Indemnisation des chômeurs frontaliers : «Il y a urgence à changer le système»
L’association Au-delà des frontières travaille d’arrache-pied pour «contribuer à l’émergence d’un nouvel environnement transfrontalier, équitable et durable». Alain Casoni, l’un de ses membres actifs, s’est ainsi penché sur l’indemnisation des chômeurs frontaliers.
«C’est un sujet important qui a été évoqué lors des dernières commissions intergouvernementales franco-luxembourgeoises et sur lequel j’ai travaillé pour notre association.»
L’ancien maire de Villerupt Alain Casoni, membre actif d’Au-delà des frontières (ADF), s’est penché sur la question de l’indemnisation des chômeurs frontaliers, c’est-à-dire habitant dans le bassin de Longwy-Villerupt (et au-delà), après avoir perdu leur emploi de l’autre côté de la frontière.
Et notamment sur les derniers chiffres publiés il y a quelques jours par l’Agence pour le développement de l’emploi (Adem).
«Les gens qui travaillent au Luxembourg paient un impôt ou une surcotisation de 9 % sur leur salaire, reversé à la caisse de chômage. Or, on constate qu’au final, c’est l’Unedic (Union nationale interprofessionnelle pour l’emploi dans l’industrie et le commerce), un organisme français, qui a en charge les chômeurs lorrains. Le Grand-Duché n’assume pas. Il prend et ne partage pas.»
143 millions d’euros chaque année
Pour obtenir une estimation du coût, le «citoyen préoccupé», comme il se qualifie, a effectué quelques petits calculs.
«Il n’existe pas de données officielles sur ce point. Je suis donc parti des 126 000 travailleurs français frontaliers et de leur salaire moyen annuel (60 000 euros), soit 7,5 milliards d’euros par an. Ils reversent des impôts sur lesquels sont pris ces 9 %, auxquels on enlève trois mois que le Luxembourg assume (au lieu de cinq mois établis par le règlement européen).»
Le bilan serait donc de l’ordre de 143 millions d’euros chaque année. «C’est ce que nos voisins gardent dans leurs poches. Et ce n’est pas normal. Quand on leur en parle, ils jouent la montre. Il y a pourtant urgence à corriger le tir et à aller vers un système plus équitable, au moment où l’Unedic peine à avoir un système respectueux de ses engagements. Quelle est la logique qui prévaut à ça ? Les travailleurs devraient pouvoir bénéficier des impôts qu’ils laissent là où ils ont œuvré.»
Un accord bilatéral
Pour Alain Casoni, des solutions existent. «Faut-il modifier le règlement de l’Union européenne ? Si on attend ça, ça traînera. Il faudrait plutôt un accord bilatéral, avec remboursement à la France. Ce serait plus simple. Ça se négocie d’État à État. C’est faisable. Il faudrait déjà que le gouvernement de notre pays soit convaincu. Là, c’est plus compliqué. Mais notre association ne lâche pas l’affaire.»
En ce sens, dès qu’ils le peuvent, les membres d’ADF produisent et mettent à disposition sur leur site internet des documents reprenant leurs réflexions et les chiffres, comme le livre blanc intitulé Pour plus de justice et plus de solidarité à nos frontières. Les données sur l’indemnisation des chômeurs frontaliers y prendront bonne place.