Eva Marija, représentante à l’Eurovision : «La polémique sur le plagiat m’a surprise»

Le Luxembourg peut-il déjouer les pronostics? Alors que les bookmakers restent prudents, Eva Marija, est déjà à pied d’œuvre à Vienne pour les répétitions de la demi-finale de l’Eurovision prévue jeudi soir. Son objectif : se qualifier pour la grande finale.

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Eva Majira s'est confiée au «Quotidien» quelques semaines avant son départ à Vienne. (Photos : alain rischard)
Eva Majira s'est confiée au «Quotidien» quelques semaines avant son départ à Vienne. (Photos : alain rischard)

Depuis une semaine, Eva Marija est à Vienne, où elle représentera le Luxembourg à l’Eurovision. Préparation, rencontres, répétitions… Le marathon du concours a commencé.

Enfin, il a déjà débuté au Grand-Duché. Entre concerts dans le pays et apparitions sur les réseaux sociaux, la jeune chanteuse avait déjà un pied sur la scène de l’Eurovision.

Deux semaines avant son départ, nous avons rencontré l’artiste dans les locaux de RTL, chaîne productrice de l’évènement. L’occasion pour la jeune femme âgée de 20 ans de partager son ressenti et de revenir aussi sur la polémique déclenchée par les accusations de plagiat.

Tout juste après sa victoire, des experts du monde musical avaient observé des similarités entre sa chanson, Mother Nature, et Keeping Your Head Up de Birdy. Si aucun plagiat n’a été confirmé, il n’en reste pas moins que cette controverse a fait l’effet d’un «Eurodrama» dans le milieu.

Jeudi soir, à l’occasion de la demi-finale de l’Eurovision, Eva Marija devra montrer que cette histoire fait bien partie du passé et déjouer les pronostics des bookmakers qui ne la voient pas parmi les favoris.

L’enjeu n’est pas des moindres : une place pour la grande finale qui aura lieu samedi à Vienne. Un show tout en paillettes qui devra aussi faire face aux revendications politiques.

En cause : la participation d’Israël. Quelques mois avant le lancement de la nouvelle édition, certains pays, comme l’Espagne, ont indiqué ne pas souhaiter participer à l’Eurovision cette année.

Au Luxembourg aussi, 25 artistes ont appelé au boycott en signant la pétition «No Music for Genocide».

Dans quelques jours aura lieu la demi-finale de l’Eurovision à Vienne. Comment vous sentez-vous?

Eva Marija : Je suis très impatiente de faire partie d’un évènement de cette ampleur. C’est vrai qu’en ce moment je suis très occupée, un peu fatiguée même, mais j’ai très hâte de voir ce qu’il va se passer. Je pense que cela sera deux semaines intéressantes et intenses (NDLR : Eva Marija est arrivée le 3 mai à Vienne).

La scénographie que vous avez proposée lors de la finale du Luxembourg Song Contest sera-t-elle reconduite à l’Eurovision?

Nous avons apporté quelques modifications. Elle sera forcément plus impressionnante qu’en janvier. Nous avons haussé le niveau. Même si certaines choses ont changé, l’univers et l’ambiance générale seront identiques. Moi aussi, en tant qu’artiste, j’ai évolué au cours des derniers mois. C’est intéressant de voir ces changements dans la chorégraphie et la scénographie visuelle.

Même si j’adore Birdy, elle n’était pas une référence

Comment avez-vous vécu les premiers mois après votre victoire au Luxembourg Song Contest. Lors de la conférence de presse qui avait suivi, vous aviez déclaré que vous étiez comme paralysée à l’annonce des résultats.

Ah oui, clairement! (Elle rit). Je ressentais tellement d’adrénaline que je n’arrivais pas à bouger mes mains. Mais quand j’ai pris le micro, tout est revenu. Mon médecin m’a dit de prendre beaucoup de magnésium (…). Depuis janvier, on peut dire que c’est un vrai marathon.

La jeune femme âgée de 20 ans étudie la musique et l’écriture de chansons à Londres.
La jeune femme âgée de 20 ans étudie la musique et l’écriture de chansons à Londres.

Que représente pour vous le fait de représenter le Luxembourg à l’Eurovision? Quel lien avez-vous avec ce pays?

Je suis née et j’ai grandi dans ce pays, on peut dire que le Luxembourg est comme « ma maison ». Tous mes amis et ma famille vivent ici. C’est aussi au Grand-Duché que j’ai commencé mon éducation musicale. Je suis montée pour la première fois sur scène au Grand-Duché. Lors de mon premier concert, j’avais tout juste sept ans.

Participer à l’Eurovision à tout juste 20 ans est déjà un premier aboutissement dans votre jeune carrière?

Absolument, c’est le plus grand projet que j’aie fait actuellement. C’est quelque chose d’extraordinaire de jouer sur une scène comme celle de l’Eurovision. C’est un très bon début de carrière qui s’offre à moi et j’ai hâte de voir ce qu’il va se passer dans le futur.

Je représente tous les enfants internationaux du Luxembourg

Justement, vous avez peur de l’après-Eurovision?

Non, pourquoi aurais-je peur? Je pense que si vous aimez votre art et si vous êtes passionné, que vous travaillez dur, le succès vient de lui-même.

Votre chanson Mother Nature a été écrite exclusivement en anglais. Un choix qui vous démarque de vos prédécesseurs, mais qui a fait aussi débat.

Même si je parle français, la langue dans laquelle je me sens le plus à l’aise pour exprimer mon art et mes émotions, c’est l’anglais. À travers cette chanson, je voulais expliquer qui j’étais vraiment. J’ai également fréquenté une école européenne où j’étais dans une section anglaise.

Depuis sa victoire au Luxembourg Song Contest, «c’est un vrai marathon» pour l’artiste.
Depuis sa victoire au Luxembourg Song Contest, «c’est un vrai marathon» pour l’artiste.

Toujours en parlant de langues, on vous a reproché aussi de ne pas parler luxembourgeois.

Je parle un peu luxembourgeois et j’essaie toujours de l’intégrer de temps en temps. Mais bien sûr, cela dépend aussi de l’école que vous avez fréquentée. J’ai des parents slovènes, je suis allée à l’école européenne et donc je pense que cette année, je représente tous les enfants internationaux du Luxembourg. Beaucoup d’entre nous ici se sentent luxembourgeois, même si nous n’avons pas, en raison du système de l’école, eu l’opportunité d’apprendre cette langue de manière plus fluide. Mais ce n’est pas trop tard. Je suis encore en train de l’apprendre.

La chanson Mother Nature, qui a été composée lors d’un « Songwriting Camp » à la Rockhal, a été accusée de plagiat pour sa forte ressemblance avec Keeping Your Head Up de Birdy. Comment avez-vous vécu ce moment?

Quand la polémique est sortie, je me suis dit : « Oh non, je ne veux pas que le public pense que je copie quelqu’un d’autre ». Car c’est faux, je fais attention à mon art et à l’écriture des chansons, une matière que j’étudie à Londres d’ailleurs. Mais cela m’a surprise.

Il est vrai que parfois lors des sessions d’écriture de chansons, on peut avoir des références qui vont inspirer la chanson. Même si j’adore Birdy, elle n’était pas une référence. La nôtre était Aurora (NDLR : il s’agit d’une autrice, compositrice-interprète et musicienne norvégienne). Je pense que l’on peut voir cette inspiration dans l’ambiance folk présente dans Mother Nature (…). La chanson a été vérifiée par un expert, nous voulions être certains qu’il n’y avait pas de plagiat.

Vous connaissiez la chanson de Birdy sortie en 2015?

Oui, bien sûr, elle est super cool, je l’adore! Je suis vraiment honorée que le public trouve que les deux chansons s’accordent bien.

Votre chanson a-t-elle été modifiée depuis la polémique?

Non, car ce n’est pas du plagiat.

Cette controverse peut-elle avoir des conséquences négatives sur votre participation à l’Eurovision?

Non, car je crois en cette chanson magnifique. Je pense qu’elle a du sens, qu’elle a une vie propre. Je sais qu’il y a des personnes qui l’aiment et c’est le plus important pour moi. Je fais attention à ne pas trop regarder les commentaires des haters, mais plutôt ceux qui sont positifs. Je me sens très soutenue, très aimée et je suis contente que les gens puissent se rappeler mon message.

L’Eurovision devient un évènement très politique. Vingt-cinq artistes luxembourgeois ont décidé de boycotter le concours pour protester contre la participation d’Israël. Qu’en pensez-vous?

Je comprends complètement cela et je le respecte. Mon objectif à travers ma participation est aussi de mettre en avant les valeurs d’amour et de paix et de montrer qu’il y a des artistes qui attachent de l’importance au bonheur dans le monde.

Êtes-vous en contact avec les candidats des autres pays? Si oui, y en a-t-il que vous préférez?

J’ai écouté leurs chansons. Humainement, ils sont aussi très sympas. J’ai rencontré la représentante de la France, Monroe, à Amsterdam pour un évènement. Elle est très douce, et surtout ce qu’elle fait à son âge (NDRL : 17 ans), c’est vraiment fou (…). C’est super de pouvoir partager avec d’autres artistes l’expérience incroyable que nous vivons.

Cette année, ce sont aussi les 70 ans de l’Eurovision. Quelle chanson ou quel artiste vous ont-ils le plus marquée?

Il y en a beaucoup. Mais si je devais choisir, je dirais Alexander Rybak avec sa chanson Fairytale (NDLR : l’artiste norvégien a remporté l’Eurovision en 2009). C’est grâce à lui que j’ai commencé à jouer du violon en 2009. J’avais à peine trois ans (…). Je ne l’ai pas encore rencontré en vrai, mais nous nous sommes envoyé des SMS dans le but, un jour, de faire quelque chose ensemble.

Quel est votre objectif pour l’Eurovision? Une victoire est-elle possible?

L’autre jour, j’ai eu une conversation avec mon producteur. Je regardais les classements et je me disais qu’une victoire serait un peu surprenante. Mais il m’a dit : « Eva, pourquoi tu es là? » Pour participer à une compétition, représenter un pays. Et puis, il m’a répété : « Les classements changent tout le temps ».

Repères

État civil. Eva Marija est née au Luxembourg le 24 décembre 2005 de parents slovènes.

Formation. De 2010 à 2023, elle fréquente l’école européenne Luxembourg II à Bertrange où elle obtient un baccalauréat européen. De 2013 à 2023, elle étudie au Conservatoire de Luxembourg où elle apprend le jazz, le rock, la pop. Elle s’essaie à certains instruments comme le violon ou le piano. Elle est également titulaire d’un bachelor en «songwriting» à l’Institute of Contemporary Music Performance à Londres.

Carrière. Eva Marija se produit sur scène depuis l’âge de sept ans dans des comédies musicales, des chorales et d’autres spectacles au Luxembourg, au Royaume-Uni, en France, en Slovénie et en Croatie. En 2022, elle a assuré la première partie de Serge Tonnar à la Kulturfabrik. En 2023, à l’âge de 17 ans, elle sort son premier single, Toxic Trait. Elle a participé à plusieurs festivals au Luxembourg et se produit chaque semaine à Londres depuis 2024. En 2025, elle sort deux nouveaux singles, Time to Go et Sweet Child.

Eurovision. À l’été 2025, elle participe aux ateliers d’écriture de chansons pour l’Eurovision. C’est là qu’est née la chanson Mother Nature. Fin janvier, elle remporte le Luxembourg Song Contest face à sept autres candidats à la Rockhal. Elle représentera jeudi le Luxembourg pour décrocher une place en finale. Elle devra figurer dans les dix premiers parmi quinze pays concurrents.

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