«J’ai allumé des branchages, on m’a dénoncé» : au cœur d’un stage pour auteurs d’atteintes à l’environnement
Depuis 2024, le parquet de Metz propose des stages de citoyenneté environnementale comme alternative aux poursuites pour les auteurs d’infractions liées à l’environnement.
Autour de la table, les visages sont fermés, les bras croisés. Ce lundi matin, les sept participants au stage de citoyenneté environnementale proposé depuis deux ans par le parquet de Metz comme alternative aux poursuites n’ont clairement pas envie d’être là. Ils y sont contraints.
Gestion irrégulière ou brûlage de déchets, chasse non autorisée, détention d’animaux exotiques sans permis, circulation motorisée en forêt… Tous ont commis une infraction – un délit ou une contravention – au code de l’environnement, qu’ils ont reconnue. Pour autant, le sentiment d’injustice est largement partagé. «J’ai allumé un tas de branches au milieu des champs. Ça ne gênait personne. On m’a dénoncé, maintenant je suis obligé d’être ici et j’ai même dû prendre quelqu’un pour me remplacer sur l’exploitation», lance avec colère Jacques*, un agriculteur de 66 ans.
René*, lui, n’a pas respecté le schéma cynégétique, qui encadre et organise la pratique de la chasse. «Je passe mes nuits à surveiller les champs des agriculteurs et je me retrouve ici, comme un bandit. C’est une aberration. On m’a saisi mon arme, je suis comme un gamin puni», s’insurge-t-il. Bien que coupables, les stagiaires se sentent victimes d’une réglementation absurde qu’ils dénoncent.
«Ce stage reste une sanction»
«Si vous êtes ici, c’est parce que vous avez commis une infraction, recadre immédiatement Léna Françonnet, attachée de justice auprès du procureur de la République de Metz. L’idée est de choisir la réponse pénale la plus utile. On est dans de la pédagogie et non de la répression, mais ce stage reste une sanction.»
«C’est une chance, même si pour l’instant, vous ne le voyez peut-être pas comme ça», appuie Céline Moguen, de l’association Lorraine Nature Environnement (LNE). Organisée une fois par an avec l’Office français de la biodiversité, LNE et l’Adeppa (Association départementale d’éducation populaire et de plein air), cette journée de sensibilisation vise à donner des clefs pour mieux appréhender l’importance de la protection de l’environnement. Face à la défiance des stagiaires, «il y a des règles et elles sont les mêmes pour tout le monde», martèle Céline Moguen. Elle rappelle qu’en 2025, selon le bilan statistique de la Sécurité intérieure, 44 700 atteintes à l’environnement ont été enregistrées, auxquelles s’ajoutent 41 000 infractions pour dépôts sauvages d’ordures. Des chiffres impressionnants, en hausse.
Sébastien Mougenez, chef de l’Office français de la biodiversité (OFB) en Moselle, explique son rôle de police de l’environnement, exercée sous l’autorité du procureur de la République. Et rappelle l’effondrement de la biodiversité : «En cinquante ans, 70 % de la faune sauvage a disparu.» Paul*, agriculteur, réagit : «C’est vrai, quand on était gamins on voyait quand même plus d’insectes…»
Petit à petit, le message, qui vise à responsabiliser les auteurs d’infractions, fait son chemin. D’autant que l’après-midi, les stagiaires découvrent le site de l’Adeppa et ses missions d’éducation à l’environnement. Et, miracle, au contact des animaux, les mines renfrognées se détendent, les questions fusent et les échanges se tissent. «C’est toujours comme ça, sait d’expérience Adrien Tran, responsable pédagogique de l’Adeppa. Le matin, les gens n’admettent pas trop d’être là. L’après-midi se passe mieux, parce que j’essaye de faire de l’écologie pratique, de ne pas être dogmatique.»
Une façon de faire qui plaît aux stagiaires, essentiellement – et paradoxalement – de fins connaisseurs de la nature, souvent chasseurs ou agriculteurs. «C’était intéressant, je pense qu’on fera plus attention maintenant», reconnaît, en fin de journée, l’un d’eux. Pour d’autres, la démarche n’a pas porté ses fruits : «Je suis persuadé d’avoir perdu mon temps, ça ne m’a rien apporté», reconnaît sans ambages Jacques*. Il aura au moins gagné une chose : à la suite de cette journée, les poursuites engagées sont levées. Une manière, aussi, de désencombrer des tribunaux surchargés.
*Les prénoms ont été modifiés