Comment Metz est devenue la capitale de l’événementiel
Des Terres de Jim à l’accueil du pape, Metz vient de vivre un mois exceptionnel. Des événements qui viennent couronner la politique d’attractivité enclenchée depuis l’arrivée du TGV en 2007.
«On a l’Arsenal, la cathédrale, Metz capitale!» À l’approche du derby, les supporters du FC Metz vont devoir remettre au goût du jour leur chanson tant leur ville a pris ces derniers temps une nouvelle dimension. Depuis que les Dragonnes de Metz Handball ont marché sur l’Europe le 7 juin à Budapest, plus rien ne semble impossible à la préfecture mosellane. Un état de grâce symbolisé par la venue de Léon XIV le 28 septembre. Ce cadeau tombé du ciel «équivaut dans ses effets à une campagne de communication à 50 millions d’euros», décrit le maire, François Grosdidier. Avec près de 334 000 entrées à la cathédrale de début juin à fin septembre (+9 %), l’effet pape s’est fait ressentir avant même son arrivée!
Dans un autre registre, le 6 octobre, le jubilé Robert Pirès a fait de Metz la capitale du football français. Au-delà des anciennes gloires du club, l’ex-Grenat a réuni un plateau deux étoiles avec Henry, Ribéry, Eto’o, Blanc, Desailly, Lizarazu, Thuram, Makélélé, Vieira, Umtiti, Wiltord, Djorkaeff, Wenger ou Jacquet, pour ne citer qu’eux. Il ne manquait que Zizou-Christ! Du 11 au 13 septembre, avec les Terres de Jim, Metz avait déjà été la capitale agricole du pays. Après avoir été en 2025 celle de la gastronomie lors de l’accueil du Guide Michelin. Deux manifestations orchestrées par le Département. La Métropole en a aussi fait la capitale des aérostiers en accueillant la Gordon-Bennett, plus grande course au monde en ballons à gaz. Et si la ville a perdu son Moselle Open, elle se prépare à accueillir un Open Metz-Grand Est prometteur.
Ce qui aurait pu paraître impensable il y a vingt-cinq ans relève aujourd’hui du domaine du possible. Metz n’est plus une ville étape où les touristes du nord de l’Europe font une pause sur l’autoroute des vacances. Elle est devenue une destination où la moyenne des nuitées s’élève désormais à quatre jours. Un résultat qui est le fruit, il faut le souligner, d’un joli travail mené main dans la main et pas après pas par les sphères politiques et économiques locales.
Des éléments déclencheurs
Plusieurs éléments ont servi de déclencheurs. Le premier est l’arrivée du TGV en 2007, qui a fait de Metz la banlieue de Paris. Le deuxième est d’avoir obtenu sous Jean-Marie Rausch la première délocalisation du Centre Pompidou (315 000 visiteurs en 2025), inaugurée en 2010. Avec elle, Metz s’offre une nouvelle image, passant du statut de ville de garnison grisâtre à celui de ville culturelle avant-gardiste. Et les touristes découvrent la luminosité de sa pierre jaune de Jaumont. En 2018, un nouveau palier est franchi avec l’inauguration du centre des congrès du tandem Dominique Gros/Jean-Luc Bohl. Jugé trop coûteux par certains, il était pourtant le chaînon manquant. Son emplacement idéal, entre la gare et Pompidou, en fait un navire amiral pour le tourisme d’affaires et l’accueil d’événements d’ampleur comme le G7 de l’environnement en 2019, Le Guide Michelin ou le pape.
Le soutien des privés
Dans le même temps, les privés croient au potentiel de la ville. Le stade Saint-Symphorien fait sa mue sous l’impulsion de l’industriel Bernard Serin, s’offrant une tribune sud enfin digne de son rang, même si celui-ci oscille entre Ligue 1 et Ligue 2. Le parc hôtelier fait de même. Le groupe Heintz Immobilier investit dans sept établissements. Le huitième, sur un créneau plus luxueux, est en gestation place de la Comédie. Alors que d’autres investisseurs locaux déroulent le tapis rouge à un autre hôtel emblématique : celui imaginé par le designer Philippe Starck.
En se dotant de machines de guerre comme Inspire Metz (lancée par le duo Gros-Bohl) ou Moselle Attractivité, la Métropole et le Département de Patrick Weiten ont aussi fait un choix judicieux pour faire rayonner le territoire. Alors que le festival Constellations, lancé par les équipes de Dominique Gros, est aussi devenu une tête de proue (deux millions de festivaliers cet été!). Si l’on ajoute à cela la parfaite exploitation par les politiques de deux figures locales : Robert Schuman, à l’origine de la venue du pape, et Jean-Marie Pelt, le pape de l’écologie urbaine, on comprend mieux pourquoi Saint-Symphorien va encore chanter longtemps «Metz capitale!».
Philippe Marque (Le Républicain lorrain)