L’ABBL salue l’arrivée de Wero

Ananda Kautz, membre du comité de direction de l’Association des banques et banquiers Luxembourg (ABBL), décrypte les enjeux et les conséquences du déploiement de Wero, une bonne nouvelle pour le Grand-Duché et l’Europe selon elle.

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Pour Ananda Kautz (au premier plan), le déploiement de Wero est notamment une bonne nouvelle pour les transactions transfrontalières.
Pour Ananda Kautz (au premier plan), le déploiement de Wero est notamment une bonne nouvelle pour les transactions transfrontalières.

Wero se présente comme une solution de souveraineté européenne. Qu’en pensez-vous ?

Ananda Kautz : Nous entendons souvent parler de solutions de souveraineté, mais ce concept reste un peu flou. Avec Wero, nous avons, cette fois, un projet concret puisqu’il s’agit d’une solution de paiement conçue par des banques européennes, dont les luxembourgeoises. C’est très stratégique, puisque le paiement est une infrastructure essentielle pour les économies.

Il est donc intéressant d’avoir une solution qui s’appuie sur des outils européens très efficaces, tels que les paiements instantanés avec le virement SEPA déployé en 2025 autour d’un nouveau règlement européen. Néanmoins, l’objectif n’est pas d’être en concurrence avec les autres moyens de paiement (NDLR : les solutions américaines), mais d’élargir le choix sur le marché.

Est-ce lié au projet d’euro numérique en cours de développement par la Banque centrale européenne ?

Non, ce sont deux choses différentes. Wero est vraiment une solution privée portée par l’industrie bancaire qui utilise les moyens de paiement et les comptes bancaires existants, tandis que l’euro numérique, qui n’est encore qu’un projet, serait une monnaie publique. Dans ce cas, c’est la monnaie qui devient numérique, pas l’outil. Les deux peuvent néanmoins être complémentaires, car l’euro digital va devoir être distribué par des prestataires de services de paiement (PSP), soit des entités qui proposent des solutions de paiement.

Wero va-t-il réduire l’utilisation des espèces ?

Il y a déjà une tendance à la diminution de l’usage du cash, même s’il reste important et que la mise en place de l’euro numérique prévoit des règlements afin de maintenir obligatoirement les espèces. Il n’y a aucune volonté de la part du secteur ou de la Banque centrale européenne d’y mettre fin. La tendance reste tout de même à la baisse, puisque l’on achète de plus en plus en ligne et que l’on paie à l’aide de QR codes ou de Wero. Cela permet en effet de payer ou de recevoir de l’argent facilement. C’est un changement d’usage comme, plus ou moins, l’invention des cartes de crédit, qui était une solution extrêmement appréciée par les commerces.

Pour Wero, le Grand-Duché est-il un marché stratégique ?

Ce n’est clairement pas la taille du pays qui rend le marché si attrayant, c’est surtout l’attractivité par rapport aux transactions transfrontalières. Nous sommes l’un des pays qui compte le plus de transactions transfrontalières, avec l’usage quotidien d’une main-d’œuvre frontalière et mobile. Wero est déjà disponible en Allemagne, en Belgique et en France, ce qui représente 55 millions d’utilisateurs, et nous sommes au cœur de ces trois pays. Et si l’on ajoute le Luxembourg et les Pays-Bas, où Wero se développe aussi, on estime que ces cinq pays représentent 65 % du volume des paiements européens.

Payconiq, qui avait un fort ancrage local, devait nécessairement être absorbé par Wero ?

Oui parce que la France, la Belgique et les Pays-Bas avaient aussi leur propre façon de payer par mobile. C’était problématique que chaque pays ait sa propre solution et qu’elle ne soit pas utilisable en dehors de ses frontières. L’objectif est d’avoir un seul outil qui permettra l’interopérabilité avec d’autres solutions paneuropéennes en place dans certaines régions. Wero a en effet annoncé une collaboration avec des pays nordiques et avec EuroPA, une solution utilisée en Italie, au Portugal, en Espagne et en Andorre.

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