Ils vont au camping devant la centrale nucléaire de Cattenom
Néerlandais, Allemands et Suisses emplissent le Camping du port, à Basse-Ham, en Moselle. Des touristes de passage, pour la nuit ou quelques jours, quelque peu stupéfaits de se retrouver face à des réacteurs fumants.
Ce n’était pas indiqué dans Le Petit Futé. Ni sur le guide ASCI, la référence du camping en Europe. Certes, les deux recommandent le Camping du port à Basse-Ham. Son emplacement, déjà, fait mouche : à deux pas de l’A31, mais aussi à côté du port de plaisance et de la base nautique Nautic’Ham, idéale pour les familles avec ses châteaux gonflables, son mini-golf et ses activités nautiques. Il y a aussi la voie bleue à proximité. L’itinéraire cycliste qui relie Lyon au Luxembourg est prisé des fans de cyclotourisme.
Oui mais juste de l’autre côté de la Moselle, il y a aussi le centre nucléaire de production d’électricité de Cattenom. Et cela, les 90 % de Néerlandais ainsi que les Allemands qui peuplent le camping l’ont découvert une fois sur place.
«Plus solaire que nucléaire»
Les pieds dans ses claquettes, Wolfang est assis devant sa tasse de café fumante. Il a l’air détendu, relax, comme on se figure un campeur. Sa femme Maren a l’air moins rassurée de son côté : «Ah ça ! Je peux vous dire que si on l’avait su, on ne serait pas venus ici», lance-t-elle du haut de son accent allemand. Son mari, lui, est originaire de Suisse. Ils ont vécu 36 ans en Bourgogne «dans un coin perdu. On faisait pousser des légumes bios. Autant vous dire que notre ligne, c’est plutôt la nature. On est plus solaire que nucléaire». Pour trois jours, ils vont néanmoins s’accommoder de ces quatre drôles de tours qui crachent de la fumée à 165 mètres.
La fréquentation au beau fixe
Du côté de la direction du camping, on se veut rassurant. «Pour tout le monde ici, la centrale fait partie du décor. On ne la voit même plus», raconte Célia Dupy, la directrice adjointe du camping. Et il faut bien l’écrire : cela n’empêche pas l’intégralité des 74 emplacements d’être occupés par des caravanes et des camping-cars tout l’été. «Là où des gens s’arrêtaient seulement pour la nuit, ils reviennent et restent désormais plusieurs jours. Cela devient une destination à part entière de leur voyage», abonde la directrice. Depuis deux ans, elle voit même certaines familles rester une semaine.
«Ça ne risque rien»
«La centrale nucléaire ? Une minorité de voyageurs s’en inquiètent. On a eu trois ou quatre commentaires à ce sujet cette année. Quand on a ouvert en 2018, cela n’a même pas été un sujet», tempère Célia Dupy. Parmi les interrogations récurrentes : est-ce dangereux ? Que se passe-t-il en cas d’accident ? «Dans l’esprit de certaines personnes, si ça explose, c’est comme la bombe H. En réalité, ça ne risque rien. Des personnes qui travaillent à la centrale nous ont expliqué que s’il y avait une implosion, elle serait confinée dans un sous-terrain. Et puis, il n’y a pas de déchets redistribués vers l’extérieur. La fumée, c’est de la vapeur d’eau.»
Il n’empêche que, comme les autres établissements recevant du public situés à proximité de la centrale, le camping est concerné par les mesures de préparation au risque nucléaire. Notamment la mise à disposition de comprimés d’iode pour saturer la thyroïde en cas de rejet d’iode radioactif dans l’air.
«Un cadre idyllique»
«La centrale, elle fait partie du paysage. Elle ne nous choque pas du tout», estime Nathalie dans un discours qui fait écho à celui de la directrice adjointe. Cette camping-cariste a d’ailleurs habité Basse-Ham pendant 20 ans, avant de migrer vers le sud de la France. Pour elle, «c’est un cadre idyllique. En pleine nature, au calme, impeccable».
Mais pour Sylvia, qui a découvert le site hier, ce n’est pas aussi évident : «Tout cela m’angoisse, c’est en interaction avec les problématiques liées au changement climatique. Et puis cette vue, ce n’est pas tellement agréable», confie la native de Berne, de l’autre côté de la frontière suisse.
Juste à côté, Ursula et Reiner, un «D» sur la plaque d’immatriculation, sont de passage pour deux jours. Ils découvrent eux aussi la proximité de la centrale, en service depuis 1986 : «Cela nous fait peur. On est un peu dégoûtés. Ce qui nous inquiète, dans le fond, c’est de savoir ce que l’on va faire de tous ces déchets nucléaires».