«On n’arrive pas à semer» : après un été qui a tout grillé, les maraîchers craignent un automne vide
Pour les maraîchers mosellans, le principal enjeu se situe désormais dans les semaines à venir : les fortes chaleurs ont empêché une partie des semis et pourraient laisser les étals clairsemés à l’automne.
La pluie tombée la semaine dernière a été accueillie comme une délivrance par les maraîchers. Mais elle ne permet pas d’effacer les semaines précédentes. «On n’arrive pas à faire de semis depuis deux mois», expliquait Valérie Lefebvre avant l’arrivée de la pluie. Normalement, les chicorées et la roquette sont semées dès la mi-juillet. Cette année, le calendrier a pris du retard.
C’est peut-être la conséquence la plus inquiétante de cet été : les dégâts ne s’arrêteront pas avec la baisse des températures. Pendant près de deux mois, les conditions n’ont pas permis de réaliser les semis habituels. Salades, navets, radis noirs, mâche, épinards : une partie de la production automnale est désormais compromise. Valérie Lefebvre vient de réaliser de nouveaux semis sous serre et concentre désormais toute son énergie sur leur réussite. C’est sa dernière chance.
«Ce n’est pas que ça sèche, c’est que ça grille»
Pour la maraîchère arnavilloise, chaleur et sécheresse sont impossibles à dissocier. La chaleur assèche les sols et l’absence de pluie empêche les plantes de récupérer. «Ce n’est pas que ça sèche, c’est que ça grille», accentue la maraîchère. Des crevasses atteignant une dizaine de centimètres se forment dans le sol. Elles empêchent l’eau de parvenir jusqu’aux racines.
L’eau disponible ne règle d’ailleurs pas tout. La maraîchère dispose d’un accès au canal grâce à un contrat avec Voies navigables de France (VNF), une chance que tous ses confrères n’ont pas. «Ceux qui n’ont pas d’eau, c’est clair, ils mettent la clé sous la porte», lâche-t-elle. Mais arroser davantage peut aussi nuire à la qualité. Un concombre trop irrigué risque de perdre son goût. Même chose pour les tomates, qui peuvent se gorger d’eau. Lorsque les températures deviennent trop élevées, les plantes ferment par ailleurs leurs stomates et ralentissent fortement leur activité. Autrement dit, même avec de l’eau, elles ne poussent plus normalement.
Jusqu’à 65 °C dans les tunnels
La sécheresse se paie aussi en heures de travail. Les restrictions d’arrosage concentrent les interventions sur des créneaux réduits. Valérie Lefebvre a dû commencer dès 5 h du matin et reprendre le soir, après 20 h, parfois jusqu’à minuit. Même lorsque l’installation est automatisée, il faut rester présente pour lancer la pompe, surveiller le système et intervenir au moindre incident.
Pierre Jungling, maraîcher de 60 ans à Metz-Nord, Bousse et Woippy, mesure lui aussi le poids de cet été. Il estime être autour de 60 % de pertes sur ses récoltes estivales. «Je veux bien travailler, mais là ce n’est plus possible», soupire-t-il. Dans les tunnels, lors des journées les plus chaudes, il croule sous une température pouvant atteindre 65 °C. À plus de 35 °C en extérieur, explique-t-il, les plantes ne germent plus.
Le vrai manque pourrait apparaître cet automne
À cette fragilisation des cultures s’ajoute celle de tout l’écosystème. Pierre Jungling signale la présence d’altises, qui mangent les feuilles de ses navets. Quant à Valérie Lefebvre, elle observe moins d’insectes, des oiseaux en quête d’eau et de nourriture et des campagnols plus actifs. Les oiseaux viennent jusque dans les tunnels pour boire et se nourrir, et s’attaquent aux tomates. «J’ai des kilos et des kilos de tomates pourries. Ça ne m’était jamais arrivé en 14 ans.» Elle a même installé de petites gamelles d’eau, à remplir quotidiennement.
Pour les maraîchers, l’été 2026 pourrait ainsi marquer une nouvelle étape dans l’adaptation au changement climatique. «Aujourd’hui, je pense que le maraîcher qui s’installe, il met du goutte-à-goutte partout», considère Valérie Lefebvre. Mais cette évolution a un coût, en équipements comme en temps de travail. Et surtout, elle ne permet pas de tout résoudre. Quand la terre se fissure, que les plantes cessent de pousser et que les semis ne prennent plus, l’enjeu n’est plus seulement de produire davantage. Il s’agit désormais, parfois, de simplement parvenir à produire encore.