Après la défaite, quel avenir pour le Luxembourg à l’Eurovision?
Trois ans après son retour fracassant à l’Eurovision, le Luxembourg essuie son premier revers. Entre choix de la langue, mise en scène trop simpliste et rumeurs de plagiat, retour sur les raisons d’une élimination qui interroge.
Il y a trois ans, le Luxembourg annonçait son grand retour dans le concours de l’Eurovision, après 31 ans d’absence. Un come-back qui avait plutôt réussi au pays. Tali et son titre Fighter s’étaient classés en 13ᵉ position lors de la grande finale du concours. L’année dernière, Laura Thorn, professeure de chant au Conservatoire d’Esch-sur-Alzette, avait marqué les esprits avec son titre La poupée monte le son, une référence à France Gall, vainqueure de l’Eurovision en 1965 pour le Luxembourg. La scénographie colorée et dynamique avait hissé le pays à la 22ᵉ place lors de la finale de l’Eurovision. Mais cette année, la chanson Mother Nature d’Eva Marija n’a pas convaincu le public et le jury international. La chanteuse luxembourgeoise a échoué jeudi soir aux portes de la grande finale.
Concurrence trop rude, prestation trop simple? Quels éléments ont été en défaveur de l’artiste? Pour Fabien Randanne, journaliste et expert du concours, le choix de l’anglais, une première depuis le retour du Luxembourg, n’était pas, selon lui, la meilleure décision. «Il y a une tendance aujourd’hui pour un retour vers les langues nationales comme on peut le voir avec la Grèce, la Finlande, le Danemark qui sont d’ailleurs des favoris du concours.» Pour lui, le choix du français aurait été plus judicieux ou même celui du luxembourgeois Pour RTL, l’organisateur de l’Eurovision Luxembourg, l’anglais n’a pas joué en défaveur d’Eva Marija. «Cette chanson a été choisie par le public luxembourgeois et par les jurys internationaux. Il y avait des chansons en français durant le Luxembourg Song Contest et ce ne sont pas celles-ci qui ont été choisies», indique David Gloesener, responsable des programmes à RTL Radio et en charge de l’Eurovision.
Birdy encore citée
Quid de la prestation? Pour coller au mieux avec le message de sa chanson, Mother Nature, l’équipe d’Eva Marija avait misé sur la simplicité. Quelques effets sur la scène, seule avec son micro et son violon. «Je trouvais que c’était un peu vieillot et inspiré de choses déjà vues à l’Eurovision», confie sans filtre Benoit Blaszczyk, grand fan du Luxembourg qui suit depuis son retour le Grand-Duché à l’Eurovision. «La simplicité n’est pas forcément un mauvais point. Mais sans doute que la chanson n’avait pas assez d’aspérités pour se démarquer (…). Malgré cela, je pensais qu’elle pouvait se qualifier pour la finale. Le côté « princesse » aurait pu plaire aux enfants, mais l’orientation artistique n’a pas trouvé son public», regrette Fabien Randanne. Pour RTL, le niveau «très élevé de la demi-finale» n’a pas aidé la Luxembourgeoise. «Il y avait beaucoup de très bonnes chansons», indiquait jeudi soir la cheffe de la délégation, Elizabeth Conter.
Sur les réseaux sociaux, la prestation d’Eva Majira a aussi divisé. Si certains notent «une prestation simple et authentique», d’autres évoquent une ressemblance avec la chanteuse Birdy. Quelques jours après la victoire de la chanteuse au Luxembourg Song Contest, la chanson Mother Nature, qui a été composée lors d’un «Songwriting Camp» à la Rockhal, a été accusée de plagiat pour sa forte ressemblance avec Keeping Your Head Up, titre sorti en 2015. Cette polémique a-t-elle joué dans la défaite d’Eva Marija? «Absolument pas. Toutes les chansons ont eu des polémiques à un moment ou à un autre sur plein de choses», répondait jeudi soir après l’élimination Elizabeth Conter.
Un avenir compromis?
Mais la défaite du Luxembourg pose aussi plusieurs questions. La première : les critères de sélection du LSC vont-ils être revus? Pour RTL, aucun changement n’est prévu pour l’instant. La nationalité luxembourgeoise, obligatoire pour participer au concours, ou encore les liens avec la scène musicale grand-ducale restent toujours d’actualité. Exit donc l’idée de mettre en avant un candidat à forte notoriété ou expérience qui pourrait représenter le Luxembourg. Comme ce fut le cas dans le passé pour le pays. France Gall étant l’exemple le plus frappant. Le but pour le diffuseur luxembourgeois reste toujours le même : promouvoir la scène musicale grand-ducale et ses artistes.
RTL confirme ainsi que le «Songwriting Camp» prévu à la Rockhal dans 15 jours à la Rockhal se déroulera comme prévu. C’est dans ce camp d’écriture de chansons que cette année, une grande majorité de titres avaient été composés, dont notamment celui d’Eva Marija, Mother Nature. La défaite du Luxembourg aux portes de la finale soulève également une question cruciale. Cette défaite va-t-elle compromettre l’avenir du pays dans le concours? Pour RTL, il n’en est rien. «On espère qu’il y aura toujours un candidat luxembourgeois et que cette non-qualification ne jouera pas sur la suite, parce que je pense que ce qu’on a construit avec Eva, c’est assez exceptionnel, que ce soit sur le plan international ou luxembourgeois. On est optimistes pour la suite», indiquait Elizabeth Conter jeudi soir.
Mais RTL n’est pas la seule à décider. En juin prochain, le gouvernement et la chaîne devront décider s’ils continuent ou non le concours. «Cela ne dépend pas du résultat. On ne sent pas la volonté de l’État d’arrêter. Les discussions sont toujours positives.» Pour rappel, le projet de l’Eurovision au Grand-Duché est financé entièrement par l’État. D’après RTL, le budget public alloué est de 1,6 million d’euros par an. Ce financement couvre notamment les coûts du Luxembourg Song Contest et des frais de participation au concours comme les déplacements dans la ville hôte.