[Musique]

Les Francofolies, de la forêt à la ville

En lançant sa sixième édition ce jeudi avec des mini-concerts en ville, le festival rappelle son attachement à Esch-sur-Alzette, avec laquelle il collabore étroitement. Un ancrage territorial qui fait partie de son ADN et de ses préoccupations. Analyse.

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20260606, Affiche Francofolies, Belval
20260606, Affiche Francofolies, Belval

C’est une première : jeudi, pour le lancement de sa sixième édition, les Francofolies proposent une brochette de onze artistes qui vont investir les cafés emblématiques d’Esch-sur-Alzette : le Drupi’s, le Pitcher et le Casablanca. Fidèle partenaire, la Kulturfabrik s’ajoute à l’affaire. Sur scène, pour des «showcases» de 30 minutes, on trouve une large majorité de Luxembourgeois, des plus renommés (Bartleby Delicate, Cosmokramer) aux moins évidents (Dori, Marcy, Maryana). Dans le lot, il y a même un Québécois, Adam El Mouna, qui apporte sa touche nord-américaine à la palette.

Une initiative qui répond à une triple nécessité : renforcer le réseau professionnel des partenaires (notamment avec M pour Montréal), mettre en avant les musiciens nationaux et, surtout, continuer de rapprocher la manifestation du centre-ville, elle qui a pris ses quartiers sur les hauteurs, dans le parc du Gaalgebierg. Pour mémoire, lors d’une première édition bâclée en 2018, la place de l’Hôtel-de-ville avait eu le droit à une grande scène, tandis que l’Escher Theater et la Rockhal apportaient déjà leur soutien.

Un modèle «gagnant-gagnant»

«Le but, c’est de faire rayonner Esch, clame Loïc Clairet, directeur du festival. On pourrait se frotter les mains, se satisfaire des 15 000 personnes qui viennent chaque jour. Mais ce serait trop vite oublier que ce projet, il existe pour la ville. Elle en est partie prenante. C’est son festival!» L’échevin à la Culture Pim Knaff, instigateur des Francofolies et jusque l’année dernière son président, rembobine : «Avec l’organisation d’Esch 2022, on voulait un autre évènement qui, en parallèle, montrerait ce qu’Esch est capable de faire». D’autant plus évident que la capitale des «Terres Rouges» est, historiquement, une ville de musique, poursuit-il.

La ville est partie prenante. C’est son festival!

Peu de temps avant l’épidémie de covid, le premier organisateur des Francos est alors remercié, et une nouvelle ère s’ouvre avec Loïc Clairet, embauché justement pour sa capacité à «développer des territoires», lui qui s’était illustré par le passé à Mons en 2015, capitale européenne de la culture. «C’est ma spécialité, confirme-t-il. À chaque fois que je me lance dans un projet, je pense à la ville, à son développement, à son image, à son attractivité… On parle tout de même d’une commune qui va accueillir entre 15 000 et 20 000 nouveaux habitants d’ici quelques années», appuie-t-il, évoquant un modèle «gagnant-gagnant». «Il faut rendre cela tangible pour tout le monde.»

Concrètement, cette collaboration s’inscrit d’abord d’un point de vue financier. La ville d’Esch-sur-Alzette contribue cette année au budget du festival à hauteur de 39 % (1,6 million d’euros), surtout pour «garder le billet à un prix abordable». Loïc Clairet rappelle au passage que la subvention communale, en 2021, était supérieure à celle apportée par les Francofolies, avant de s’équilibrer deux ans plus tard grâce aux recettes générées par les entrées et la restauration sur place. Évidemment, en contrebas, les retombées sont également non négligeables. «Plus de 80 % de ce que l’on dépense se fait sur le secteur de la Grande Région, la ville d’Esch comprise», détaille Loïc Clairet d’après une étude d’impact réalisée en 2024.

Des bénévoles «grands rêveurs»

Et c’est compter sans l’aspect touristique, avec les hôtels qui, pour la plupart, affichent complet, tout comme les parkings, les campings… «Surtout que les gens, pour une bonne moitié d’entre eux, ont l’intention de revenir plus tard» à Esch, lâche le directeur du festival, nouvelle enquête à l’appui. Pim Knaff a également consulté les chiffres, mais il préfère les échos du terrain. «Des commerçants me disent qu’il n’y a aucun impact, et d’autres sont contents. Ma seule certitude, c’est que les Francofolies n’ont aucune incidence sur la vente de prêt-à-porter», rigole-t-il, enviant toutefois, soudainement plus sérieux, le «modèle» de La Rochelle, avec ses fêtes dans toute la ville. Mais la Métropole du fer n’a pas l’océan «comme allié».

Les Francofolies n’ont aucune incidence sur la vente de prêt-à-porter

Finalement, si cette coopération s’observe à l’œil nu, aussi bien à travers la venue du public (plus de 40 000 sur trois jours) que les activités «hors murs» du festival (ce samedi, l’Orchestre du Conservatoire d’Esch-sur-Alzette s’associe au duo Terrenoire), c’est dans ce qui ne se voit pas qu’elle est encore plus parlante. En coulisses, les Francos s’associent ainsi avec le CIGL (association qui aide des personnes sans emploi à retrouver un travail et à se réinsérer dans la vie sociale) et avec la Hëllef um Terrain, anciennement Caritas. Une approche sociale qui s’observe encore avec ses bénévoles, réunis sous l’appellation des «Grands Rêveurs». «On leur apporte des compétences et le moyen de porter des projets… Et forcément, la ville en profite!», explique Loïc Clairet, qui parle de 3 500 personnes impliquées dans ce «réseau», dont 800 personnes pour le seul festival cette année.

Le toboggan, c’est cadeau!

À cela se mêlent les services communaux : celui des espaces verts, des eaux, de la circulation… «Toute la ville se retrousse les manches pour ces festivités, dit Pim Knaff. Et on veut que cette dynamique se maintienne. C’est important de montrer qu’une commune peut, le temps d’un évènement, s’investir totalement. Chacun y met du sien et, au bout, est responsable de sa bonne réussite.» D’ailleurs, Loïc Clairet mentionne que deux membres de son équipe sont attachés spécialement aux «relations avec les habitants». «On n’est pas sur de la relation publique. On est là pour rencontrer les gens, mettre en avant les savoir-faire du territoire, qu’ils soient utilisés de la meilleure des façons.»

À ce propos, qu’en pensent les résidents, les principaux concernés? Le directeur pose d’emblée le problème : «Quel que soit ce que l’on organise, et l’endroit où on va le faire, on va toujours embêter des gens». La rumeur dit que les habitants sont agacés par le passage des camions rue du Stade, par le fait de ne pas trouver de places où se garer, et que le festival les prive, un mois durant, du parc du Gaalgebierg. «Une semaine en réalité, corrige Loïc Clairet. On ne ferme pas tout d’un coup, mais zone par zone.» «On sait que leur quotidien est changé, enchaîne-t-il, mais l’important, c’est d’être à l’écoute et de s’organiser en conséquence.» Pim Knaff souffle : «Le festival a ses amis, ses adeptes et ses critiques. Il y a toujours de petits accrochages. Le plus important, c’est d’en avoir le moins possible (il rit)».

En tout cas, le politique coupe court aux discussions, vaines selon lui, sur l’emplacement des Francofolies : «C’est, sans l’ombre d’un doute, l’endroit le plus adapté pour faire le festival que l’on désire :à taille humaine, écologique, en pleine verdure. Ça rappelle aussi qu’Esch-sur-Alzette est une ville verte. Si le parc est d’habitude vu comme une place de récréation, durant trois jours, il devient alors une place de récréation musicale à un prix abordable!», s’amuse-t-il dans un sens de la formule. Loïc Clairet ajoute justement que le festival a investi cette année dans un toboggan qui, après ce week-end, restera dans le Gaalgebierg «ad vitam æternam». «Preuve qu’on ne fait pas qu’embêter!», conclut-il, généreux.

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