Moselle : comment les profs abordent-ils cette rentrée scolaire ?

Les enseignants du secondaire ont retrouvé leurs élèves, repris le chemin de leur collège ou de leur lycée mardi 1er septembre.

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Trois enseignants se livrent sur leurs ambitions, leur ressenti et leurs attentes aussi.
Trois enseignants se livrent sur leurs ambitions, leur ressenti et leurs attentes aussi.

Nicolas Rabin, Thionville : «Apprendre aux élèves à s’ouvrir sur la société»

Nicolas Rabin est prof d’arts appliqués depuis 30 ans. Il enseigne dans un lycée professionnel à Thionville depuis 20 ans. «C’est un métier que j’aime toujours autant. Je suis content de retrouver mes élèves et le lycée», annonçait-il à quelques jours de la rentrée.

L’enseignant ne parle pas de salaire ni de manque considération. Pour lui, ce n’est pas le sujet. Il n’estime pas non plus que son travail est devenu plus difficile ces dernières années. En revanche, les élèves, eux, ont évolué. «Ils sont moins vindicatifs, ils subissent, sont de plus en plus passifs. Il y a 20 ans, ils étaient plus engagés, plus confiants en l’avenir.»

Selon lui, le nouvel enjeu du métier va au-delà du seul suivi des programmes pédagogiques uniformisés : «Notre mission est d’accompagner les élèves à devenir des citoyens éclairés.» Cela dépasse le cadre de sa matière, plusieurs de ses collègues partagent cette ambition. «Le combat à mener pour nos élèves, ce n’est pas de leur apprendre des compétences qu’ils acquerront en pratique, mais de les ouvrir sur la société […] Être au contact d’autres adultes peut leur permettre de comprendre le monde différemment.» L’enseignant veut croire que l’échange est la clé.

Albert Krapez, Val-de-Briey : «Anticiper, ça enlève un poids à la reprise»

Sur ses 25 années d’expérience, Albert Krapez vient d’enregistrer sa 21e rentrée au collège de l’Assomption de Val-de-Briey. Alors, le prof d’histoire-géo affiche un air plutôt serein.

«C’est un établissement à taille humaine et on est une bonne équipe pédagogique.» La même qui a décidé de monter son calendrier de réunions, qui recense les réunions parents-profs et les conseils de classe, entre autres, dès le mois de juin. «D’habitude, on le fait à la rentrée. Mais anticiper ça, ça enlève un poids à la reprise.» Surtout quand il faut mettre en place de nouvelles directives. «Elles sont souvent très générales. À nous de les adapter en fonction des lieux.» L’enseignant pense notamment aux diverses activités. «Pour l’établissement de Jœuf, pas de problème pour les placer à l’issue des cours. Les élèves rentrent à pied. Mais à Briey, ils sont dépendants des bus. Après 17 h, on est bloqué.»

Une actualisation de sa matière est dans les tuyaux. «En 5e, on évoque la démographie dans le monde, sauf que les données ne sont plus à jour. Les canicules m’ont donné un peu de temps pour chercher de nouveaux documents, des cartes, des photos…»

Lilya Magmagui, Metz : «La coupure estivale m’a permis de trouver des idées d’œuvres à utiliser»

Professeure depuis septembre 2010 et titulaire depuis septembre 2015 après avoir passé le Capes, Lilya Magmagui enseigne en tant que professeure d’éducation musicale et de chant choral au collège Jean-Rostand à Metz Devant-les-Ponts. Pour cette nouvelle rentrée scolaire, la professeure revient en terrain connu. «Je retrouve en grande partie les mêmes élèves, mais pas les mêmes classes, celles-ci étant refaites tous les ans.»

L’enseignante indique que l’été lui a été bénéfique en termes d’inspiration. «La coupure estivale m’a permis de pratiquer mon instrument, d’écouter de la musique et de visiter des musées afin d’avoir des idées d’œuvres à utiliser en classe.»

Le moral des enseignants sur un fil

«Bien sûr, il y a des choses qui vont dans le bon sens, comme l’interdiction du téléphone au lycée. Sauf que la loi arrive tard et met en difficulté les établissements pour cette rentrée. Ceci dit, c’est positif.» Carine Berger est professeure d’histoire-géographie au lycée Alfred-Mézières de Longwy. La représentante SNE-FSU estime cependant que «ces choses positives ne doivent pas masquer le reste».

Le reste ? «La très grande défiance vis-à-vis de l’institution ou encore le déclassement salarial. Les enseignants et CPE gagnent 900 euros de moins par mois que les autres cadres A de la fonction publique. Les promesses, comme celles de l’ex-candidat Emmanuel Macron, mais aussi des candidats et potentiels candidats pour 2027, on n’y croit plus.» Et puis, il y a «encore et toujours» ce sentiment de «ne pas pouvoir faire correctement notre boulot : classes surchargées, problèmes récurrents de remplacement, intelligence artificielle et utilisation des téléphones qui transforment considérablement l’apprentissage, avec la disparition du goût pour les recherches par exemple.» Dès lors, dans l’attente des prochains chiffres Pisa, «le moral n’est pas au mieux. On ne supporte plus le « prof bashing ». Même si l’amour du métier reste fort dans la profession.»

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