Souffleuse de verre, elle va réaliser la boule de Noël de Metz
À 24 ans, Caroline Moal vient d’être choisie pour créer la nouvelle boule de Noël de la ville.
Le verre n’est jamais tout à fait là où Caroline Moal l’attend. Une seconde d’inattention, un souffle trop appuyé, un geste trop lent, et la matière peut décider d’agir à sa guise. C’est précisément cette part d’incertitude qui plaît à la jeune artisane. «On ne peut pas complètement dompter le verre. Il faut parvenir à communiquer avec lui», résume-t-elle.
Dans son atelier du 6, rue Mazelle, la souffleuse de verre revendique volontiers son statut de débutante. «Je suis un bébé dans le milieu, je ne me trouve pas encore assez efficace», sourit-elle. Derrière cette modestie se cache une vraie boulimie d’apprentissage.
Du métal au verre, un savoir-faire à croiser
Originaire de Charente-Maritime, Caroline a d’abord étudié la bijouterie, avec un diplôme national des métiers d’art et du design dans une école près de Bourges. Elle a ensuite rejoint la Lorraine pour se former au soufflage de verre au Cerfav de Vannes-le-Châtel, près de Nancy. Séduite par Metz, elle choisit finalement de s’y installer. «Les gens ont cette appétence pour l’art verrier ici», affirme-t-elle.
La jeune femme cumule aujourd’hui les spécialités. Elle travaille le verre au chalumeau tout en s’appuyant sur ses compétences de bijoutière. «J’ai appris à travailler le métal en l’adaptant avec d’autres matières.» Une combinaison qu’elle cherche à valoriser dans ses créations.
Ce qui lui plaît surtout, c’est le défi. Elle cherche constamment à progresser et se confronte actuellement à la gravure et au sertissage. Sa curiosité la pousse déjà vers d’autres horizons : Caroline aimerait rencontrer un ivoirier pour apprendre le travail de l’ivoire. «C’est une discipline en voie de disparition. J’ai bien envie de la faire vivre encore un peu», confie-t-elle. Cette envie d’explorer lui permet aussi de répondre à certaines demandes atypiques. Elle a notamment réalisé une lampe à partir d’une trompette pour une cliente qui refusait de jeter l’instrument de son père décédé. Le résultat, particulièrement esthétique, a fortement ému la dame.
Un Graoully rouge dans la boule de Noël
Caroline propose également des formations au soufflage. Une manière de transmettre sa passion et de multiplier les rencontres. Avec ses clients, elle privilégie les envies personnelles aux rendus standardisés, quitte à sortir des sentiers battus. Cela lui permet de compenser une activité encore limitée, faute de demandes.
La jeune artisane vient justement de décrocher une commande qui pourrait booster sa notoriété locale. Sélectionnée par la mairie pour réaliser la nouvelle boule de Noël de la ville, elle a choisi d’y enfermer un Graoully rouge. Une façon de participer à la volonté municipale de mettre en valeur l’artisanat local, dans une région où le site verrier de Meisenthal occupe une place incontournable. La boule sera vendue cet hiver sur le marché de Noël des artisans, place des Charrons.
Une nouvelle création pour Caroline, qui n’entend décidément pas se laisser enfermer dans une seule matière.
Elliot Ten Eyck (Le Républicain lorrain)