Mont-Saint-Martin : des familles s’insurgent contre les conditions de vie de leurs aînés à l’Ehpad La Clairière

Le point de non-retour est atteint pour des familles de résidents accueillis à l’Ehpad La Clairière à Mont-Saint-Martin. Elles ont décidé de réagir face aux dysfonctionnements qu’elles ont constatés au sein de la structure.

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En 2016, le groupe SOS seniors a investi 10 M€ pour la construction d’un Ehpad de 100 places d’une superficie de 6 500 m² sur cinq niveaux.
En 2016, le groupe SOS seniors a investi 10 M€ pour la construction d’un Ehpad de 100 places d’une superficie de 6 500 m² sur cinq niveaux.

«Je paie 3 300 euros pour que ma sœur vive au sein du service Alzheimer de l’Ehpad La Clairière de Mont-Saint-Martin. Ce sacrifice financier est fait pour qu’elle soit entourée, stimulée et qu’elle vieillisse dans de bonnes conditions. Je viens la voir régulièrement. Désormais, je m’inquiète pour elle», explique Isabelle*.

«Nos aînés vivent dans un Ehpad fantôme»

Une vingtaine de familles de résidents vient de constituer «un collectif». Dans leur viseur, «des défaillances et des dérèglements» au sein de l’établissement situé rue de Lille, à Mont-Saint-Martin. Elles ont toutes dans cette structure médicalisée : un frère, un père, une mère, une sœur, un grand-parent. Lors des réunions d’information que ces personnes organisent régulièrement, elles relatent des manquements importants. D’une part dans les soins apportés à leurs aînés, et d’autre part envers le personnel soignant, dont «le turnover et les départs» se succèdent. Une situation que les familles vivent mal.

En rassemblant leurs témoignages, elles ont pris conscience qu’elles avaient toutes les mêmes histoires : «Nos aînés sont laissés à l’abandon, errant dans un Ehpad fantôme», s’alarment-elles. Dans ce contexte difficile, certaines familles envisageraient de déposer plainte.

«Ses médicaments ont été laissés sur sa table»

D’ailleurs, la représentante du «collectif» a écrit un long courrier, daté du 3 septembre, à la procureure de la République du tribunal judiciaire de Val de Briey pour expliquer les dysfonctionnements répétés concernant la prise en charge de sa maman. Elle expose dans la missive «que cela fait près de quatre ans que je remonte les difficultés rencontrées auprès des différents responsables de l’établissement et du groupe SOS seniors». Mails, entretiens avec les responsables : «Mais, rien ne change», signale-t-elle.

Preuves à l’appui, celle-ci détaille des faits «dramatiques», dont elle a été témoin, depuis mars 2026, tels que «des médicaments traînant sur la commode alors que ma mère aurait dû les prendre dans la journée ; une chute entraînant une fracture dont l’origine n’a jamais été déterminée ; des levées matinales de son lit, vers 11h au lieu de 8h, avec le petit-déjeuner froid posé sur sa table, etc.».

Quelle frontière entre la maltraitance et la négligence?

Elle évoque même une de ses visites à l’Ehpad, qui a viré au cauchemar : «Un jour, j’ai même retrouvé ma maman sans sous-vêtements, frigorifiée et sa protection souillée de selles. C’est violent et insupportable».

Si la voix des proches des résidents de la structure a interpellé la justice, c’est que la succession d’incidents détaillés démontre «une forme de maltraitance vis-à-vis des personnes âgées et vulnérables. Nous ne sommes plus du tout dans de la négligence».

Cette famille règle 2 800 euros tous les mois pour que l’Ehpad fournisse à leur maman des soins appropriés à sa maladie dégénérative.

«Les invectives ne font jamais avancer les choses»

Contacté, le groupe SOS seniors a répondu dans un courriel que «chaque remontée des familles est prise avec le plus grand sérieux. Chaque signalement fait l’objet d’une analyse attentive et des investigations sont menées afin d’apporter des mesures correctives nécessaires. […] Nous entendons l’inquiétude des familles lorsque l’autonomie ou l’état de santé d’un proche évolue».

Face aux reproches concernant un manque de personnel soignant au sein de l’établissement, là aussi, le groupe SOS seniors indique : «Nous ne contestons pas les difficultés de recrutement auxquelles nous sommes confrontés. Elles touchent l’ensemble du secteur médico-social et sont particulièrement marquées sur le territoire du Pays-Haut. Malgré ces contraintes, nous mettons en œuvre tous les moyens disponibles pour garantir la continuité et la sécurité de l’accompagnement». Accusé de maltraitance envers les personnes âgées, le groupe SOS seniors assure appliquer «une politique de tolérance zéro à l’égard de toute situation pouvant relever de la maltraitance».

De son côté, la procureure de la République du tribunal judiciaire du Val de Briey «a demandé une remontée d’information sur cette situation».

*Le prénom a été changé

Chrystelle Thévenot

(Le Républicain lorrain)

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