmit.
Le premier tri permet d’écarter immédiatement les pièces inutilisables. Vient ensuite une seconde sélection, beaucoup plus précise, réalisée en fonction des besoins du moment. «Actuellement, nous avons surtout besoin de vêtements pour hommes de petite taille, de vêtements de sport, de sous-vêtements ou encore de poussettes», énumère le responsable.
Chaque vêtement conservé est ensuite plié, classé par catégorie, par taille et par saison. Une organisation minutieuse qui permet de retrouver rapidement une référence lorsqu’une demande arrive d’un foyer ou d’un office social.
À l’étage, les rayonnages s’étendent à perte de vue. Des dizaines de palettes patientent en attendant leur distribution. «En ce moment, on commence à remplacer les vêtements d’hiver par ceux d’été. Les maillots de bain sont déjà descendus du stock», montre Fabien Schmit.
Depuis janvier, 2 550 colis ont quitté Livange pour alimenter les différents foyers sociaux du Luxembourg.
Pas d’exportation, mais une aide locale
Contrairement à certaines filières de collecte, les vêtements ne sont pas envoyés vers des pays tiers.
Ils restent au Luxembourg et sont redistribués aux personnes qui en ont besoin : les offices sociaux, les centres pour réfugiés, les foyers pour sans-abri ou encore les Vestiaires de la Croix-Rouge. Celui de Bonnevoie fournit même des vêtements aux détenus des prisons du Grand-Duché.
Chaque demande est préparée en fonction des besoins exprimés par les travailleurs sociaux. «Notre mission est vraiment d’aider les personnes qui vivent au Luxembourg», insiste Fabien Schmit.
La fast fashion complique le travail
Sans surprise, au fil des années, les équipes ont également vu évoluer la qualité des dons : «la fast fashion a eu un vrai impact», constate ainsi le responsable.
Les vêtements sont plus souvent fabriqués dans des matières synthétiques, s’usent plus rapidement et résistent moins bien à une seconde vie. «D’année en année, nous voyons une détérioration : les gens paient moins cher, mais pour une qualité médiocre. Et cela se ressent aussi dans nos dons, même si nous recevons encore des choses de très bonne qualité».
Mais les pièces qui ne peuvent pas être redistribuées ne sont pas pour autant jetées. Elles sont envoyées dans une usine de recyclage située en Allemagne, où elles sont broyées avant d’être transformées en nouvelle matière première.
«Le zéro déchet n’existe pas. Il restera toujours quelque chose», reconnaît Fabien Schmit, au moment de nous quitter.
Une chose est sûre : derrière chaque jean soigneusement plié, chaque carton rempli ou chaque palette entreposée se cache finalement la même ambition… Offrir à un vêtement une seconde vie et à une personne un peu plus de dignité.