[Cinéma]

Festival de Cannes : cinéma national et enjeux cannois

La traditionnelle journée luxembourgeoise organisée par le Film Fund au festival de Cannes s’est tenue samedi. L’occasion de faire le point sur les enjeux du secteur, déterminé à affirmer toujours plus sa vivacité malgré les difficultés.

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Les professionnels du secteur réunis à Cannes, samedi, lors de la traditionnelle journée luxembourgeoise.
Les professionnels du secteur réunis à Cannes, samedi, lors de la traditionnelle journée luxembourgeoise.

Vue du Luxembourg, la traditionnelle journée du secteur national de l’audiovisuel ressemble à une version miniature de l’idée qu’on se fait généralement du festival de Cannes, à mi-chemin entre la grande réunion de travail décontractée et le rendez-vous mondain aux enjeux très sérieux. Comme la centaine d’autres pays représentés dans les pavillons du Village international, le long de la plage du Palais des festivals, celui du Luxembourg est un lieu d’échange, de rencontres, de publicité… Des accords entre pays y naissent, des projets cinématographiques y sont lancés : chaque année, une part non négligeable du rayonnement de l’industrie cinématographique luxembourgeoise et de son futur se joue ici.

Joint par téléphone samedi, le directeur du Fonds national de soutien à la production audiovisuelle, Guy Daleiden, ne peut que s’en féliciter : «Quand je vois toutes les sociétés réunies, à travers les producteurs, les comédiens, les techniciens qui sont là, j’admire la solidarité et la proximité qui existent entre toutes les branches du secteur pour nous aider à défendre les intérêts culturels et cinématographiques du Luxembourg. Ensuite, quand je vois l’intérêt des partenaires internationaux et des visiteurs qui défilent chaque jour et viennent s’informer sur ce qu’on fait au pays, ça me rend extrêmement fier. Notre industrie est née il y a quarante ans, donc avec 80 ans de retard dans l’histoire du cinéma; on peut être fier du résultat.»

Si l’on préfère juger la réussite de l’industrie nationale à ses récompenses internationales, on tirera un constat similaire – un exemple récent mais non moins historique reste la Palme d’or remportée il y a un an par Un simple accident, du cinéaste iranien Jafar Panahi et coproduit au Luxembourg par Bidibul Productions, avec le soutien du Film Fund. «Je crois que mes collègues et amis en ont marre de m’entendre répéter d’année en année que c’est exceptionnel d’avoir autant d’œuvres sélectionnées et primées à Cannes, Venise, Berlin, Annecy et ailleurs», sourit Guy Daleiden. «Mais pour un pays qui ne produit qu’une douzaine de longs métrages par an, je ne cesserai de dire que, oui, c’est exceptionnel de les voir aussi bien représentés.»

Renouveau en cours

Les récompenses sont un aboutissement, du moins la fin d’un cycle en constante ébullition. Réuni début mai pour la deuxième fois de l’année, le comité de sélection attribuant les aides financières sélectives (AFS) soutient 24 nouveaux projets : 10 longs métrages live, 3 longs métrages d’animation, 2 longs métrages documentaires, 2 séries live, 1 série d’animation, 1 court métrage live et 5 projets XR. Tandis qu’à Cannes on prépare l’avenir, entre autres grâce à «l’intérêt» de pays amis pour le Luxembourg et son secteur cinématographique.

Samedi, Guy Daleiden a signé avec le directeur du Centre du film islandais, Gísli Snær Erlingsson, le premier traité de coproduction entre le Luxembourg et l’Islande, d’une durée initiale de cinq ans, puis une convention de coopération avec la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (Sodec), qui renforce pour les trois prochaines années la coopération qui unit déjà étroitement les industries des deux territoires, notamment dans le domaine de l’XR, dont le Luxembourg est pionnier et aujourd’hui «à la pointe du progrès».

La diversité a toujours été notre manière d’exister

«Qu’elle soit majoritaire ou minoritaire, on reste un pays de coproduction», souligne le directeur du Film Fund. «En tant que tel, la diversité a toujours été notre manière d’exister, à tous les niveaux, y compris donc dans nos collaborations à l’international.» D’un autre côté, cela permet aux talents luxembourgeois d’avoir une présence de plus en plus affirmée et reconnue sur les coproductions. Présent à la journée luxembourgeoise samedi, le ministre de la Culture, Eric Thill, a rappelé son engagement en faveur du secteur, notamment à travers la loi de financement et son soutien à hauteur de 180 millions d’euros sur quatre ans. Il a également indiqué que les règles des AFS sont en cours d’adaptation afin de renforcer la présence d’artistes et techniciens luxembourgeois dans les projets bénéficiant de ces aides.

Le renouveau est déjà en cours : au Marché du film, le tremplin «PÖFF Goes to Cannes» a mis en avant samedi Dead Dad Girl, premier film de Stephen Korytko, production majoritairement luxembourgeoise (Samsa Film) et soutenue en AFS pour 79 % de son budget global d’environ 3 millions d’euros. Pour Guy Daleiden, cela témoigne de la bonne réalisation de la «philosophie portée depuis dix ans» par le Film Fund, celle de «faire majoritairement des films minoritaires, jusqu’à ce qu’on puisse faire majoritairement des films majoritaires». Un exemple parmi d’autres, comme «Loïc Tanson ou Laura Schroeder qui sont en train de se faire un nom», ce qui annonce, selon le directeur, «davantage de cinéastes luxembourgeois et de productions majoritaires dans le futur».

Double perturbation

Il y a malgré tout un voile dans le ciel bleu de l’industrie cinématographique nationale. En mars, Paul Thiltges Productions, société pionnière dans le secteur, a déclaré faillite, laissant des productions inachevées et beaucoup d’impayés, tant chez des professionnels au Luxembourg qu’auprès de partenaires étrangers. Dans la foulée, les studios Filmland ont annoncé leur fermeture au 31 juillet.

«Tout cela a perturbé le secteur», note Guy Daleiden. Malgré «des studios de Kehlen jamais entièrement exploités» – la principale raison de leurs problèmes financiers –, leur présence apportait une «visibilité» et une «attractivité» évidentes lorsqu’on parle de coproductions. «Studio ou pas, au Luxembourg on tourne énormément en extérieur ainsi que dans des lieux publics et privés», indique néanmoins le directeur du Film Fund. La disparition de Filmland «est grave», mais les ajustements qu’elle implique n’empêchera en rien le Luxembourg et son industrie du film de «montrer toute sa richesse», relativise-t-il. «Ça arrive dans tous les secteurs, dans tous les pays. Il faut faire avec.»

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