Eurovision : à Vienne, une 70e édition sous haute tension
L’Eurovision célèbre ses 70 ans dans la capitale autrichienne, mais l’ambiance est loin d’être uniquement au diapason.
Le plus grand concours musical en Europe souffle ses 70 bougies cette semaine à Vienne. Cette année, l’édition anniversaire est de nouveau sous haute tension. La raison? La controverse liée à la participation d’Israël.
Bien avant le début du concours, au mois de décembre, plusieurs pays avaient annoncé leur retrait du show musical. Et pas n’importe quelles nations. Parmi elles, l’Espagne, l’un des pays fondateurs, l’Irlande, la Slovénie, les Pays-Bas et l’Islande.
Hier, les trois premiers ont même annoncé qu’ils ne le diffuseraient pas – le groupe slovène RTV retransmettra à la place de la finale samedi… un programme consacré aux Palestiniens.
Au Luxembourg, cet appel au boycott a fait aussi débat. Si le pays a décidé, pour la troisième fois, depuis son grand retour à l’Eurovision, d’envoyer un candidat à Vienne, 25 artistes du Grand-Duché ont fait le choix de s’opposer à cette édition.
Ils ont ainsi rejoint les 1 000 signataires de la tribune «No Music for Genocide». Une pétition dans laquelle les artistes reprochent à Israël la conduite de la guerre à Gaza, en représailles à l’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas sur son territoire.
Quand la politique se mêle aux paillettes
À Vienne, ancienne capitale impériale, les manifestations se mêleront à la fête. Une situation qui n’est pas nouvelle pour l’Eurovision. Depuis quelques années, la politique a bien pris sa place dans les paillettes.
Bien avant le conflit israélo-palestinien, en 2022, l’UER, l’Union européenne de radio-télévision, organisatrice de l’évènement, avait décidé d’exclure la Russie du concours après le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Le drapeau ukrainien avait été brandi fièrement par de nombreux artistes lors de cette édition. Pour autant, pour l’UER, l’Eurovision doit rester avant tout un concours musical.
Ainsi, depuis 2024, l’organisme européen a renforcé ses règles de neutralité pour éviter tout dérapage. «Les artistes s’exposent à des sanctions s’ils utilisent le concours comme une tribune politique», rappelle Dean Vuletic, chercheur spécialiste du concours.
Face à ce climat tendu, les mesures de sécurité ont été renforcées à Vienne et à la Wiener Stadthalle, la salle de spectacle qui accueillera les demi-finales mardi et jeudi et le grand show samedi soir.
Des contrôles importants, dignes de ceux des aéroports, seront réalisés. Tous les jours, 500 agents de sécurité seront déployés pour assurer la sécurité de la salle de spectacle.
Trois victoires pour l’Autriche
Sous ce climat tendu, l’Autriche accueillera pour la troisième fois le concours de l’Eurovision. C’est en 1966 que le chanteur Udo Jürgens avait offert au pays sa première victoire avec son tube Merci, Chérie.
C’est d’ailleurs au Luxembourg que l’Autrichien avait remporté son trophée à la Villa Louvigny. France Gall, gagnante un an plus tôt, lui avait remis le précieux sésame.
Il faudra ensuite attendre 48 ans pour une nouvelle victoire de l’Autriche. En 2014, c’est la drag-queen Conchita Wurst qui remporte l’édition de 2014 à Copenhague avec sa chanson Rise Like a Phoenix.
L’année suivante, la capitale autrichienne accueille l’Eurovision. Conchita Wurst, devenue une star mondiale, revient dans son fief. Mais cette année, onze ans après son sacre, la drag-queen barbue sera, semble-t-il, la grande absente du concours.
Fin janvier, l’artiste, Thomas Neuwirth de son vrai nom, avait annoncé son retrait de l’univers de l’Eurovision. «Je passe à autre chose pour me concentrer davantage sur d’autres projets professionnels et permettre à de nouvelles perspectives d’évoluer», avait-il écrit sur ses réseaux sociaux.
Sans ou avec lui, cette année, c’est l’artiste Cosmo, 19 ans, qui représentera l’Autriche au concours. Il succède au grand gagnant de l’année dernière, JJ, qui avait remporté l’Eurovision en Suisse avec sa chanson Wasted Love. Il était venu au Luxembourg en janvier dernier pour le Luxembourg Song Contest, accompagné de la chanteuse belge, Sandra Kim, vainqueure de l’Eurovision 1986.
Mais avant de connaître le gagnant à Vienne, les candidats devront se qualifier à l’issue des demi-finales, dont la première a lieu ce mardi. Eva Marija montera quant à elle sur scène ce jeudi dès 21 h pour défendre les couleurs du Luxembourg. Son objectif : décrocher une place pour la grande finale européenne prévue ce samedi soir.
Qui sont les favoris?
Alors que les premières demi-finales ont lieu ce mardi, cinq artistes se distinguent déjà.
- La Finlande, un «violon brûlant»
Parmi les 35 participants cette année à l’Eurovision, la Finlande est la grande favorite pour remporter le concours. Le duo entre la violoniste Linda Lampenius, 56 ans, et le chanteur pop Pete Parkkonen, 36 ans, fait mouche auprès du public avec le titre interprété en finnois, Liekinheitin. La Finlande n’a remporté le concours qu’une seule fois, en 2006.
- La Grèce, «la techno méditerranéenne»
La chanson Ferto d’Akylas Mytilineos évoque, sur un son dynamique et mordant, enrichi d’une identité grecque, la soif de gloire et de fortune d’un fils voulant couvrir sa mère de tout ce qui leur a manqué dans son enfance. Le chanteur de 27 ans se définit comme un artiste queer, mettant l’accent sur le besoin d’expression et d’acceptation à travers sa musique. La Grèce n’a gagné l’Eurovision qu’une seule fois, en 2005.
- Le Danemark, «l’after electro»
Søren Torpegaard Lund, un artiste de comédie musicale de 27 ans, propose avec Før vi går hjem, un titre pop en danois teinté d’electro renforcé par des effets visuels de clubbing dans une moiteur de fin de soirée. Alors qu’il est très rarement favori du concours, le Danemark a quand même remporté à trois reprises le concours, la dernière fois en 2013.
- La France, «la pop opératique»
C’est la plus jeune candidate à représenter la France à l’Eurovision : Monroe, chanteuse lyrique franco-américaine de 17 ans, interprétera Regarde!. Le titre sur l’amour, thème de prédilection de la France au concours, mêle pop, airs d’opéra et référence aux comédies musicales. Le grand public a découvert cette cantatrice aux longues tresses dans Prodiges, télécrochet diffusé sur la chaîne France 2 et dédié aux jeunes virtuoses classiques. Nos voisins français ont gagné à cinq reprises, la dernière fois en 1977.
- L’Australie, «la power ballade»
La ballade Eclipse, qui évoque un alignement amoureux des planètes, est interprétée par une valeur sûre, Delta Goodrem, 41 ans et plus de neuf millions d’albums vendus à son actif. Elle mêle l’intimité du piano à d’impressionnants crescendos vocaux, que cette coach dans The Voice Australia, par ailleurs auteure-compositrice, musicienne et actrice, maîtrise à la perfection. La notoriété sur la scène mondiale de l’artiste née à Sydney et ayant signé son premier contrat dès l’âge de 15 ans fait espérer à l’Australie, où le concours est très suivi, sa toute première victoire.
(AFP)